Rentrer de vacances tranquillou par l'autoroute.
Se dire qu'on n'est pas pressé.
Qu'on arrivera bien assez tôt.
Faire trainer au maximum le moment d'arriver dans Paris.
Eviter les embouillages sur l'A6.
Faire 30 kilomètres de plus.
Prendre l'A19, puis l'A5.
Passer par Paris Est.
Comme d'habitude le dimanche soir en rentrant de weekend.
Sauf que c'est pas le weekend.
C'est la fin des vacances.
On n'a pas envie de partir de la campagne.
Mais on est déjà sur la route.
La raison plutôt que le coeur.
Révasser tandis que la radio parle de vrais et de faux écrivains.
Se dire qu'on ne comprend pas bien le besoin de mettre dans des cases, même si c'est pour dire qu'on ne met pas dans des cases.
Se retourner.
Voir les enfants endormis et le chien tout sage.
Se dire qu'on a belle famille.
Prout....
Tiens, ça a fait prout !
Bizarre.
Le Doudou ralentit.
On est 800 mètres du viaduc de l'Yonne selon le panneau indicateur qui pointe vers l'embranchement entre l'A19 et l'A5.
Le pneu a éclaté, constate le Doudou, d'une voix égale.
Il se déporte, roule quelques mètres sur la bande d'arrêt d'urgence, jusqu'à un endroit sécurisé.
Il est tout calme, le Doudou, comme si on avait écrasé un lapin déjà mort.
Pourtant la panne sur autoroute, avec moi, c'est une première !
On s'arrête.
Le Doudou sort de la voiture.
Pneu arrière droit, confirme-t-il, complètement à plat.
C'est le mieux qui puisse arriver dans ces circonstances.
Celui qui est collé à la barrière de sécurité.
Gilet jaune de rigueur.
Ouverture du coffre.
Déballage des quinze sacs et valises, aussitôt remisés le long de la barrière de sécurité.
Ben oui, retour de vacances => coffre plein.
Recherche de la roue de secours, du triangle, du cric et de la manivelle.
Jusqu'ici, tout va bien.
Tout va bien sauf que le Fili, mal attaché, trouve le moyen de sauter sur la plage arrière du véhicule et de filer dehors, via le coffre ouvert.
JE HURLE.
Quiconque me connaît sait combien, quand je hurle, je ne le fais pas à moitié.
Mon cri réveille aussitôt les enfants qui me fixent, interloqués.
Ça alerte également le Doudou qui n'avait pas remarqué que le chien s'était échappé.
Heureusement que le Doudou m'a entendu... car Fili n'a qu'un maître (en vrai).
- Fili, ici ! hurle à son tour le Doudou, beaucoup moins hystérique que moi.
Le chien obéit, s'arrête net et s'assoit à côté du coffre.
Il est dare-dare remis dans le véhicule, avec le harnais bien fixé cette fois.
Ouf.
- J'avais oublié de raccrocher le harnais, explique le Doudou.
Comme quoi, aller chercher des gens à la gare peut avoir des répercussions inattendues et heureusement sans conséquence... pour cette fois.
Il est temps de procéder à l'extraction des habitants du véhicule.
Les enfants et moi suivons les instructions de la Sécurité Routière.
On enjambe le parapet.
On grime la butte.
Tout en haut.
Le plus loin possible de la route.
Dans les herbes folles nous piquent les fesses.
Le Doudou commence l'opération de changement de roue.
L'homme a fait ça toute sa vie !
La classe intégrale.
Que je te mets le machin sous la voiture pour la faire monter.
Que je te tourne le truc pour enlever les boulons, à coup de talons et poignets musclés.
(oh hé ça va, mon vocabulaire mécanique est effectivement très limité. Je ne sais pas distinguer un cric d'une manivelle. Dans le doute, je m'abstiens).
Le Poussin rigole.
C'est amusant cette aventure, on se croirait dans Cars.
La Poussinette demande si papa va y arriver ou s'il va falloir appeler un dépanneur.
Le Poussin lui répond que oui, bien sûr, voyons ! Papa, il sait tout faire.
Je fais bonne figure pour les enfants.
J'explique le triangle, le gilet jaune.
Je note qu'il faudrait qu'on achète plusieurs autres gilets jaunes.
Un seul n'est pas suffisant.
Je suis quand même un peu stressée.
Des images fugitives de gros camions qui percutent le Doudou dans les fesses me traversent l'esprit.
J'imagine Fili se détachant à nouveau.
Je suis à la merci du Doudou, qui répare, et des véhicules qui passent à deux mètres de là à beaucoup plus que 130 kilomètres à l'heure.
Je n'en mène pas large.
Mais je souris et je suis calme.
Les enfants disent il se débrouille bien papa, hein, maman ? T'as vu ce qu'il arrive à faire ?
Je dis Oh oui !
Il est quand même fort le Doudou.
Mais je ne contrôle rien.
Rien du tout.
La roue est enfin changée.
On regagne la voiture, l'un après l'autre.
On remet les valises et les sacs dans le coffre.
On parvient à n'en oublier aucun.
Exploit.
On repart.
Le Doudou sue à grosse gouttes.
Il dit j'ai besoin d'une douche.
Je dis tu as assuré comme un chef.
Il répond toi aussi.
On roule vers Paris sur l'A5.
Tout doucement.
Faudrait pas abîmer la roue de rechange.
Les enfants ont faim.
Ils le font savoir.
Ils ont mérité leur Chupa Chups.
Personne n'a envie de rentrer à Paris.
On propose de dîner au restaurant.
Courtepaille !, se réjouissent les enfants, tout excités à l'idée de ne pas rentrer tout de suite.
Courtepaille ce sera.
Au restaurant, on se raconte la scène.
On rigole de Fili surgissant de la voiture et manquant de se retrouver au milieu de l'autoroute.
On rigole de nous assis dans les herbes hautes.
On rigole du Doudou et de son gilet jaune.
On rigole donc.
On a besoin d'évacuer.
Après le trou dans le mur, le trou dans le pneu.
Ça fait des trous, des petits trous, rien des p'tits trous.
C'est la semaine des trous qui font mal au porte-monnaie.
Le danger des véhicules à 130 juste à côté, c'est totalement effrayant pour toute personne saine d'esprit... Sur le moment j'ai préféré pas en rajouter, par contre j'avais loupé l'échappée belle de Fili (ou tu n'en avais pas parlé ?) :-/
RépondreSupprimerPar contre, le coup de la roue de secours sous le plancher du coffre, c'est confortable mais dangereux dans ces situations...
Le boss a assuré, en tout cas :)