samedi 6 août 2011

Le petit routier

Je ne sais pas si tu es comme moi, lecteur voyageur, mais les aires d'autoroute pour les pauses, au final, ça lasse.

Toujours le même Courtepaille, la même Pomme de Pain... C'est formaté, aseptisé. Ça sent le détergeant et/ou la pisse... Ça te sert un café sans goût avec un sourire forcé rendu obligatoire par une clause d'un contrat de travail, lequel contrat de travail prévoit également que le salarié souriant doit porter un uniforme criard et peu seyant. C'est agencé à la perfection, chaque espace est optimisé pour que toi, voyageur de passage, tu sois tenter de consommer, d'acheter, de dépenser la maigre cagnotte que la crise financière (celle dont on disait qu'elle était terminée en oubliant que dans W il y a non pas un mais deux V...) t'a laissée.

Du coup, les aires d'autoroute, on s'y arrête, bien sûr... mais le moins possible. C'est qu'on n'a pas le choix. D'abord, Fili a des besoins irrépressibles qu'il est préférable d'assouvir hors du véhicule. Ensuite, notre automobile a également des exigences coûteuses en carburant ! Les enfants ont besoin de courir, les parents de se dégourdir les jambes. Et s'il nous fallait une dernière excuse, la pause toutes les deux heures est recommandée, façon marteau piqueur, sur
les ondes radiophoniques.

Cela dit, quand on peut éviter les aires d'autoroute, on évite.

Et c'est ainsi que nous avons découvert il y a quelques années, sur la route de Bretagne, un Routier très sympathique, juste à la sortie de Rennes, lequel Routier nous sert depuis de halte régulière.

Les frites sont bonnes, la viande grillée à point, les sourires naturels et le zinc est d'origine.



C'est un restaurant comme on n'en fait plus. Il n'a même pas de page web, tu te rends compte ?! La décoration est désuète, fleurs en plastique, photos dédicacées encadrées offertes par d'illustres visiteurs (Jean-Pierre Mocky, la troupe de la Star Ac number 1). Le service est adorable. C'est spontanément qu'on vous propose une gamelle d'eau pour le chien. On ne pousse pas la consommation. Tu demandes de l'eau plate, on t'apporte une carafe sans même te proposer au préalable Evian ou Vittel?. Le café a un goût de percolateur et le pain vient de chez le boulanger... La clientèle est un mélange d'habitués du coin, de routiers et de vacanciers en transit.

Je te laisse comparer cette ambiance, lecteur averti, avec celle de l'aire d'autoroute sur laquelle tu as avalé un sandwich au jambon (mais était-ce du jambon ?) en remontant de Sainte-Maxime.

Pour toutes ces raisons, et quelques autres, à chaque fois que nous y sommes passés jusqu'à hier, c'était plein.

Mais hier... patatras !



Quand nous sommes arrivés, vers 20:45, c'était presque vide... il n'y avait que deux clients.

D'ailleurs, on a failli ne pas trouver.

Avant, c'était simple. Il y avait une bretelle d'accès émanant directement de la Nationale, laquelle Nationale n'est pas une véritable Nationale m'a-t-on expliqué. C'est une voie rapide, une quatre voies. Si tu dis Nationale en Bretagne, t'es un has-been, un paria. Bref, t'es pas breton. Dont acte. Donc, avant, tu sortais de la quatre-voies et tu étais sur l'aire de repos, juste devant le restaurant. Une grande aire de repos où plusieurs gros camions passaient la nuit, tranquilles. Tu débarquais dans une version française de Radiator Springs, un petit paradis perdu, hors du temps...

Maintenant, quand tu sors de la Nati... oups! de la voie rapide, tu te retrouves en pleine campagne. La route d'accès à l'aire de repos a été barrée et il faut contourner le hameau et manquer deux fois de se prendre le trottoir et/ou un mur avant d'atteindre ton but. Autant dire que les camions ne peuvent plus passer. Quant à ceux qui ne connaissent pas l'endroit et qui le voient de la route, ils risquent de se perdre dix fois avant d'arriver. D'ailleurs, vu qu'ils passent devant un autre restaurant, il est fort probable qu'ils décident de faire au plus simple et de ne pas poursuivre au delà.

Autant dire que l'atmosphère était morose à notre arrivée.

Nous en avons discuté avec le patron qui n'avait hélas pas grand chose d'autre à faire... Il nous a expliqué les démarches juridiques qu'il entreprenait afin de faire rouvrir la voie d'accès directe. Cela nos a semblé sensé et frappé au coin du bon sens. Nous avons donc accepté de témoigner de notre expérience. Une attestation portant nos noms, prénoms et professions se retrouvera bientôt dans un dossier soumis à la juridiction compétente, comme on dit dans le jargon (et non, je ne sais pas de quelle juridiction il s'agit, sinon j'aurais fait ma savante).

Sur le fond, je m'étonne que ceux qui ont pris la décision, sur la base d'une consultation publique datant de plus de vingt ans, n'aient pas une minute songé aux répercutions de cette décision sur un commerce familial qui fleurait bon l'indépendance. On ne peut pas à la fois critiquer la standardisation de l'offre et la fast-foodisation de la Société et, en même temps, par une décision administrative inadaptée, risquer de voir une petite entreprise singulière dépérir.

Faudra un jour qu'on m'explique...


7 commentaires:

  1. Merci ! Je me demande combien de ces petits commerces ont ainsi eu a subir des décisions iniques...

    RépondreSupprimer
  2. Sympa, l'histoire ! c'est joli, ça donne envie d'y aller !

    RépondreSupprimer
  3. oh noooon, ça a l'air mythique en effet !

    RépondreSupprimer
  4. Une triste histoire aux sinistres reflets d'une réalité uniformisée...

    RépondreSupprimer
  5. @ Ju, MelleCarnet0 et Louise : effectivement, c'est triste et en même temps, il y a un espoir. Si on médiatise un peu, on a une chance !

    RépondreSupprimer
  6. De blog en blog, j'atterris dans le votre où je lis ce commentaire ou reportage, mais magnifique sur les petits métiers qui disparaissent par la bureaucratisation de l'admistration! Pour l'humain et la convialité on s'en fiche! C'est aussi de votre part un geste amical envers ce restaurateur, bravo!

    RépondreSupprimer