L'enfant mâle, à un moment de sa vie, entre un et sept ans (la période exacte dépend du processus d'évolution affective de l'enfant, d'une part, et des écoles psychanalytiques, d'autre part), veut dormir dans le lit de sa maman. Corrélativement, l'enfant entend en éjecter le papa, le cas échéant manu-militari, quitte à lui transpercer le corps de son épée en bois. Ensuite s'il peut faire Catleya avec maman, c'est mieux.
Cette pratique barbare n'a rien de vraiment sexy et pourtant il parait que ça existe depuis la nuit des temps. C'est pas moi qui le dit, c'est Herr Freud (voir ici), que sa maman devait appeler Sigmund quand il tentait, enfant, de s'en arroger les faveurs.
Depuis quelques jours, j'expérimente la chose... Et malgré les tentatives de camouflage par l'impétrant lui-même, lequel semble croire que non, non, non, il n'a pas l'intention de séparer père et mère, il ne fait presque pas de doute que nous en sommes en présence d'une crise oedipienne un peu tardive.
J'ai donc décidé de partager avec vous la liste des raisons qui m'ont été données par l'enfant pour expliquer pourquoi il ne pouvait absolument pas dormir dans sa chambre et/ou dans son lit et qui justifiaient qu'il envahisse le lit parental, de préférence blotti entre papa et maman.
Le phénomène n'étant pas isolé, ça peut servir à d'autres.
Les peurs nocturnes
- J'ai peur.
éventuellement répété en boucle, tel un leit-motiv, non-stop pendant plus d'une heure et entrecoupé de sanglots et de soupirs appuyés.
Et ses variantes:
- quand j'étais en Bretagne, le cousin (10 ans) m'a dit qu'il y avait des traces de pas dans l'escalier.
Le cousin voulait te faire peur, petit d'homme, c'était fait exprès. Toi pas comprendre ?
- y a des bruits bizarres dans la maison.
Oui, c'est la machine à laver la vaisselle en bas. Tu sais, la même machine à laver la vaisselle qu'il y a dans toutes les maisons où tu as dormi et qui ne t'a jamais apeuré auparavant.
- Y a un voleur qui va entrer par la fenêtre.
Ou par la porte d'en-bas, ou par le toit, on ne sait pas trop. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que c'est une maison de campagne et qu'il n'y a rien à y voler, même pas une télévision. Le voleur serait mieux avisé d'aller cambrioler chez les voisins. Je dis ça, je dis rien...
- L'ombre, on dirait un loup.
...ou un nuage menaçant, ou une sorcière ou une fée, c'est selon. L'ombre a la forme que tu veux bien lui donner petit d'homme... et si tu préfères, on éteint la lumière du couloir, comme ça, on est tranquille, y a plus d'ombre.
- J'ai peur du noir
Faudrait savoir !
- Je peux pas dormir tout seul.
Ca tombe bien, tu partages ta chambre avec ta soeur.
La soeur
- Elle bouge trop.
Effectivement, ta soeur se retourne de temps en temps en soupirant pendant que ton frère hurle.
- Elle fait du bruit en suçant son pouce.
Il est plus qu'étonnant que tu puisses constater de tels sucements, vu le niveau sonore de tes cris.
- Elle veut pas parler.
Non, à minuit, elle veut dormir.... et nous aussi !
La culpabilisation
- Tu m'aimes pas.
On l'attendait, celle-là. Je t'aime ET je te gronde. Ce n'est pas incompatible.
- Papa et toi, vous m'aimez pas.
Variante de la première, mais mettant le père dans la boucle => réponse : si, on t'aime. Mais on veut dormir !
- Ma soeur ne m'aime pas.
Si, elle t'aime. Mais elle veut dormir (aussi) !
- Fili ne vient jamais dormir avec moi.
Fili veut dormir là où (i) personne ne hurle et (ii) il se sent protégé. C'est un petit trouillard, ce toutou.
Les besoins naturels
- J'ai soif.
On apporte une bouteille d'eau. Dès fois que...
- J'aime pas cette eau, je veux une autre eau.
Mais oui bien sûr...
- J'veux pas attraper le verre d'eau posé par terre tout seul, j'veux qu'on me l'apporte.
Mais oui bien sûr (bis) !
- J'ai faiiiiiiiiim !
Tu as sommeil.
- Je veux faire pipi.
Ben vas-y, tu sais où c'est...
La maladie
- J'ai mal à la tête.
Tu m'étonnes, tu hurles depuis 2 heures non stop. Même moi, j'ai mal à la tête... et je ne fais que subir.
- J'ai mal au ventre.
Pareil. Même cause, mêmes effets.
L'engrenage
- Je veux pas faire les exercices de respiration.
Pourtant, se détendre en faisant la poupée de chiffon, crois-moi, ça calme. C'est ce que je fais depuis une heure. Et heureusement pour toi ! Sans cela, y a longtemps que je t'aurais jeté par la fenêtre.
- Je veux faire les exercices de respiration mais que si maman vient.
Mais bien sûr... et non !
- J'arrive pas à me détendre.
Arrête de pleurer, bois, respire, et ça viendra.
- Je ne peux pas me détendre si maman est pas là.
Si, tu peux !!!!
- Je veux pleurer mais j'arrive pas !
Ah donc, là, tu hurles mais tu ne pleures pas, c'est ça ?
La négociation
- Je veux un câlin et j'arrête.
tu parles, Charles ! Dix câlins et ça empire.
- J'ai pas pu profiter du câlin parce que je pleurais, j'en veux un autre.
Ah oui ? ben, non.
- J'ai un truc important à vous dire mais faut que vous veniez.
Attends, petit gars, on n'est pas né de la dernière pluie !
- Si tu t'allonges deux minutes, je serai calme.
Et si je me relève, tu re-hurles, c'est ça ?
Je suis sûre que j'en oublie. Ce n'est qu'un florilège. Tout cela pour vous rassurer : vos mômes sont comme les autres et comme le nôtre. Et on a beau les gronder, affirmer fermement que la place d'un enfant n'est pas dans le lit des parents, on se rend malade de les voir malheureux. On ne cède pas. Pour leur bien. Mais on voudrait que cette phase cesse vite vite et que l'enfant retrouve son sourire. D'autant que, dans la journée, ils sont adorables, de vrais petits anges.
On finit par tous s'endormir, chacun dans sa chambre. On sait qu'on a gagné une bataille mais que la guerre reste à venir... et on réalise qu'il ne reste que 4 ou 5 ans avant la pré-adolescence.
Arghhhhhhh !
Tout ça est tellement vrai.
RépondreSupprimerJ'avoue que j'ai souvent craqué et ai laissé les garçons dormir avec moi (nous ;-))… et j'ai fait pareil avec ma fille. Et pire, j'avoue même que j'aime bien ça aussi, dormir avec mes bébés ^^ (oedipe, nous voilà !) :-)
RépondreSupprimerTu crois qu'il y a une dispense pour les pauvres mamans dont ont mal dormi leurs trois premières années de vie ? Sinon, j'ai eu une peur viscérale de m'endormir jusqu'à au moins l'âge de 10 ans. Je ne voulais pas dormir avec mon père, je ne voulais juste pas être toute seule. Je me souviens encore de ma trouille mais je ne sais pas d'où elle venait. Bises.
RépondreSupprimerOuf, 3 mômes adultes, et j'ai totalement échappé à çà. Vive les filles ! Sera -ce avec les petits enfants futurs ?
RépondreSupprimerMerveille des merveilles mais Il ne faut pas écarter papa de cette bulle,il t'en coûterait ...
RépondreSupprimerRien que de te lire ça me donne envie de hurler "mais putain dort, t'as vu l'heure". Ouais, je dis putain devant mes enfants quand je suis énervée. Fallait me laisser dormir (ou bloguer) tranquille !
RépondreSupprimer@ David : hélas oui...
RépondreSupprimer@ auntie jo : chacun sa méthode, là, le laisser dormir serait une erreur. En d'autres circonstances.
@ Marjoliemaman je sais pas pour la dispense, faut se renseigner ! Il est où le bureau des réclamations, je prendrais bien.
@ annie : la chanceuse !
@ Schampiondumonde le papa est très présent, heureusement
@ Isa : je hurle aussi, avec les mêmes mots.