A sujet épineux, titre provocateur !
J'ai grandi dans un temps (les années 1970) où l'on prônait, au moins dans un certain milieu, celui auquel mes parents appartenait, dans certaines villes, celle où j'ai grandi, en banlieue est, un total respect de l'autre. Où l'on se moquait que tu sois de gauche, de droite, catholique, juif ou athée, riche ou pauvre, homo ou hétéro, moche ou beau. D'ailleurs, on est toujours le moche d'un autre, le con d'un autre ou le juif d'un autre. Surtout le juif d'un autre. Mais ça, c'était parce que, dans les années 1970, les juifs étaient encore une catégorie à part, la catégorie des 6 millions d'hommes exterminés, des 6 millions d'arbres plantés dans le désert.
En résumé, les copains de l'école étaient les copains de l'école, tous pareils, tous différents. On se moquait de savoir s'il habitait dans une cité dortoir ou dans un pavillon sur les bords de la rivière. On était dans les années 1970, en banlieue et on croyait encore que chacun pouvait réaliser ses rêves pour peu qu'il s'en donne les moyens.
On allait tous à la même école, qu'on appelait groupe scolaire. Un groupe scolaire qui tenait son nom de scientifiques célèbres. De gens de peu qui avaient fini par décrocher un Nobel. Une école de la République. Et oui, je mets une majuscule à République, parce que l'école de la République était encore dans les années 1970 un formidable accélérateur social. On y montait les Misérables comme fête de fin d'année. Et on lisait Victor Hugo, certes dans la version expurgée des classiques Larousse, et on se rêvait Eponine sur les barricades. Les institutrices nous expliquaient qu'en travaillant bien, en ayant de bonnes notes, on pourrait un jour devenir ce qu'on était déjà. Sans compromission. On était une génération d'enfants utopistes. Nos idoles s'appelaient Steve Austin et Jame Sommers, mi-humain, mi-robot. On croyait en la science, on vénérait le progrès.
Chaque année, nos parents, quelle que soit leur origine, nos instituteurs, qui avaient tous la même opinion politique, nous martelaient que nous étions tous égaux en droits, tous différents et que de l'acceptation de la différence naissait le progrès.
Et voilà que maintenant, des applications internet, téléchargeables pour moins de deux euros, sont là pour t'expliquer qui est juif et qui sera gay. L'appli juif ou pas juif va chercher sans les vérifier des informations sur internet en se fondant sur n'importe quel critère pour savoir si tu es juif ou pas (parents juifs, conversion, etc.). L'appli votre fils est-il gay ? soumet la maman à un questionnaire où se côtoient les clichés [votre fils aime-t-il les comédies musicales ? aime-t-il le foot ? lit-il l'équipe ?] et la culpabilisation [êtes vous divorcée ? le père est-il autoritaire ?].
L'une et l'autre de ces applications ont pour point commun de coller une étiquette sur des gens, voire des gamins, qui n'en demandent pas tant. Outre qu'on peut être homo en aimant le foot et qu'on peut avoir un papa juif et ne pas se considérer comme tel, je m'interroge sur l'intérêt que peuvent avoir ces applications sinon de flatter nos plus bas instincts voyeurs.
Mes institutrices des années 1970 sont sans doute à la retraite maintenant. Je me demande ce qu'elles pensent de cette façon qu'on a depuis quelques temps de vouloir à tous crins cataloguer les gens, les mettre dans des cases. Elles qui n'ont cessé de nous expliquer qu'il faut respecter l'autre pour ce qu'il est, qu'il n'est jamais qu'une seule chose, qu'un est à la fois un et multiple, qu'ils n'y a pas deux personnes pareilles, même pas les jumeaux homozygotes. Elles doivent être bien tristes, mes institutrices...
Faire des listes de juifs, déterminer si ton môme est homo, à quoi cela sert-il ?
Cela sert-il à quelque chose ?
Imaginons que ces listes ne soient pas uniquement motivées par des esprits malsains qui ont envie de trouver des points communs à des gens qui n'en ont aucun pour pouvoir ensuite stigmatiser le nez crochu et/ou le zizi maniaque, quel enseignement peut on en tirer ?
Prenons mon fils : il est juif (selon les critères de l'application susmentionnée) et il sera homosexuel si j'en crois le test de l'autre application susmentionnée. C'est un fait. C'est prouvé par le miracle de deux outils qui n'ont de scientifique que le nom. Imaginons que je fonde mon éducation future sur ces outils. Que dois-je faire de différent de ce que je fais déjà ? Dois-je orienter mon éducation en fonction de ce déterminisme ? Est-ce que c'est mal ou bien d'être juif ? Est-ce que c'est bien ou mal d'être gay ?
Qu'est-ce que j'en sais moi ?
Ben rien.
Du coup, je vais faire ce que je fais depuis que j'ai été (bien) élevée par mes parents et (bien) éduquée par les instituteurs du groupe scolaire de la banlieue où j'ai grandi : je vais enseigner à mes enfants l'acceptation de soi, le respect les autres, je vais leur apprendre à s'appuyer sur leurs qualités, à corriger tant que faire ce peut leurs défauts.
Il seront ce qu'ils seront, une fois adultes devenus.
Mais si j'ai réussi cela, j'aurai réussi beaucoup.
Parfaite cette conclusion !
RépondreSupprimerPS : L'appli juif ou pas juif a été supprimée, je crois.
Et moi ce qui m'a fait envie dans ton article (si bien écrit) c'est l'enfance dans ton groupe scolaire, elle fait vraiment envie... et je suis triste de penser que c'est quelque chose qu'on a peut être perdu (presque, pas encore ?) avec l'école d'aujourd'hui...
RépondreSupprimerMERCI !
RépondreSupprimer@ Pierda :j je crois que les 2 applis ont été supprimées.
RépondreSupprimer@ Carole : oui, c'était bien mon école primaire. Je n'en ai que de bons souvenirs.
@ Coyote crafy : de nada.