Quand on me demandait le métier de mon papa à l'école, je n'écrivais pas chanteur, j'écrivais ingénieur conseil.
C'est plus difficile à définir que chanteur, ingénieur conseil !
Quand les copains me demandaient d'expliquer, je disais :
- C'est quand ton papa, il part le lundi matin, il va dans une usine, il dort à l'hôtel et il rentre le vendredi soir.
Et si on poussait le vice à m'interroger sur ce qu'il faisait dans l'usine, je répondais:
- des tests, voyons.
Parce que des tests, il en faisait.
Pas que.
Mais je ne le savais pas.
Pour moi, la partie émergée de l'iceberg ingénieur-conseil, c'était le test.
Un bon cobaye, la mini-Doudette.
Tests de logique, de personnalité, de motivation... je les ai tous faits.
A part les tests, je ne savais pas trop ce qu'il faisait mon papa. Parfois, il a tenté de m'expliquer. Mais je n'écoutais pas. C'est trop abstrait pour une petite fille les métiers du conseil. Alors, je faisais bla bla bla tandis qu'il me racontait combien son métier était passionnant. Bla bla bla... et je repartais à mes Barbies qui, elles, avaient des métiers compréhensibles : vendeuse de vêtements, vétérinaire, pompier, danseuse. Sache, lecteur, que je regrette aujourd'hui de ne pas avoir écouté. Tu vois, ça m'aurait servi pour répondre à la question récurrente des Poussins : c'est quoi ton métier, maman ?
Mon papa, c'est aussi l'homme qui appliquait ses méthodes de consultant à l'apprentissage
(i) des tables de multiplication,
(ii) des verbes irréguliers anglais,
(iii) des verbes irréguliers allemands.
Je t'explique, lecteur enseignant, parce que ça va peut-être te paraître barbare comme méthode. Quand tu réponds correctement à 6x8, on met un rond à côté de la réponse et on te laisse tranquille. Si tu ne connais pas, une croix. Et tant que tu ne sais pas, une autre croix. Lorsque que, enfin, tu donnes la bonne réponse, on enlève une croix. Seulement, si tu as choppé dix croix, parce que t'as du mal à apprendre, particulièrement le résultat de 6x8, ca mets dix tours avant d'enlever toutes les croix.
Plus de 25 ans plus tard, on peut donner le résultat de la méthode.
Ca a marché (bien) pour les langues.
Les tables de multiplication ?
Bah, y a une calculette sur l'iPhone...
Les méthodes de mon papa, on les appliquait également au ski : comment arriver en haut du tire-fesses ?
- Doudette, ma fille, si tu vas au premier poteau, c'est bien. Si tu vas au deuxième c'est mieux. Un poteau de plus à chaque fois. Progressivement.
Sauf qu'à un moment, la petite fille lâche la perche au 7ème poteau et là, la poudreuse à gauche et à droite. Jusqu'au genoux du papa, jusqu'au cou de la mini-Doudette de 7 ans. Alors, tandis que mini-Doudette hurle et pleure, le papa déchausse les skis, porte mini-Doudette dans un bras et les quatre skis sur l'autre épaule et rejoins vaille que vaille la piste tamisée. C'est un métier sportif, le métier de papa-conseil !
Mon papa organisait aussi plein de jeux. Des jeux d'esprit. Des énigmes de maths, des jeux de mots. On te donne 10 mots au hasard, tu fais une histoire avec les dix mots. On te donne 4 rimes, tu écrits le poème. Des équations mathématiques aussi. Le jeu des drapeaux. Le jeu du dictionnaire. Tout était bon pour emmagasiner des connaissances, l'air de ne pas y toucher. Je ne suis plus dupe. Tous ces jeux, c'était pour apprendre encore. Apprendre en s'amusant. Mais je dois bien admettre que je me suis régalée. Jouer, c'est chouette.
En conclusion, je te le dis : avoir un papa consultant:
1. C'est super pour avancer dans les études, pour progresser et pour s'amuser en se cultivant;
2. C'est un peu moins bien si tu veux dîner tous les soirs en famille.
Super mignons ces billets sur ton papa !
RépondreSupprimermignon
RépondreSupprimer@unouveaucompte
@ missblogdel : merci ma copine
RépondreSupprimer@ unnouveaucompte : merci aussi !
:) C'est marrant en ce moment ma fille n'arrête pas avec les questions sur nos métiers... pas évident pour celui du papa, elle me fait rire en essayant d'apprendre par coeur la vrai nom du métier mais on a simplifié...
RépondreSupprimerTellement tendre...mon papa à moi était ingénieur TP, il partait un jour et revenait 3 à six mois après, juste le temps pour nous de le réapprendre....de partir ailleurs avec lui ou pas.
RépondreSupprimerMême méthode d'apprentissage, si tu ne savais pas la leçon 11 il fallait retourner dans ta chambre et ré apprendre les 11 premières leçons, ça aide à apprendre correctement.
Je suis la dernière titulaire du nom, un nom si répandu et pourtant si écorché, qu'on me demande toujours si je suis apparentée à untel ou untel, tout le monde en connait au moins un...c'est pesant, non je suis fille unique et nous ne sommes pas d'ici, ma famille est à Paris ou ailleurs très loin, non, il n'y a pas de juriste dans ma famille, je ne suis ni la fille du commissaire, ni celle du rédacteur de commentaires, je suis la fille de mon père, il n'y a guère que dans le milieu des TP que de temps en temps, je peux répondre en expertise, oui c'est, enfin c'était mon père...
A l'instar de beaucoup de filles j'ai rêvé de marcher dans l'allée au bras de mon père...et puis, le temps est passé et je veux rester la fille de mon père et porter ce patronyme qui me lie à lui et qui renseigne les autres sur l'origine de mes yeux allongés.
Si un jour, je changeais d'avis sur le mariage, je garderais son nom car il est à moi pour toujours, c'est finalement la seule chose dont je suis sûre.
Alors peu importe Mademoiselle ou Madame, ça ne compte pas, ce qui compte c'est que je suis la fille de mon père et que je suis moi.