Ce billet est un aimant à troll.
Un vrai. Un billet de geekette qui se pose des questions sur sa geekitude. Une mise en abîme de la SuperWorkingMom. Si tu as lu le titre de ce billet, tu sais, lecteur, que je vais enfoncer des portes ouvertes et poser une question que tous les geeks ont posé avant moi. Une question passe partout. Une question d'accro au web. C'est un peu comme quand le gars qui achète deux paquets de gitanes par jour commence à se demander s'il fume trop. Bien évidemment qu'il fume trop. Bien évidemment que je suis trop connectée.
Alors pourquoi poser la question aujourd'hui ?
A cause de deux conversations que j'ai eues justement aujourd'hui, l'une personnelle, l'autre professionnelle.
Dans la première conversation (personnelle), on s'interrogeait sur l'absence de nouvelles données par une demoiselle partie seule en vacances à l'étranger, dans un pays lointain, un pays où parfois on enlève des étrangers. Plus d'une semaine depuis son dernier email, aucun nouveau statut Facebook. La famille refuse de s'inquiéter mais ce genre de refus parle à la conscience. Le coeur lui ne peut s'empêcher de battre la chamade. Et le Doudou de suggérer que peut-être elle se promène dans un endroit sans connexion. Ça existe encore les endroits sans connexion ? Pendant une semaine ? Est-ce vraiment possible ? On veut bien faire semblant mais, dans un monde où le téléphone portable se porte en sautoir dans les régions les plus reculées d'Afrique, on s'interroge sur la crédibilité d'une telle affirmation. Sans connexion, mouahahaha !
Et de me souvenir de ce que me racontait mon père sur sa jeunesse, comment il partait deux mois d'été seul en voyage, envoyant sporadiquement quelques lettres pour rappeler qu'il était vivant. La famille savait qu'elle n'aurait pas de nouvelles. Elle prenait son mal en patience. C'était ainsi.
Les nouvelles méthodes de communication auraient-elles créé des attentes et généré des angoisses qui n'existaient pas autrefois ?
La seconde conversation (professionnelle) est liée à un nouvel outil offert par la Corporation, nous permettant d'avoir accès à nos emails professionnels sur nos smartphones personnels. Avant, on avait soit un ordinateur portable, soit un Blackberry, qu'on pouvait mettre au fond du sac et ne regarder que de temps en temps.
Avec ce nouvel outil, à chaque fois que je dégainerai mon iPhone pour twitter (qui a dit toutes les trois minutes ?! je note les noms !), j'aurai un push qui m'annoncera le nombre d'emails non lus sur ma messagerie professionnelle. Quelles sont les chances pour que je ne sois pas tentée de consulter ces messages ? Conscience professionnelle, curiosité malsaine, besoin de contrôler l'inconnu, appelle cela comme tu veux, lecteur, mais il est peu probable que je tienne plus de dix minutes sans regarder. La tentation est trop forte.
Or, il y a 16 ans, quand j'ai commencé à travailler, on n'utilisait pas (ou presque pas) l'email. Les affaires urgentes, on les traitait par fax. Et on s'en sortait plutôt pas mal. Si on avait des dossiers vraiment urgents, on enfermait tout le monde dans une pièce et on arrêtait la pendule... jusqu'à ce que l'on aboutisse à une solution.
Quel intérêt peut avoir un salarié à demander à bénéficier de ce nouvel outil, purement optionnel ? Pourquoi décider de pouvoir travailler à tout moment, à sa convenance ? A quel moment passe-t-on de maître de son emploi du temps à esclave consentant d'un travail qui accapare ? Je ne sais pas répondre à ces questions mais je sais que, instinctivement, je suis super contente qu'on me propose cet outil, je sais que je vais le demander. Je veux pouvoir avoir accès à mes emails pros sur mon iPhone.
Et du coup, plus généralement, je m'interroge sur notre approche au temps.
Pourquoi a-t-on tellement besoin de tout savoir tout de suite ?
Ne sait-on plus attendre ?
Nos enfants auront-ils un rejet de ce mode de vie hyper-connecté, où il faut tout savoir au moment même où cela se passe ? Peut-être même voudront-ils anticiper sur l'évènement, comme dans Minority Report... A moins qu'ils ne débranchent tout pour revenir à nous !
Bon, maintenant que j'ai mis sur la table toutes mes questions sans réponse, tu te démerdes, lecteur. Moi, je vais aller voir sur Facebook si la demoiselle a donné des nouvelles et j'en profiterai pour consulter mes emails pros, dès fois qu'il se soit passé un truc essentiel au cours des trente dernières minutes. Je vous twitterai le résultat.
Doudette,
RépondreSupprimerTu te déconnectes si tu veux, mais, pas de Twitter!!!
Ok? Sinon je porte plainte....
(@bembelly)
En Espagne pendant 15 jours je n'étais pas connectée et l'usage du téléphone et du sms étaient plus que restreints et bien oui ça m'a manqué pour des histoires d'adresses à trouver, d'horaires de bus etc mais je m'en suis sortie ! ça me rassure :)
RépondreSupprimerPar contre, quand j'ai quitté le bureau je n'ai plus envie d'en entendre parler jusqu'à ce que j'y retourne, au secours de recevoir des mails pro pendant mes activités perso... Quand je reçois un coup de fil pro le week end où je ne bosse pas je le vis très mal !
Mais paradoxe, je consulte tout le temps mes mails pour le blog ;)
En fait si je n'avais pas un blog auquel je suis accroc et tout ce qui va avec, mails, twitter, facebook je serais beaucoup moins connectée et je crois que je le vivrais bien aussi... en fait ça fait peur !
Bonjour ! Un bon troll est absolument indispensable pour la vie d'un blog. Sinon ça s'enlise, ça tombe dans un consensus mou illustré par trois pintades qui ont cru devoir s'exprimer de la même manière, au sujet du précédent billet, par un "j'adore" très petite bourgeoise qui ne n'exprime pas au-delà d'une ligne et demie, et qui finalement n'a rien à dire. Le troll ce n'est pas le consensus mais le dissensus, la contradiction, l'excès, la polémique, le fer porté dans la plaie et plein d'autres délices. J'en profite pour indiquer que la formule britannique utilisée par le sublime Doudou est tout bonnement absurde. On ne sépare pas comme ça les sujets abordés (hard) des personnes qui les énoncent (soft). Pour peu que l'on adhère à un sujet quelconque comme Doudette adhère à elle-même, bien évidemment la contestation du fond entraîne celle de la personne. Et si l'on veut atteindre vraiment le sujet il faut viser la personne ... Bref et pour ne point trop lasser, cette distinction vaut la distinction scolaire sempiternellement reprise entre le fond et la forme. Cela dit et pour conclure je n'ai pas de commentaire négatif à faire sur l'hyper connexion présentée dans le présent billet. C'est bien écrit et ça présente bien le problème s'il y en a un.
RépondreSupprimerJe reviendrai prochainement car j'ai deux ou trois propos malséants à diffuser concernant le féminisme. Bonne soirée.
Il écrit vachement bien ton troll !!
RépondreSupprimerBon sinon t'es adorable avec tes questions qui vont maintenant me tarabuster toute la soirée !!
Je vais donc me déconnecter de partout, et partir chez les moines tibétains pour y réfléchir :-) - oh merde, tu crois que quelqu'un se rendra compte que je ne suis plus sur la toile ? Stresss -
Et sinon, ravie de t'avoir enfin rencontrée !
Grand merci à Bealapoison pour son appréciation élogieuse, car je reçois plutôt des coups de griffe ou de talons aiguilles - parfaitement justifiés d'ailleurs - en raison de la vilénie de mes propos. Je ne peux quand même pas balancer ce que je balance et venir me plaindre ensuite que Dame Doudette grimpe au plafond,me voue aux gémonies et m'agresse sauvagement.
RépondreSupprimerDonc merci à Bealapoison dont le blog me montre clairement que ne tiendrais pas plus de cinq minutes face à sa descendance. J'en ferais du hachis et préalablement je donnerais à son rejeton de l'huile de ricin à haute dose. Cela dit attention à la constipation chronique.
Cela dit également, je profite de cette occasion pour dire tout le bien que je pense de DSK qui s'est transformé hier en agneau qui a beaucoup souffert, de manière parfaitement injustifiée, alors qu'il n'y a eu ni violence ni contrainte, dit-il. C'est s'abriter derrière une conception plus que limitée de la violence. Bien sûr qu'il y a eu violence, et elle réside dans la simple invitation ou proposition vécues comme des outrages. Nul besoin d'une longue démonstration pour comprendre qu'une simple caresse peut être un acte d'une extrême violence.
Bref c'est un gros porc.
Bonne soirée à toutes et à tous.