Il est des décisions que l'on prend poussé par la nécessité.
Quand j'ai quitté mon précédent emploi, je l'ai fait par besoin de changer d'air, parce que j'en avais fait le tour, parce que je savais plus comment continuer. J'ai saisi l'opportunité qui se présentait. Une belle opportunité. Je ne me suis pas posé la question du pourquoi. Je suis partie. Ce n'était pas une fuite, sinon une fuite en avant... mais ce n'était pas totalement réfléchi non plus. On m'offrait une jolie sortie. J'étouffais. J'ai pris un grand bol d'air.
Il y a bientôt deux ans que j'ai donné ma démission. Et plus d'un an et demi que j'ai dit au revoir à ce travail qui m'avait occupée 9 ans. Aujourd'hui, j'ai pris mes marques dans mon (plus si) nouveau travail. J'ai structuré mes fonctions selon les besoins de l'entreprise et mes envies. J'ai été force de proposition. J'ai été prise à partie parfois. J'ai bénéficié des avantages du travail flexible.
Je peux le dire sans mentir : je n'ai jamais regretté mon choix, ce travail est tombé à pic.
Mais parfois, les trompettes de la renommée sonnent. Le chasseur de tête appelle. Il propose le Saint-Graal : plus de sous, plus de responsabilités... et on a envie d'aller voir. Donc on va voir. Et là, on recommence à se poser des questions. Des questions existentielles à base d'état-j'erre et de c'est-quoi-le-bonheur? Des questions de temps qui passe et qui ne se rattrape plus. Des questions qu'on ne se pose pas tous les jours... mais qu'on devrait se poser plus souvent.
Je me les suis posées, ces questions et je suis arrivée à une double conclusion.
J'ai fait la paix avec mes ambitions.
Il y a encore cinq ans, j'avais envie de prouver à tous, en particulier à moi-même, que je pouvais être calife à la place du calife, un besoin de reconnaissance énorme, qu'on me dise que j'étais la meilleure, la plus intelligente, que j'avais le sens du business, le sens du client. Je voulais gravir toutes les étapes trois marches à la fois. Je n'imaginais pas trébucher. Je voulais être chef, le plus jeune des chefs. Et je l'ai été. Une fois chef, je voulais faire bouger les lignes, à marche forcée. Je voulais être influente. Être aimée. J'y passais mes jours et mes soirées, le nez collé au blackberry.
Et un matin, quelque part entre le moment de la prise de mon nouveau job et aujourd'hui, ce besoin de reconnaissance a disparu. Enfin non, il n'a pas disparu, il s'est transformé. Lavoisier, toujours.
Depuis quelque temps, je suis en paix avec cette partie de moi. Je réalise que je ne vais pas mourir demain. Qu'il me reste du temps pour accomplir un joli parcours professionnel. Je ne serai pas riche et célèbre à 40 ans. La belle affaire ! Si tu es riche et célèbre à 40 ans, que fais-tu des quarante années qui suivent ? Faut-il vraiment consacrer son temps et son énergie à conserver une richesse et une notoriété qui fut si difficile à acquérir ? L'épuisement comme mode de vie, est-ce une option recommandable ? Rien que de les poser, ces question, on devine les réponses.
Le choix s'est imposé, naturellement. J'ai cessé de toujours viser plus haut. Je n'en avais plus besoin. Le ressort s'était cassé. Quand ? Comment ? Je ne saurai le dire. J'ai enfin commencé à profiter de ce que j'avais. De profiter d'un travail qui me plaît, qui me satisfait intellectuellement, qui me permet de jolies rencontres et des défis sympathiques. Profiter de ces petites marques de sympathie, ces timbres positifs qui font qu'on est content d'ouvrir l'ordi le matin. Et ça fait du bien. Du bien de ne pas toujours se projeter dans un avenir incertain. Du bien de se dire que si demain est comme aujourd'hui, ben c'est sympa aussi.
Profiter est désormais le moteur de ma vie.
Et pas seulement ma vie professionnelle.
Je veux et je peux profiter de mes poussins.
Ils ont 5 et 7 ans, les poussins. C'est le moment idéal. Ils sont rigolos. Ils sont gentils. Ils ont des idées, ils commencent à les exprimer. Ils ont une vie en dehors de moi de 8h20 à 16h30 dans ce monde à eux qu'ils appellent école. Ils ont envie d'en parler. Envie de partager en rentrant, tandis qu'ils engouffrent deux pains au lait avec de la confiture comme s'ils n'avaient mangé depuis une semaine. C'est magique de découvrir qu'ils mangent du pain au lait en rentrant de l'école. Le sais-tu, toi, lecteur laborieux, ce que mangent tes gamins au goûter ?
Les enfants de cet âge sont extraordinaires. Ils sont en pleine recherche de ce qu'ils deviendront adolescents et plus tard, adultes. Ils discutent, ils argumentent. Ils sont heureux de t'expliquer ce qu'ils ont appris à l'école. Heureux de te raconter leurs copains. Leurs enseignants. Leurs petites peines aussi. Le monde des enfants n'est pas toujours aussi rose qu'on veut bien s'en souvenir.
C'est une joie de partager les devoirs avec eux, même s'il faut râler pour qu'ils soient faits, ces devoirs. Entendre le son du canard qui s'échappe de la clarinette et soudain un beau son, mélodieux sans qu'on comprenne bien comment le canard est devenu musique, les écouter prononcer leurs premiers mots d'anglais, the!, avec la langue, prendre parfois une heure pour récupérer la Poussinette à la sortie de son cours de danse, déjeuner avec eux le mercredi, voir leur petite tête se glisser dans l'embrasure de la porte du bureau et lire sur des lèvres silencieux un t'es en call ? Hocher la tête, les observer quitter la pièce, heureux de me savoir à côté.
Prendre le temps de les regarder grandir.
Prendre les temps de les accompagner sur ce chemin.
Prendre le temps de les aider à grandir.
Prendre le temps de les prendre dans mes bras.
Prendre le temps de noter leurs petits phrases rigolotes.
Prendre le temps de me façonner des souvenirs.
Pendre le temps de m'étonner chaque jour des progrès accomplis.
Prendre le temps de les consoler.
Prendre le temps de les gronder.
Prendre le temps de les faire rire et de rire de leurs blagues.
Prendre le temps de les aimer.
Prendre le temps de vivre.
Ne pas se retourner dans dix ans quand ils seront en totale opposition.
Ne pas avoir à se demander en pleurant pourquoi le temps a passé si vite.
Il parait qu'il faut faire des choix.
Les miens sont faits.
NB. Ce billet est dédié à Libelul, qui a su mettre des mots sur mes angoisses. Allez voir ses blogs, ils sont extra !
Merci ! Et pas pour la dédicace, c'est ces des conneries de links ... Non merci d'être là, de t'avoir rencontré pour ce que l'on partage, d'avoir été ma conscience aussi. Car si je suis si en paix c'est que tu m'as compris, que je me suis sentie moins seule, que je n'étais pas folle ... non j'avais besoin de çà aussi l'heure du gouter, le pain au lait, une récrée loin de chaos qu'était devenu ma vie.
RépondreSupprimerMerci aussi car ce soir j'ai failli, failli accepter - comme quoi il n'y a pas de hasard ton billet était crucial ce soir, car j'ai presque cédé, en me disant que je pouvais tout faire ... mais non l'heure du goûter est à 16h , pas à 18 ou 19.
Merci, merci, merci.
Sincèrement.
Jane
Je me retrouve forcément dans ce beau billet puisque mon choix je l'ai fait il y a déjà longtemps... J'ai déjà fait le choix de rester dans un boulot très mal payé mais qui m'apporte une qualité de vie introuvable ailleurs, puis fait le choix de gagner encore moins et c'est pas peu dire en prenant mon mercredi pour être avec mon enfant et le voir encore plus grandir. J'adore faire les devoirs :)
RépondreSupprimerJe pense que je suis encore plus radicale que toi car pour moi ma vraie vie c'est tout ce qui est en dehors de mon travail, les émotions les plus fortes sont là quand même... même si mon travail me conditionne sur plusieurs points !
Alors oui parfois je voudrais un meilleur job avec un salaire qui me permette de partir en week end une fois de temps en temps, plus en vacances, aller au resto, payer une baby sitter mais je sais exactement quel serait le vrai prix à payer pour ça et je ne pourrais jamais faire machine arrière...
Prendre le temps, quelle bonne idée :)
RépondreSupprimerOn a toutes ce genre de questionnements quand on devient maman. Moi aussi, qui viens de quitter mon boulot pour suivre mon mari, je me demande un peu où je vais et si j'ai vraiment envie d'y aller... J'aime bien profiter de mes enfants, accompagner leur progression dans une nouvelle langue, l'apprentissage de la lecture de ma fille. Et j'aime bien m'intégrer dans notre quartier, reprendre la main sur notre quotidien qui a été bouleversé. Mais cela fait déjà deux mois, j'ai à la fois l'angoisse du vide et l'envie de profiter encore un peu...
RépondreSupprimerVoilà l'article que j'ai préféré lire chez toi dame doudette !
RépondreSupprimerS je n'étais pas si loin je te serrerai dans mes bras en guise de "commentaire" car tu as dit tout ce qu'il fallait, rien à ajouter ;)
Il est bon de profiter des choses essentielles de la vie c'est à dire de la famille (plus particulièrement des enfants)
RépondreSupprimerUn questionnement hyper sain et je suis contente de savoir que tu as pu trouver le bon équilibre vie pro/vie privée. Pouvoir prendre le temps c'est finalement un vrai luxe mais aussi un vrai état d'esprit. Je te réserve un "hug" pour te remercier pour ce billet. Il est en réserve pour toi, dès que je te vois :)
RépondreSupprimerje le sais ce que mange mes filles au goûter, je sors tôt du taff pour aller les chercher régulièrement, on fait les devoirs, les jeux et la lecture... et pourtant je sens déjà que ce n'est pas assez.
RépondreSupprimerbref, je t'envie. good choice!
Comme tes préoccupations me semblent proches.
RépondreSupprimerJ'ai fait un cheminement différent mais qui m'a mené aux même conclusions : il faut prendre le temps de vivre.
Alors, profitons
Merci doudette et merci aussi a un ami qui a mis le link de ton blog au FB. J'ai presque failli de pleurer en le lisant en pensant a ma fille de 9 ans qui me donne autant de joix tous le jours. Je ne regrette pas avoir un meilleur boulot parce que le job le plus important pour moi maintenant c'est celui d'etre maman.
RépondreSupprimerJ'ai envie de dire "oh comme tu as raison" et en même ce n'est pas si simple. J'ai quitté un boulot salarié prenant pour un job freelance aléatoire en partie pour pouvoir profiter de mes enfants. Et pourtant souvent lorsque je m'énerve sur les devoirs, qu'ils se chamaillent ou que j'ai autre chose à faire, je continue à m'en vouloir de ne pas leur donner du temps mais juste ma présence. Je suis une mère. Je culpabilise. Normal on va dire !
RépondreSupprimerà tous et toutes : merci pour ces témoignages qui démontrent, s'il le faut encore, qu'on se pose tous les mêmes questions.
RépondreSupprimerIl y a ceux qui ont fait le choix radical (comme toi, qui poste Anonymement), ceux qui ont trouvé l'équilibre (comme Carole, ou Patrice), ce qui comme Jane, Isa ou moi, ont du mal à tout concilier mais tentent autant que faire ce peut, ceux comme MarceletLili qui sont entre deux...
Nous avons tous un parcours différents. Je connais certaines de vos par ce que vous en dites sur vos blogs et sur twitter, je sais celles et ceux pour lesquels l'équilibre est plus difficile à obtenir mais c'est agréable de voir que, à nos âges, on aspire enfin tous à plus de sérinité.
Et merci aux Hug de Diskette et Oum (bisous les filles et hug en retour).
Tres bel article (j'aime beaucoup le état-j'erre!).
RépondreSupprimerJ'espere pouvoir dire bientôt quelquechose de similaire.
Merci Doudette pour ce post qui m'a aidé à prendre quelques décisons!
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