dimanche 2 octobre 2011

Mademoiselle X, Madame Y

Je fais un petit crochet aux billets sur mon paternel, car lecteur, tu ne le sais pas mais l'heure est grave. Les féministes se sont saisies du sujet brûlant du moment :

Madame ou Mademoiselle,
il faut choisir !

Sache, lecteur connecté et néanmoins féministe, que je me contrefiche du débat Madame ou Mademoiselle, débat qui ne m'a jamais vraiment concernée vu que j'étais encore vierge comme Madonna que tout le monde me donnait déjà du Madame. Tout ça par la faute d'un tour de poitrine généreux et d'une taille conséquente, ce qui faisait de moi à 15 ans un grand et gros poteau.

Je suis beaucoup plus sensible au débat secondaire (victime par ricochet du débat précédent) qu'on peut résumer ainsi :

Mais pourquoi diable porterais-je le nom de mon mari alors que j'ai le mien ?

La Grande Manu a fort bien expliqué ici pourquoi elle avait gardé son nom, qui était le sien, donc celui de son père et qu'elle s'en trouvait fort aise.

Si l'on s'en rapporte à la communication officielle, chaque époux a la possibilité d'indiquer le nom de son époux sur ses papiers officiels. Donc tu peux être Madame Duchnock, épouse Truchmuk et ton mari sera Monsieur Truchmuk, époux Duschnock. D'expérience, j'ai vu peu d'hommes prendre le nom de leur femme. J'ai cependant un ami, dont le nom était un prénom masculin et qui, ayant fini par ne plus supporter que l'on confonde son nom et son prénom, avait accolé à son nom celui de sa chère et tendre.

Quand j'ai épousé le Doudou, je n'ai pas hésité une seconde à utiliser son nom tant pour ce qui concernait notre famille que dans le cadre de ma vie professionnelle.

Non pas que je n'aimais pas mon nom. C'était (et c'est encore) le nom de mon père. C'est un nom qui a une histoire. Une histoire familiale mais également une histoire dans le peuple qui pense que je lui appartiens. Un nom marqué, connoté. Un nom à étiquette. Ce nom, pour que les gens arrivent à l'écrire correctement, après que tu as tenté vingt fois d'en épeler chacune des lettres, tu es obligé de dire c'est comme cet autre nom, là, que tu sais écrire, qui est encore plus connu, mais avec un A. Quand tu as dis cela toute ta vie, à tes amis, à tes profs, à tes clients, jusqu'à 30 ans, tu finis par en avoir ras-le-bol de dire que ton nom c'est le nom d'un autre avec A. C'est pénible à la fin !

Il y a ceux qui connaissent l'origine de ton nom... et ceux qui la devinent ou qui veulent savoir, on se demande d'ailleurs pourquoi ils veulent confirmation de ce dont ils se doutent, si ce n'est qu'ils ont peut-être un peu (un tout petit peu) de préjugés rapport à ton nom. Tu finis par trouver des parades. Quand on te demande :`
- c'est de quelle origine votre nom ?
Tu réponds:
- Alsace ou Lorraine, je ne sais plus.
- Ah.

Et là, tu sais que ce n'est pas la réponse que celui qui a posé la question attend. Tu es contente. Tu rigoles intérieurement.

Là où ça peut devenir agaçant, c'est quand tu rencontres quelqu'un qui porte le même nom que toi mais qui n'est pas de ta famille ou quand tu rencontres quelqu'un qui connaît quelqu'un qui porte le même nom que toi. Ce n'est pas à cause de celui qui porte le même nom que toi que c'est agaçant mais à cause de tous les autres.
- Vous êtes de la même famille ?
- Nan.
- T'es sûr que vous avez pas un lien de parenté ?
- Oui, je suis sûre.
- Nan parce que quand même, c'est pas si répandu, regarde moi, je connais que vous deux ?

- Oui. Mais non.
Tu finis par casser l'ambiance, par expliquer que tous ceux de ta famille qui ont porté ce nom autrefois sont soit morts en camps d'extermination, soit ont émigré. Et là, on t'en veut de plomber ainsi l'humeur joyeuse parce que, tout ce qu'on voulait, c'était t'aider.

Avoir un nom connoté, c'est aussi faire face à tout un tas de malentendus avec ceux qui imaginent que tu es comme eux, que tu penses comme eux, que tu vis comme eux, parce que tu portes le nom de celui qui fut le Gardien du Temple il y a bien longtemps. A la phrase d'un confrère qui te murmures mezzo voce qu'il est le chef de ta communauté dans sa ville, tu réponds innocemment ah, vous êtes bâtonnier ? et tu réalises après-coup que tu viens de te faire un ennemi à vie. Plus jeune, quand tu voyages, notamment aux Etats-Unis, on veut toujours te coller dans une famille qui porte un comme le tien, parce que comme ça ce sera plus facile pour l'office. Pour quoi ? L'office ? c'est quoi ce truc ?

Bref, quand j'ai rencontré le Doudou, j'aspirais à un peu d'anonymat. Ne plus avoir à justifier de qui j'étais parce que ce nom, le nom de mon père, dont j'étais si fière pourtant, était également un fardeau.

Et puis le Doudou et moi avons décidé de devenir parents. Et c'est parce que nous voulions fonder une famille que nous avons décidé de nous marier. Je voulais porter le nom de mes enfants. Pas tant celui du Doudou, encore qu'il est beau, le nom du Doudou, il chante, il roucoule. Il s'écrit comme il se prononce. Mais surtout celui de mes enfants. Dans la famille idéale de mon enfance, le papa, la maman, la fille et le fils portaient tous le même nom. Qu'aurait-on dit si Laura Ingles avait été affublée du nom de jeune fille de sa mère ? J'avais cette vision idéale de la famille nucléaire. Tous unis par un seul et même patronyme.

En outre, parce que le nom du Doudou était neutre, il me permettait d'échapper à ce poids du nom que représentait le nom de mon père. En prenant le nom du Doudou comme nom d'usage, je faisais d'une pierre deux coups : je créais une famille, ma famille et je mettais mon héritage entre parenthèse.

Changer de nom m'a libérée.
Cela m'a permis d'accepter un lourd héritage familial, de pardonner au passé.
De pardonner à ce passé qui n'est pas le mien mais celui du peuple auquel j'accepte enfin aujourd'hui appartenir.

6 commentaires:

  1. Une précision juridique concernant l'usage par l'époux du seul nom de son épouse : ça ne fait que quelques mois que le Gouvernement tolère qu'un époux ne porte, à titre d'usage, que le nom de son épouse. Auparavant, la circulaire du 26 juin 1986 ne permettait aux hommes que de porter un nom d'usage composé de leur nom de naissance suivi du nom de leur épouse, et non uniquement du nom de leur épouse.

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  2. ^^ moi aussi j'ai fait un billet là dessus, comme quoi, bien qu'on s'en fiche un peu, ça nous touche toute de différentes façons, ce choix entre deux cases... et moi aussi j'en suis venue à parler du nom de famille de moi et de mon homme... sauf que nous ne sommes pas mariés, du moins pas pour le moment, (et ça dure depuis presque 10ans l'affaire !!)
    enfin voilà : tout ici >> http://drine.info/2011/09/mademoiselle-ou-madame-la-case-du-debat/
    des bisous

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  3. C'est hyper sensible comme sujet, celui du nom. Moi j'ai fait le choix de garder le mien et de coller les deux à mes enfants. Pour les raisons exactement inverses aux vôtres : son nom à lui est très connoté, le mien est d'une platitude franchouillarde totale, je ne voulais pas que mes gosses aient à faire semblant d'appartenir à une famille qui ne constituaient qu'une partie de leur patrimoine. Adultes, elles en sont aujourd'hui très contentes !

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  4. C'est vrai que c'est pénible les gens qui pensent tout de suite à une connotation péjorative en entendant un nom mais j'aime les noms qui racontent une histoire :) ou qui laissent place à l'imagination...
    Si j'étais mariée j'aimerais bien porter le nom de mon mari, c'est peut être vieux jeu mais ça voudrait dire beaucoup pour moi ! Je prendrais les deux en fait comme ça j'aurais le même nom que mon enfant...

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  5. Très beau et touchant billet.Zoubis.Gazelle

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  6. Joli billet, comme à l'accoutumée ;)

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