Le Poussin, 7 ans, veut devenir...
Président de la République.
Président de la République.
Comme nous ne sommes pas du genre à brimer les ambitions, certes prématurées mais néanmoins légitimes, de notre progéniture, nous n'avons pas (ouvertement) éclaté de rire lorsque l'annonce a été faite de ce plan de carrière. Nous avons opiné du chef, l'air consacré du parent qui s'intéresse au futur de son enfant et nous sommes abstenus de tout commentaire.
Nous en étions là quand la maîtresse a annoncé que, une semaine plus tard, elle organiserait les élections des délégués de classe. Notre petit Poussin, à la fois introverti et timide, avait clairement indiqué en CP que ce genre de fonction n'était pas pour lui ! Mais ça, c'était avant de vouloir succéder à De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Sarkozy. En CE1, le petit monde de mon petit gars avait évolué.
Il est rentré à la maison un soir, galvanisé par une discussion avec sa conscience et m'a fait part de ses intentions, très sûr de lui:
- Maman, je veux être délégué de classe. Comment on fait ?
Déjà, venir me voir, moi, plutôt que son père s'est avéré être sa première bonne décision. Qui sait ce que son Sarkoziste de papa lui aurait recommandé comme coup tordu ? Rassure-toi, lecteur, je n'ai pas dénigré le Doudou ouvertement, c'eût été une très mauvaise tactique. Je suis beaucoup plus maligne et sournoise... En politique, il faut distiller l'information, donner l'envie. Les attaques frontales sont inutiles et contre-performantes. Il faut être efficace.
J'ai donc enseigné à mon Poussin quelques fondamentaux.
D'abord, faire campagne. Pendant une semaine, alors que les autres candidats putatifs continuaient à jouer aux billes tranquillement dans l'attente de la date du dépôt des candidatures officielles, fixée au lundi suivant, le Poussin plaçait ses pions. Il a passé ses récréations à expliquer aux copains et aux copines qu'il envisageait de se présenter et à demander, l'air de rien, si - dans l'hypothèse où il se présenterait - les copains voteraient pour lui.
Au dimanche soir, le Poussin était certain que tous ses copains voteraient pour lui.
Mais les promesses n'engagent que ceux qui les tiennent, n'est-il pas ?
Lundi matin.
Annonce des candidatures.
7 candidats sur 24 élèves dans la classe.
La maîtresse explique le scrutin :
Un seul tour.
Ceux qui obtiennent le plus de voix gagnent.
Possibilité de voter pour soi.
Le vote aura lieu le lendemain. Mardi. Pour le mardi matin, il faut que chaque candidat ait préparé un petit discours de 3 minutes expliquant son programme.
Horreur, malheur !
Je ne suis pas en France le lundi soir.
Je suis contrainte de laisser au Doudou le soin d'assister à la préparation du discours de campagne.
Heureusement, avant d'être un sympathisant UMP, le Doudou est un super papa. Et il laisse le Poussin avoir le programme qu'il souhaite. Au final, ça donne ça (sans les fautes d'orthographe):
Je serai un bon délégué parce que:
1. Je ne mentirai jamais. [touche Manuel Valls]
2. Je protégerai l'école, le matériel, sa propreté. [touche Ségolène Royal]
3. J'écouterai toujours tous ceux qui veulent me parler. [touche François Hollande et/ou Nicolas Sarkozy]
4. Je vous dirai tout ce que la Directrice me dira. [touche Henri Guaino]
5. Je vous dirai tout ce qui se passe dans l'école. [touche Claude Guéant]
Au final, un programme fédérateur et consensuel.
Aucune promesse qu'il ne peut pas tenir, à la différence de l'un des autres candidats qui avait promis, outre la fin des bagarres à la récré, des repas meilleurs à la cantine. Qui croit encore aux repas meilleurs à la cantine ? C'est une promesse des (19)70's, ça. Les enfants, de nos jours, savent que, à la cantine, les repas sont, au mieux, quelconques, au pire, beark.
Résultat des votes:
Le Poussin : 12 voix
Numéro 2 : 7 voix
puis les autres.
Remarque de maman (un peu) féministe cependant : les deux titulaires sont des garçons, les deux suppléantes sont des filles. Le vote féminin s'est dispersé, les gars ! Elles ont préféré les beaux yeux du Poussin que la faconde de la copine forte-en-tête.
Le Poussin m'a téléphoné, très fier, pour m'annoncer la nouvelle et m'a fait la leçon :
- T'avais dit que mes copains ne voteraient peut-être pas pour moi même s'ils l'avaient dit. Tu m'avais fait de la peine. Ben, t'as vu, ils ont voté pour moi !
Les enfants tiennent leurs promesses.
Le monde ne peut qu'être meilleur demain.
Cocorico ! Bravo au Poussin qui va finir coq...
RépondreSupprimerLe début d'une grande carrière ??
RépondreSupprimerBravo au Poussin et aux coach qui sont les Parents :)
RépondreSupprimerBRA-VO pour ce billet (non pour le poussin aussi) mais en me parlant politique primaire, tu m'as arraché un sourire, essuyé une larmichette. Doudette présidente !
RépondreSupprimerEt je ne lirai plus les billets sur ton fils tant il me semble en décalage complet avec le mien du même âge. Ca me fait flipper !
Excellent, le coach du candidat délégué de classe ! A l'époque - récente :-) - j'avais en gros fait la même chose... en ajoutant une affiche! Et les 3 minettes, dopées au discours féministe de leur maman préférée, ont remporté tous les ans les suffrages (les gars, faut vous remuer et apprendre à monter des campagnes). Ce qui est formidable, c'est de voir comment les plus introvertis peuvent littéralement se transformer devant le challenge, et apprendre, grandir !!
RépondreSupprimerMerci à tous, le Poussin a lu vos commentaires, il a souri, hyper fier !
RépondreSupprimer@Isa : chaque enfant est différent, la Poussinette, son truc, c'est pas la politique, crois-moi !
@ Annie : merci pour ce joli témoignage, nous sommes décidément toutes les mêmes mamans.
Extra ce billet ! Félicitations à ton poussin !
RépondreSupprimerEt je pense que directeur de campagne est un poste recherché en ce moment, vous avez toutes vos chances après une telle victoire !