
Et soudain l'Express publie un article nauséabond sur le monsieur, ses soirées coquines, ses SMS et quelques call-girls... et je m'interroge. Sur la normalité en matière sexuelle, sur la moralité, mon (a)moralité, le travail, la vie privée, l'impact entre les deux. Est-ce que la morale influence la façon dont nous voyons ceux qui nous gouverne ? Par quel prisme apprécions nous leurs prises de positions et les décisions qui en découlent ?
Prenons DSK. Imaginons qu'il soit devenu Président de la République.
Comment aurais-je évalué les décisions prises par son gouvernement ?
Sur l'économie, rien à redire. Ce qu'il fait le soir au coin du feu d'une boite échangiste influence peu l'économie. On me rétorquera que, quand même, des multinationales financent les parties fines. Ben oui. Et certains ont des amis richissimes qui financent des vacances sur des yachts. Les liens entre argent et pouvoir sont connus. On peut les critiquer mais qu'on ajoute du cul dans l'équation ne change pas grand chose au résultat.
Sur la sécurité et la justice, rien à redire non plus... encore que. Si on fait appel à des prostituées pour assouvir ses pulsions, on devra s'assurer d'abord que ces dames agissent en totale indépendance, sans proxénète. Parce que le proxénétisme, c'est pas vraiment autorisé chez nous.
Reste les questions de société. Un Président libertaire peut-il être crédible sur des questions aussi sensibles que l'union libre, le mariage des homosexuels, l'adoption, les religions ? Sans doute pas... Mais ce risque de parti pris sur les questions de morale est-il aussi grand qu'on peut le supposer ? Un président puritain et bigot serait tout autant taxé de parti pris...
Je poursuis mon raisonnement et je me demande pourquoi on est tous aussi soulagé de n'avoir pas élu DSK Président. En quoi ce que nous découvrons nous touche-t-il autant ?
Hypothèse 1 : DSK a violé la loi pénale
Si c'est le cas, oui, c'est une bonne raison pour ne pas l'élire Président. Seulement pour l'heure il n'est accusé de rien qui soit sanctionnable pénalement. Le dossier pénal américain sur l'affaire du Sofitel est clos. Le dossier pénal du Carlton de Lille n'a pas encore touché DSK, lequel selon ses avocats n'a pas encore été entendu. A ce jour donc, seul un litige civil est en cours aux Etats-Unis. Un litige entre deux individus, qui relève techniquement de la vie privée. Si je veux être totalement honnête, je ne devrais pas en tenir compte.
Hypothèse 2 : DSK nous a menti
On se rappellera ici de Clinton qui ne disait pas tout sur ses relations avec la stagiaire Levinsky (voir ici la vidéo) et du tollé que cela avait provoqué outre-atlantique. On se souviendra également des commentaires des journalistes français expliquant qu'une telle situation ne pourrait se produire en France, parce que la vie privée des gouvernants, les français s'en fichent et que le mensonge est toléré. Nous sommes nous américanisés depuis ?
Hypothèse 3 : l'attitude de DSK nous choque
Là, ce n'est plus du droit, c'est de la morale. Et doit-on faire entrer la morale dans le champ politique ? Quelqu'un dont le mode de vie nous choque fera-t-il un mauvais Président ? Préfère-t-on une personne dont le programme nous plaît mais la vie dissolue nous choque à la situation inverse ? Qu'est-ce qui compte, l'homme ou les idées ?
Je n'ai pas de réponse à ces questions. A chacun de se faire sa propre opinion, de réfléchir aux conséquences de son propre ressenti.
Hier, je participais à une formation intitulée diversity and inclusion dans l'entreprise. Il s'agissait d'évaluer comment nous réagissions à quelqu'un dont le physique, les idées ou le passé était différent du nôtre et comment nous pouvions accepter les différences, les valoriser et s'enrichir en partageant. Accepter l'autre, aussi différent soit-il. Sache lecteur que l'employeur ne forme pas les salariés dans le seul intérêt de les rendre meilleurs. Il y a un but caché : accepter l'autre, partager, améliore la productivité et la fidélité à l'employeur et c'est également meilleur pour l'image de la boite.
Au sortir de cette formation, je n'avais changé d'avis sur DSK : il peut bien faire ce qu'il veut de son cul et de sa bite. S'il avait été démontré qu'il n'avait pas contrevenu à la loi, seules ses idées m'auraient intéressée.
#teasing : un jour, je vous expliquerai comment j'en suis arrivée à n'avoir aucune morale en matière sexuelle... si vous êtes sages !
Image : Eyes Wide Shut tiré de wat.tv. Vidéo ici.
J'adore ton article, brillant comme souvent avec les bonnes questions. Et je suis plutôt d'accord avec toi... pour moi le sexe n'est pas lié à la morale et encore heureux sinon je crois que personne ne se remettrait d'apprendre les pratiques sexuelles de ses proches, des autres etc (ou les non pratiques d'ailleurs !)...
RépondreSupprimerSauf s'il est admis qu'il a violé, le reste ne me choque pas sur DSK et qu'est ce que ça m'énerve d'entendre les gens dirent ce qu'ils pensent de l'attitude de sa femme, la pauvre, la malheureuse, elle supporte ça etc... elle a pas un couteau sur la gorge que je sache et elle est suffisamment grande et intelligente pour faire ce qu'elle a envie, c'est leur relation et là encore tant qu'il n'y a pas de violence, on n'a rien à dire, ni à cautionner ou pas...
Point de vue intéressant. Mais je crains que celui-ci ne soit pas majoritaire. Il suffit d'entendre les féministes qui à raison donne une image plutôt dégradée de la femme...
RépondreSupprimerOuhaaaaa quel teasing ! (Le Ouhaaaa, c'est typiquement masculin, ambiance vestiaire)
Je ne sais pas si c'est légal ou moral, mais un homme qui se fait payer des putes par des entreprises, j'appelle ça de la corruption passive (et se mettre dans une situation de dépendance puisque le chantage est ensuite très facile) et je trouve ça gênant (euphémisme) pour un président de la république potentiel et même pour tout responsable politique.
RépondreSupprimerEnsuite, je sais que ça n'est pas une question de légalité mais un homme qui considère les femmes comme des morceaux de viande, de la chair à baiser, j'ai carrément pas envie qu'il soit le représentant de "tous" les français, c'est à dire y compris moi.
Enfin un homme incapable de comprendre combien ce comportement est devenu compulsif et dangereux pour lui-même ne me parait pas qualifié pour un poste d'envergure. Et dans toute institution où, comme le disait mme Piroska, il aurait à encadrer des femmes.
Je ne crois pas que ce soit une question de morale (je n'en ai aucune non plus en matière sexuelle, autre celle du consentement explicite entre adultes)dans le sens de vertu. En revanche, oui, il est question d'éthique.
Je suis d'accord avec tous tes poins, mais j'en ajouterais un :
RépondreSupprimerHypothèse 4 : DSK se met en situation de dépendance vis-à-vis d'un tiers. C'est ce qui me dérange le plus : on ne peut être Président, et autant vulnérable. C'est d'une nature similaire à l'acceptation d'un cadeau comme un Falcon ou un yacht, mais encore un cran au-dessus dans la sujétion.
il ne s'agit pas de morale :
RépondreSupprimerc'est le FMI qui a payé (elle aussi) pas lui...
http://www.linternaute.com/actualite/politique/rumeurs-dsk/piroska-nagy-2.shtml
cqfd pour un dirigeant d'Etat
En février 2009, lors d'un Forum mondial de la concurrence organisé par l'OCDE, Piroska Nagy (employée hongroise du FMI) confie qu'elle craint que DSK a un problème qui le rendrait "peu apte à diriger une organisation où travailleraient des femmes"
@unouveaucompte
Un des soucis est sa vulnérabilité.
RépondreSupprimerC'est une part trop importante de sa vie et surtout il semble en être trop dépendant
Comme on a soupconné Berlusconi d'avoir eu une "espione" russe dans son lit et d'y avoir laissé des secrets d'état, on se pose la question sur ce que DSK aurait fait.
bien moi je ne savais pas , on fait ce qu'on veut avec son C...mais pas quand on fait de la politique , à un moment tout ce sait et ça vous retombe dessus comme un soufflé moisi !
RépondreSupprimerJe rejoins Thalliane (et d'autres). Ce que fait DSK de sa vie privé tant qu'il s'agit de relations entre adultes consentants, peu m'importe, mais d'une part il y a des soupçons sur les financements de ces "parties fines" par des entreprises et d'autre part la vulnérabilité qu'aurait eu DSK si il était arrivé au pouvoir et cela est plus problématique.
RépondreSupprimerEgalement d'accord avec elle pour dire qu'il s'agit pas tant de morale que d'éthique.
Tout comme toi, je considère qu'on fait ce qu'on veut avec son cul du moment que c'est entre adulte consentant. Le problème des boîtes échangistes n'en est pas un, tout le monde y va ou presque, j'y suis moi même déjà allé.
RépondreSupprimerPar contre il semblerait qu'il y'ait comme une addiction et comme un usage du pouvoir dans ses pratiques pour arriver à ses fins. Idem de l'usage de la prostitution. Et là, j'ai du mal à accepter cela de quelqu'un censé diriger notre pays. Même si je ne suis pas aveugle sur les pratiques des puissants. La compulsivité qui serait la sienne me gêne et le déconsidère totalement à mes yeux.
@ Carole : merci m'dame. Faut poursuivre l'analyse
RépondreSupprimer@ David : patience... tout vient à point pour qui sait attendre.
@ Thaliane, Yannick, Dom et Patrice : je crois qu'on ne peut pas préjuger de ce qu'on découvre aujourd'hui d'un éventuel conflit d'intérêt ou d'éthique. On a un homme qui a des envies sexuelles qui peuvent nous paraitre bizarres et des copains qui les partagent et trouvent un moyen de faire payer leur boite. C'est tordu, c'est navrant... Et il est probable que ce soit contraire au droit des sociétés (abus de confiance). Quant à l'éthique, je ne sais trop qu'en penser. Je ne sais pas si DSK était indépendant ou non.
@ Nessa je comprends la déception...
@ Hypparkhos => effectivement, tu soulèves une bonne question à laquelle je n'avais pensé.
@ un nouveau compte : je comprends le point Piroska. Mais est-ce que cela change mon point de vue (angle subjectif). Pas certain.
J'aurais tendance à penser qu'il avait passé le cap de l'addiction... l'affaire du Sofitel me semble révélatrice : est-ce que le directeur du FMI aurait accepté de tirer un coup rapide, même sollicité, avec une femme de chambre même pas sexy, s'il avait été en pleine possession de ses moyens, s'il pouvait se contrôler ? Franchement, j'ai du mal à y croire.
RépondreSupprimerEn DSK je ne vois, que l'homme politique et son intelligence.Je regrette beaucoup cet acharnement médiatique sur lui et son épouse. J'aurais sans sourcillé voté pour lui au deuxième tour si l'UMP ni était pas en 2012.Gazelle.
RépondreSupprimerMais est-ce qu'il n'est pas normal d'attendre une bonne moralité et un minimum d'intégrité lorsqu'on fait confiance à quelqu'un ? Lorsqu'on vote pour quelqu'un, ou qu'on s'y prépare, on matérialise en quelque sorte la confiance qu'on a en cette personne. Et cette confiance englobe également la moralité de cette personne. Ce qui découle de toutes ces affaires est une perte de confiance définitive, donc plus de votes. La société est une éternelle moralisatrice, dans certains cas c'est bénéfique, dans d'autres néfaste.
RépondreSupprimerD'autre part... On fait ce qu'on veut de son cul, certes, tant que c'est légal. Une affaire de viol restée pas claire, une affaire de tentative de viol restée en suspens, une affaire de proxénétisme également en suspens... Ca commence à faire beaucoup et non seulement c'est choquant, mais on se dit plusieurs choses :
1) Si c'est vrai, pourquoi un homme politique se permettrait ça et pourquoi on voterait pour quelqu'un qui se permet ça ?
2) Si c'est faux, cet homme est doué pour se mettre dans la m****... Ce qui en ferait difficilement un bon président.