vendredi 25 novembre 2011

A toi qui sera élu Président(e) en 2012

Monsieur/Madame le(la) futur(e) Président(e) de la République,
[rayer la mention inutile]


Depuis plus de six mois, vous nous expliquez que les caisses sont vides, qu'on ne peut plus faire de promesse qu'on ne peut pas tenir, qu'il convient de s'attaquer aux questions de fond, que les français doivent comprendre que le temps est venu de faire des sacrifices pour tous, que nous devons êtres solidaires les uns des autres dans un grand élan de fraternité, afin de préserver nos libertés de penser et d'agir et de donner à nos enfants une égalité dans les chances de réussite. Vous êtes de droite, de gauche ou du centre.

Vous avez le même constat que vos pairs :

Si on ne change pas, on va dans le mur.

Or, aujourd'hui, de quoi nous entretenez-vous ?

D'une énième loi de procédure pénale qui remplacera celle dont le décret d'application n'est pas encore paru, laquelle loi s'appliquera à nos enfants, enfants dont on peut espérer que si certains peuvent changer et s'amender, ce sont eux... sauf à désespérer de l'humanité. De prolonger la vie de centrales nucléaires dont on ne peut programmer l'arrêt, faute de l'avoir provisionné dans les comptes. D'augmenter les impôts des riches parce que les riches, comme chacun sait, n'en ont rien à faire des pauvres, ne créent pas d'emploi et gardent toute leur fortune dans un bas de laine au Luxembourg. De punir les malades qui sont tous des fraudeurs, c'est bien connu, regarde le mec au bureau qu'on n'a pas vu depuis dix jours ! De renvoyer les étrangers chez eux, ces étrangers dont les enfants sont les amis de nos enfants, ces étrangers qui permettent à la France d'avoir une natalité qui permettra de payer notre retraite. J'en passe et des meilleures...

Dans le but de ratisser large afin de séduire un maximum d'électeurs potentiels, vous avez décidé de raser gratis. C'est compréhensible. Ce sont les sujets qui intéressent les français. Cela touche à leur porte-monnaie. Cela flatte leur égo et aiguise leurs peurs. C'est essentiel pour gagner l'élection.

Dans ma famille, il y a l'histoire du cousin Simon qui cherche à acheter des harengs. C'est un peu l'électeur le cousin Simon. Dans la boutique de Samuel, les harengs sont à 6 shekels. Simon est content, c'est une affaire à ce prix là... sauf que Samuel a vendu tous ses harengs. Du coup, Simon est contraint d'acheter ses harengs chez Rachel, laquelle vend ses harengs 10 shekels. Une blinde. Simon est un peu pingre, il s'énerve mais il n'a pas le choix, il achète les harengs à Rachel:
- Pourquoi tu fais la tronche ?, lui demande Rachel,
- Tes harengs, ils sont trop chers, ceux de Samuel sont à 6 shekels !
Simon est content, il a rabattu son caquet à Rachel, qui le snobe ses prix à la Le Nôtre.
- Ben, pourquoi tu les lui achètes pas à lui alors, au lieu de bouder dans ma boutique ?!
- Je l'aurais fais, tu vois, mais il n'en a plus !
Rachel sourit.
- Ahhhhhh ! Tu vois, Simon, moi, quand j'en ai plus, ils sont à trois shekels, mes harengs.

En bonne émule du cousin Simon, je vois clair dans votre jeu, futur(e) Président(e) de la République. Vous, tous vos harengs sont à 5 shekels, ceux que vous pouvez commercialiser comme ceux que vous n'avez pas ou ceux qui sentent déjà la morue rance... et vous attendez que nous, électeurs, devinions ce que vous avez encore en stock.

C'est un petit jeu pervers et je peux le comprendre.

Sauf que...


Et nos enfants dans tout cela ?

Tu as des enfants, futur(e) Président(e) de la République. Bien sûr que tu en as ! Tu permets, je te tutoies maintenant qu'on passe aux choses sérieuses ; je suis mère également, ça crée des liens. Pour l'avenir de tes enfants, de ces petits êtres qui sont notre futur, qu'as-tu prévu ? Quel est ton plan pour dans 20 ans ? Dans 30 ans ? Dans 40 ans ?

J'ai deux souhaits pour cette campagne, si tu permets, futur(e) Président(e) de la République. Deux souhaits pour mes enfants. Deux souhaits pour tes enfants.


1. Souhait numéro 1

Parle moi de l'école. Parle moi du collège. Parle moi éducation nationale.

Pas pour me dire que tu vas embaucher 60.000 professeurs de plus. On s'en fiche, ce n'est pas parce que tu embaucheras le lendemain de ton élection que l'école sera meilleure et pérenne.

Donne moi ton projet, ton plan de rénovation d'une école en déliquescence, d'une école qui n'intègre plus, qui ne forme plus. Avec des enseignants dont le métier n'est plus d'éduquer mais de "passer des savoirs". Explique-moi comment tu vas faire de nos enfants des citoyens. Explique-moi comment tu comptes mettre les meilleurs enseignants au collège, cette impasse pour beaucoup. Explique moi comment tu comptes former et motiver les enseignants de primaire pour que les plus mauvais élèves ne soient pas lâchés dès le CP et les meilleurs ne rentrent pas le soir à la maison avec le sentiment de n'avoir rien appris. Explique-moi ce que tu comptes faire de cette administration qui distingue tellement bien école, collège et lycées, locaux, cantines et enseignants, public et privé, que les synergies sont impossibles. Et je ne te parle pas que d'économies d'échelle, ce serait trop simple. C'est de travailler ensemble dont il est question ici. De se comprendre, de s'entendre, de partager, d'échanger, de collaborer, de s'épauler, de s'assister, de se former les uns les autres, de best practices (oui, il y a des pratiques meilleures que d'autres), de plan de développement des performances. Et non, tout n'est pas à jeter dans la culture d'entreprise.

Ôte moi cette envie qui me chatouille l'estomac de m'expatrier dans un pays où les enfants sont une priorité.

Dis moi à quoi ressemblera l'école de mes petits enfants.


2. Souhait numéro 2

Parle moi recherche et innovation. Dis moi comment tu vas aider les entreprises françaises à innover, les chercheurs français à trouver ce qu'ils cherchent... ou ne cherchent pas encore.

Comment vois-tu notre recherche dans dix ans, futur(e) Président(e) ? dans vingt ans ? Aurons-nous encore des prix Nobel ? Publierons-nous encore des articles dans Nature et Science ? des articles suffisamment innovants pour qu'ils soient repris dans la presse généraliste.

Que comptes-tu faire pour que nos chercheurs redeviennent ce qu'ils étaient : des découvreurs qu'on encourageait à chercher, auxquels on donnait les moyens de leur ambitions. Des passionnés qui avaient envie de transmettre leur savoir aux générations futures, qui savaient passionner leurs étudiants.

Quel est ton programme sur l'innovation en entreprise ? Que va devenir le Crédit Impôt Recherche, cet impôt si utile et si dévoyé ? Le réduiras-tu, le supprimeras-tu au motif qu'il est utilisé hors de son contexte à des fins qui n'ont que très peu à voir avec la recherche ou le développement tel qu'on pourrait l'entendre au CNRS. Par quoi le remplaceras-tu ? Comment donneras-tu envie à nos entrepreneurs d'entreprendre ici plutôt qu'ailleurs ?

Parles-moi de nos grandes écoles. Dis moi comment tu vas faire de nos jeunes chercheurs des élites mondiales alors que, de l'avis d'experts, le niveau des études scientifiques a dramatiquement baissé en dix ans, alors que les candidats au concours de nos grandes écoles peinent à tenir un raisonnement hors de ce qu'ils ont appris et bachoté.

Raconte moi l'élite de demain.

Raconte-moi la recherche de demain.

Explique-moi pourquoi mes enfants devraient rester en France pour y faire leur étude.

Explique-moi en quoi mes enfants ont intérêt à faire carrière en France.


Tu vois, futur(e) Président(e) de la République, je ne te demande pas grand-chose, juste un peu d'ambition pour nous tous, à défaut de l'avoir pour toi, et surtout une vision de précise de ce à quoi notre avenir collectif doit ressembler.

Raconte moi la France telle que tu la vois dans quinze ans, quand nos enfants seront adultes.

Et dis moi juste comment tu comptes y parvenir. Comment on passe d'aujourd'hui à demain. C'est simple. Dans mon jargon, on appelle ça un business case : je suis ici, je veux aller là et pour aller d'ici à là, voilà ce qu'il faut faire.

Alors, futur(e) Président de le République, c'est quoi ton business case ?



Merci à Menilmuche et Hipparkhos pour m'avoir inspiré ce billet, grâce à leurs connaissances et leur ouverture d'esprit.

2 commentaires:

  1. Oui un peu de rêve, d'espoir, d'envie, de projets (dans le véritable sens du terme).

    Au lieu de dealer ta place, tes salaires cumulés, ta retraite dorée, payés par nous.

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  2. Si au moins le CNRS avait un budget décent, et n'était pas obligé de demander des sous à droite & à gauche...

    J'aimerais aussi que les présidents aient vraiment une vision au-delà de leur quinquennat... Parce qu'on va vraiment droit dans le mur...

    J'aimerais aussi qu'on nous redonne envie de croire en la politique...

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