A quatre ans, j'étais amoureuse de Pierre.
A vue de nez, Pierre avait 25 ou 26 ans. Il avait de grands yeux bleus. Tiens, je me demande, là, trente-cinq ans plus tard, s'ils étaient vraiment bleus, ses yeux. Enfin, je les voyais bleus, les petites filles ont des princes aux yeux bleus, c'est comme ça. Il avait le regard doux des adolescents et le sourire des vrais gentils. Il était très grand, au moins un mètre soixante-cinq ! Il portait des jeans et des chemises fleuries avec un long col. Il était sympa. Il parlait anglais.
C'était le cousin de ma mère.
Une fois, il est venu à la maison, j'avais la rougeole. Oui, quand j'avais quatre ans, on avait encore la rougeole, jeune lecteur né après la commercialisation du R.O.R. Et bien, je n'ai pas voulu le voir, Pierre, moi. Je me suis cachée sous le drap et j'ai dit que je n'étais pas là. Je n'étais pas jolie avec mes boutons et je ne voulais pas qu'il me voit dans cet état, pas coiffée, sans ma jolie robe violette à fleurs orange (oh, ça va, hein, on peut faire un concours de robe à fleurs si tu veux !). Pour Pierre, je mettais des ballerines et des socquettes blanches. Et je ne criais pas. Je ne faisais pas de comédie. Alors, avec la rougeole, pas question de me montrer.
Pierre, peut-être à cause de ce Pierre là, était l'un des prénoms que j'aurais aimé donner à mon fils. Pas possible vu le contexte familial dans la famille du Doudou. Il n'en demeure pas moins que c'est un prénom magnifique, un prénom de roi, un prénom solide mais également un prénom doux. Un peu comme le cousin de ma mère.
Aujourd'hui Pierre, celui dont j'étais amoureuse à 4 ans, a passé la soixantaine. Oui, le temps s'écoule. Inexorablement, comme dirait l'autre. Il vient de prendre sa retraite après avoir passé les quarante dernières années à se dévouer à des élèves qui le lui ont bien rendu je crois. Quand on a beaucoup travaillé et qu'on a des enfants casés qui travaillent également, prendre sa retraite, c'est bien, on peut enfin en profiter.
Mais voilà, Pierre a appris qu'il avait a un cancer à peu près au moment où il était enfin libre de dépenser ses économies. Je ne sais pas comment le dire autrement. Je pourrais vous dire qu'il a une longue maladie comme à la télé. Ou vous parler d'un crabe qui le ronge de l'intérieur. Ça ne changerait rien au diagnostic.
Pierre s'est fait opéré il y a quelques temps et là il commence une chimiothérapie.
Il va s'en sortir... on y croit tous.
Et parce qu'il a été mon premier amour, je veux lui dédier aujourd'hui cette petite chanson de rien, que j'aime tant.
barbara - pierre
je suis super émue. Et pour aider ton premier amour, je vais envoyer plein de soutien et d'ondes guérisseuses, il va y arriver.
RépondreSupprimerUne écriture toujours aussi remuante, dès que tu abordes des sujets graves...
RépondreSupprimerDes pensées pour lui et pour toute la famille en espérant l'issue la plus favorable possible...
Pierre ... l'un de mes fils s'appelle Pierre.
RépondreSupprimerJ'adore cette chanson de Barbara.
Et pour ton Pierre à toi tous mes voeux de guérison, ça va aller !
Je me disais bien qu'un aussi joli billet ne pouvait avoir qu'un chute bien triste. bises et mes pensées pour Pierre et ses proches.
RépondreSupprimerJ'en ai la larme à l'oeil, ton article est juste très doux, beau mais tellement "grave".
RépondreSupprimerUne grosse pensée envers Pierre, anonyme de notre existence mais tellement cher à ton coeur.
Et tu lui rends hommage d'une belle façon. Je pense bien fort à toi, et à lui. Bien sûr qu'il va s'en sortir. Courage à vous tous.
RépondreSupprimerMoi, j'enlevais les soquettes blanches dès que j'avais passé le coin de la rue. Pour faire comme les grandes.
RépondreSupprimerMais les soquettes, c'est juste la légèreté face à l'épreuve.
Mais quelle saloperie cette maladie !!! Tout plein de bonnes ondes pour ton gentil Pierre <3
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