jeudi 31 mars 2011

Une heure pour la planète

Comme vous le savez ou le découvrirez quand j'aurai le temps de vous raconter ma semaine, je manque sérieusement de temps pour pondre un billet intelligent, subtil, drôle, etc. comme je sais le faire. Modestie quand tu nous tiens...

Bon, tout ça pour dire que ce billet sera minimaliste.

Samedi soir, entre 20:30 et 21:30, c'était l'Earth-Hour (l'heure de la Terre, si on veut traduire littéralement, sauf que c'est cul-cul en français).

Le concept est le suivant : tu es une personne responsable, tu veux que le monde vive très très très longtemps, malgré les centrales nucléaires qui fuient, les tsunamis, les marées noires et la surconsommation, tu es prêt à faire des efforts (très limités) pour y parvenir et, pour ce faire, tu éteins toutes les lumières pendant une heure une fois par an.

Bon, présenté comme ça, c'est pas très vendeur...

Mais je me suis dit que ça pouvait permettre de sensibiliser les enfants à l'importance de protéger notre planète. Oui, moi, moi toute seule. Parce que le Doudou maugréait que c'était une idée débile, que ça ne servait à rien, qu'on n'allait pas se plier à des opérations marketing. Très rabat-joie, le Doudou. Comme le Poussin avait lu l'information sur le Petit Quotidien, il était enthousiaste à l'idée de tenter l'aventure et il a soutenu mon initiative en expliquant à son père qu'il ne fallait pas râler, que c'était peut-être une mauvaise idée mais que, lui, il avait envie de le faire et que donc, il le faisait...

On a donc éteint les lumières et allumé les bougies. Et on a mangé la pizza aux chandelles. C'était romantique à souhait. En plus, ça a eu un effet apaisant sur les enfants qui ont soudain cessé de sauter partout et de hurler. Je vous assure que rien que pour ça, ça valait le coup.




On avait bien entendu débranché les ordinateurs autres mobile devices.



Bon, on n'avait pas pu débrancher le frigo pour des raisons évidentes.



Et j'ai pris de jolies photos... dont celles de ci-dessus (et celle ci-dessous que j'adore).


Je coupe là, non sans remercier mon iPhone et Instagram d'avoir permis de réussir des photographies pas trop moches...

Je vous avais dit que c'était un billet minimaliste !

samedi 26 mars 2011

Des jours comme ça...

Il y a des jours comme ça...

Des jours à laisser les enfants jouer dans la cour... s'entraîner avec les vélos qui ne voient que rarement l'extérieur, parce qu'on habite à Paris et que Paris n'est pas l'endroit idéal pour rouler à bicyclette. Des jours où pendant que les vélos tournent, tournent, on se prend à divaguer, loin, très loin du bitume parisien.

Il y a des jours comme ça...

On se réveille en se disant que cinq ans jour pour jour ont passé depuis qu'on a serré pour la première fois dans ses bras un petit être de quelque trois kilos, qui découvrait le monde, sa folie et sa maman en un même cri originel.

Il y a des jours comme ça....

On déjeune avec celui qui a été le témoin du seul "oui" qui ait une quelconque valeur juridique, un oui prononcé en mairie il a bientôt huit ans et on repense aux huit années passées, on se dit comme Chatiliez que la vie n'est pas un long fleuve tranquille.

Il y a des jours comme ça...

On regarde son garçon faire du vélo sans les petites roues et on se dit qu'il avait l'âge de la Poussinette aujourd'hui quand on les a enlevées, les petites roues. On se demande s'il ne faudrait pas enlever celles du vélo de la Poussinette... et on réalise que le temps file, file.

Il y a des jours comme ça...

On pense à lui à Tokyo avec ses capsules d'iode qu'il faudra avaler... ou pas, on ne sait pas. On pense à elle à Dubaï et on se dit que, tiens, à Dubaï, il n'y a pas encore de révolution. On pense à elle qui vieillit et ne peut plus vivre seule. On pense à lui qui cherche un éclair au café partout parce qu'il aime sa femme et qu'elle en a envie de cet éclair. On pense à eux, qui il y a un an, décidaient de vivre séparément parce que la vie commune n'était plus supportable et qui, un an plus tard et beaucoup de discussions, annoncent de nouveau heureux qu'ils seront parents dans six mois. On se dit que décidément la vie n'est pas un long fleuve tranquille.

Il y a des jours comme ça...

On est soudain tiré de sa rêverie par un Booooom puis un Kaïïïïï ! Le regard se dirige instinctivement au delà de la cour, derrière la grille qui protège et isole. On voit ces formes noires... et on sait. C'est un chien. C'est une voiture. Et la rencontre des deux n'augure rien qui vaille.

On se précipite hors de l'immeuble. La maîtresse est là, qui ne parle pas français et qui pleure en chinois devant la bête inanimée. A côté de l'endroit où dort un SDF qui n'a pas voulu quitté le quartier quand il a été expulsé. Les plus anciens le connaissaient quand il avait un appartement un métier confortable. Le SDF n'est pas là mais son matelas mité est bien là, lui. Le chien a pris sa place. Il y a aussi trois jeunes qui parlent beaucoup. Des jeunes du 9.3. si on en croit leur voiture. Car ce sont eux qui étaient dans la voiture. Ils ont une vingtaine d'années, ils sont vraisemblablement français et leurs parents ne l'étaient peut-être pas. Ils sont gentils. Ils sont bien élevés. Ils ont vu le chien débouler de nulle part. Ils n'ont rien pu faire. Les passants, témoins oculaires, confirment. On se renseigne. La police arrive. On informe qu'il y a une clinique vétérinaire à 200 mètres. Les jeunes, polis et très inquiets, proposent d'emmener maître et chien chez le véto. Tout le monde monte dans la voiture. Je rentre chez moi.

Il y a des jours comme ça...

On tente d'imaginer le parcours de ces garçons du 9.3., de cette dame qui pleurait en chinois, du SDF dont le chien a pris la place. On se demande le lien avec nos amis loin et nos amis près. On se dit qu'il n'est peut-être pas anodin que ce chien ait été là, à cet endroit, juste le jour des cinq ans de la Poussinette. On se demande comment va le chien. Ce que la dame chinoise et les jeunes du 9.3 vont devenir. On réalise que cela pourrait faire un joli sujet de roman. Sauf qu'on n'a pas le temps d'écrire un roman.

Il y a des jours comme ça....

.... où l'on se dit qu'il faut profiter de chaque moment qui passe tant cette vie qui passe n'est effectivement pas un long fleuve tranquille.

samedi 19 mars 2011

Le recrutement, c'est un métier !

Amis avocats d'affaires, je vous aime bien vous savez.

Je vous connais par coeur même.

Je sais comment vous fonctionnez, ce qui vous importe, ce qui compte pour vous... de préférence, compter d'ailleurs doit pouvoir se matérialiser en espèces sonnantes et trébuchantes.

Je sais bien que recruter des stagiaires est le cadet de vos soucis.

Vous, ce que vous voulez, c'est chasser le client, remplir vos time-sheets de billable hours et augmenter le PPP. Pour toi, l'ignare qui ne connaît rien à ce métier PPP, c'est Profit per Partner et c'est ce que regarde les analystes quand ils comparent les cabinets de la place. Note en passant : cabinet de la place, ça me fait penser à l'épicier du coin ou la boulang' du Faubourg. Va falloir songer à trouver un terme à la hauteur de l'image que vous voulez donner de votre profession.

Donc, toi l'avocat d'affaires qui a déjà un peu de bouteille, tu délègues le recrutement des stagiaires à des collaborateurs un peu sénior mais pas trop (parce que les très sénior, ça les gonfle, le recrutement), des petits jeunes aux dents bien longues qui sont prêts à tout pour se faire bien voir de l'associé.

Grave erreur !

Le jeune collaborateur aux dents longues ne sait rien du métier, rien du travail... Il croit savoir. Il a déjà parlé à un client, il est bon dans l'analyse. Parfois, la Génération Y est passée à côté de lui et il n'estime pas (ou pas encore) qu'on ne le traite pas à sa juste valeur. Souvent, il ne comprend pas qu'on le cantonne à la phase de due diligence alors qu'il est prêt à gérer le plus gros dossier du cabinet tout seul. Le recrutement, c'est ta carotte. Ça lui donne des responsabilités au jeune collaborateur ambitieux, sans te coûter grand chose. C'est déjà beaucoup, ça lui permet de s'enfiler des heures de travail sans piper mot dans l'espoir de gravir les échelons.

Seulement voilà, c'est très mauvais pour le recrutement.

Le jeune collaborateur aux dents longues pense qu'il n'y a qu'une façon de faire le métier (la sienne), qu'une façon de parvenir à ce métier (la sienne) et une seule façon de progresser dans ce métier (la sienne).

Du coup, le jeune collaborateur aux dents longues, quand on lui remet un CV un peu atypique ne se demande pas tiens, mais pourquoi mes services RH, qui ont pour métier de sélectionner des profils, ont choisi cette personne ? Qu'a-t-elle d'intéressant ? Non, le jeune collaborateur aux dents longues se dit Mais putain de bordel de merde (oui, le jeune collaborateur aux dents longues n'a pas le même vocabulaire devant ses clients et dans son bureau) quels incompétents ces RH, me font perdre mon temps ! C'est pas du tout le profil dont j'ai besoin !

Pourtant, collaborateur aux dents longues (oui, je te parle à toi aussi), si tu savais lire entre les lignes, tu verrais dans le CV que ton candidat sait déjà travailler vu son expérience professionnelle, certes atypique mais très opérationnelle, et que tu n'auras pas à le former. Ou alors que le candidat a des compétences que tu n'as pas, en finances notamment. Toi, tu crois que ça ne sert rien, que ton métier, c'est le droit mais tu apprendras, petit collaborateur, que savoir lire un compte de résultat et un bilan, ça peut-être utile parfois. Et ce candidat, super fort en informatique mais qui n'a qu'un Master 1, à quoi peut-il bien te servir ? Si tu réfléchissais un peu, collaborateur recruteur, tu réaliserais qu'un gars qui sait trifouiller Excel peut avoir des avantages insoupçonnés les soirs d'hiver au moment de calculer le coût de 250 licenciements.

Non, toi, collaborateur volontaire au recrutement, tu crois que ce qui fait la qualité d'un candidat, c'est d'avoir un Master 2 et un LLM (ou un MBA, t'es pas bégueule). Parce que c'est bien, les doubles cursus. Tu penses même que c'est in-dis-pen-sa-ble. Ben oui, c'est bien connu, pour être un bon avocat, faut avoir fait un an de droit étranger dont on oublie tout dans la bière et les fêtes. Je t'entends déjà, collaborateur recruteur : quand même, un LLM, ça prouve que le candidat parle anglais. C'est un pré-requis, l'anglais. Ah ? Vraiment ? Alors plutôt que d'exiger un LLM, t'as qu'à leur poser des questions en anglais à tes candidats, tu verras s'ils parlent anglais comme ça. Ca sera plus simple que de leur demander de prendre un prêt étudiant (pour le coût des études) et un prêt à la consommation (pour le coût de la vie) et de revenir te voir dans un an, le LLM en poche. Parce que, vois-tu, collaborateur aux dents longues, tout le monde n'a pas des parents capables de financer une année à l'étranger. Et les bourses ne sont que ce qu'elles sont. Des bourses. Qui ne couvrent qu'une partie limitée des frais.

Et puis, collaborateur recruteur, pourquoi tenir absolument au Master 2 droit des affaires et fiscalité, au DPRT ou toute autre Master 2 dont tu crois qu'il est le seul et l'unique sésame ? Tu crois vraiment qu'on apprend son métier en Master 2 ? Qu'on est opérationnel à la sortie de la fac ? Comment te le dire sans te faire peur, collaborateur recruteur... la vie professionnelle est un long parcours semé d'embûches. On saisit les opportunités qui se présentent, on peut se retrouver dans une branche qu'on n'avait pas prévue au début. Et pour faire face à de tels aléas, jeune collaborateur néanmoins recruteur, il vaut mieux avoir une tête bien faite et des expériences variées qu'une tête bien pleine et des expériences monocordes.

Tu ne me crois pas ?

Alors, laisse moi te parler comme la vieille que je suis. Ça fait des années que je côtoie des avocats d'affaires, des conseils en organisation, des conseils en stratégie... Ils ont tous commencé comme toi, jeune collaborateur aux dents longues, dans un gros cabinet, avec une jolie carte de visite.

Et aujourd'hui, 20 ans plus tard, ceux qui ont le mieux réussi, ceux qui sont le plus heureux, sont ceux qui ont accepté de sortir des sentiers battus, qui ont su rebondir, s'adapter, qui ont également su amortir les chocs des déceptions professionnelles.

Ce qui m'énerve le plus, collaborateur aux dents longues qu'on a chargé du recrutement, c'est que je sais que tes chefs sont d'accord avec moi... Tu ne le sais pas, toi si sûr de ce qui fait un bon stagiaire, mais l'associé, là, celui dont tu admires le parcours, devenu Equity Partner à 32 ans, ben, son parcours aussi était atypique, pas dans la norme : ton associé prodige n'avait pas les moyens de financer un LLM, même qu'il s'est contenté d'une une toute petite chambre de bonne pendant 4 ans qu'il finançait avec un prêt. Et elle, là, l'associée intraitable que tu crains comme la peste, sais-tu qu'elle a payé ses études en faisant des traductions, entre documentaliste et para-legal ?

A toutes fins utiles, collaborateur sûr de toi et de tes certitudes, je te signale que le directeur juridique d'un grand groupe agroalimentaire n'a qu'un master 1, n'a jamais fait de LLM et, si tu voyais son CV d'il y a 20 ans, tu n'y jetterais même pas un oeil. Pourtant, ce type là est celui qui donne du boulot à ton cabinet et donc à toi... et quelque chose me dit que s'il connaissait tes méthodes de recrutement, il irait peut-être voir ailleurs.

Et maintenant, jeune collaborateur aux dents longues que je ne parviendrai pas à convaincre, car tu n'es pas prêt à entendre mon discours, laisse moi parler à ton chef.

Ami avocat d'affaires, toi qui décide de qui est chargé du recrutement dans ton cabinet, toi qui as suffisamment de bouteille pour savoir qu'il n'y a pas qu'un profil de candidat, je te le dis tel que je le vois :

Fais gaffe à ton image !

Les candidats stagiaires humiliés d'hier seront tes clients de demain.



Je dédie ce message à la jeune demoiselle qui, outre un contrat d'apprentissage en qualité de juriste dans une petite structure où elle travaille comme une grande, suis des cours 20 heures par semaines et trouve encore le courage de boucler les fins de moins en étant une super-baby-sitter pour les poussins. Je le dédie également à tous ces jeunes candidats que j'ai reçus en entretien au cours des quinze dernières années.... parce que je sais que, pendant les cinq premières de ces quinze années d'entretien, j'étais une jeune collaboratrice aux dents longues préposée au recrutement et que j'ai peut-être eu des critères de sélection un peu abrupts. Je n'ai qu'une excuse : je n'avais pas encore compris à l'époque que travailler, ça s'apprend et qu'il vaut mieux un stagiaire motivé qui a envie d'apprendre qu'un stagiaire bardé de diplômes qui vous explique combien il sait de choses.

vendredi 18 mars 2011

Encore des soupapes

Hier, le billet anxiogène, j'admets que ce n'était pas très approprié.

D'autant que des raisons de stresser, on en a tous.

Donc là, j'ai décidé de me rattraper à peu de frais en vous offrant un billet anxiolytique. Par peu de frais, je veux dire que je fais faire le boulot aux autres. A ceux qui ont un vrai talent.

Ainsi, toujours tiré de mes éruptions volcaniques inconscientes, voici quelques bouffées de bonheur.

Dans la série Cinéma, voici le film que je peux voir 200 fois et toujours autant rigoler.


(Some Like it Hot)


Et la scène de cinéma qui me rend heureuse, quoi qu'il arrive... et qui fait éclater les poussins de rire, bien qu'ils l'aient vu déjà dix fois.


(Singin In The Rain Donald O'connor Lyrics, Make... par musical-films)


Passons aux livres maintenant.

Je ne me lasse pas de ça :
"Have you ever tasted such filthy coffee?" "Never" said Joe, though he had lived in French hotels
ou encore

There
is only one cure for grey hair. It was invented by a Frenchman. It is called the guillotine

(C'est de PJ Wodehouse, my master, et vous pouvez en trouver bien plus ici)

Et j'adore ça :


et ça aussi :

La terre n'est pas une planète quelconque ! On y compte cent onze rois (en n'oubliant pas, bien sûr, les rois nègres), sept mille géographes, neuf cent mille businessmen, sept millions et demi d'ivrognes, trois cent onze millions de vaniteux, c'est à dire environ deux milliards de grandes personnes.
(Le Petit Prince, bien sûr)


Sinon, j'adore ce spectacle dont j'ai vu quatre des dix épisodes (même qu'en revoyant la vidéo, je me suis prise un fou rire toute seule dans mon salon, que même Fili s'est demandé ce que j'avais).



(Philippe Caubère - le Roman d'un acteur)


Et pour vous permettre de passer une très bonne soirée, je vous laisse ça (ceux qui étaient sur Twitter hier savent de qui il s'agit). D'abord le refrain donne envie de se lever et de chanter à tout-tête et ensuite le doublage est en soi un bonheur.




Voilà.

Je ne sais pas, vous, mais moi, ca va mieux !

jeudi 17 mars 2011

Soupapes

Je ne sais pas vous mais moi, là, à l'heure où j'écris ces lignes, je ne suis pas très rassurée.

Pas rassurée du tout.

Et quand je ne suis pas rassurée, quand je stresse, le Doudou vous le dirait, je marmonne, je fredonne. C'est inconscient. Je ne m'en rends compte qu'une fois qu'on me le fait remarquer.
- Qu'est-ce que tu dis ?, font les gens pensant que je m'adresse à eux.
- Quoi ? Rien, est ma réponse habituelle.
En réalité, je pense à des trucs qui remontent de mon inconscient. Des chansons, des bribes de bouquin, des images de film... C'est très perturbant.

Du coup, je me dois de partager cela avec vous.

Non, non, ne me remerciez pas. Vous allez voir, c'est plutôt anxiogène comme série.

J'ai un petit florilège pour vous, tiré des éruptions volcaniques de mon inconscient des derniers jours...

Dans la série cinéma nous avons :

(la planète des singes)

Ou encore :

(Hiroshima mon amour)


Côté livres nous avons:

La fin du monde, ou plutôt, la fin du monde dans lequel nous avions vécu jusque là, commença de la façon la plus simple et la moins dramatique. L'électricité s'éteignit. Quand la nuit se fit, il y eut des rires, quelqu'un dit, c'est une panne, un briquet craqua deux fois et s'alluma, éclairant le visage de Thomas.
(Malevil)


Ô vous, frères humains, vous qui pour si peu de temps remuez, immobiles bientôt et à jamais compassés et muets en vos raides décès, ayez pitié de vos frères en la mort, et sans plus prétendre les aimer du dérisoire amour du prochain, amour sans sérieux, amour de paroles, amour dont nous avons longuement goûté au cours des siècles et nous savons ce qu'il vaut, bornez-vous, sérieux enfin, à ne plus haïr vos frères en la mort. Ainsi dit un homme du haut de sa mort prochaine.
(Ô vous frères humains)


En chanson, c'est nettement moins intello (et ça s'ancre, c'est fou ce qu'elle est sangsue cette chanson par les temps qui courent).






Voilà voilà....

Je vous avais dit que je n'étais pas d'humeur à rigoler.

dimanche 13 mars 2011

Ma théorie de la relativité

Le monde est tout petit et le temps est compressible.

A l'heure où l'on tente de stopper la fusion inexorable d'un réacteur à Fukushima, je n'ai aucune information, aucun scoop, je n'en sais rien, je n'y connais rien.... pourtant les évènements qui se sont produits récemment au Japon ont pour moi une signification particulière tant sur la durée du temps que sur l'étendue de l'espace. E=MC2 mon amour ?


L'espace est une donnée relative

Il y une quinzaine d'année, le Doudou (qui n'était pas encore le Doudou) était en VSNE à Tokyo. Et là, tremblement de terre à Kobé, à quelques centaines de kilomètres de là. Le Doudou va bien mais personne ici, de l'autre côté du globe, ne le sait. Les parents sont paniqués, les frères désespérés, la petite amie en larmes. On imagine le pire. Que sait-on du Japon ? Que sait-on des distances entre Tokyo et Kobé ? Rien ou quasiment rien. L'email balbutie. On fonctionne par fax. Par téléphone. Les lignes téléphoniques sont coupées. On spécule. On regarde les images catastrophiques et catastrophistes à la télévision. Rien de bon, rien de positif à l'horizon. Plusieurs heures plus tard, on saura. On saura que le fils, le frère, l'amoureux va bien, que Tokyo a été secoué mais peu touché. Alors, on s'en voudra d'avoir été aussi inquiets, on regrettera les frayeurs par anticipation... et rétrospectivement on se dira que tout cela n'était rien.

Il y a deux jours, ma copine N. expatriée à Tokyo répondait aux nombreux messages qu'elle recevait sur FB, juste après la première secousse, tandis que, coincée dans les bouchons, à l'arrière d'un un taxi, elle tentait de filer en direction de l'école de ses enfants. Elle affirmait qu'elle allait bien, que tout le monde allait bien, le mari (coincé lui aussi), les enfants. Via son smartphone. Lequel n'avait jamais cessé de fonctionner. Elle nous tenait informée. Nous étions inquiets, bien sûr... comment ne pas l'être ? Mais relativement inquiets. Sans imaginer le pire... sans que notre inconscient rejoue une scène d'apocalypse comme on en voit dans certains films et qui s'inscrivent durablement au fond de nos rétines virtuelles.


Le temps est une donnée relative

N., ca fait des années que je ne l'ai pas (re)vue. Elle vit loin, une fois elle est en Chine, une autre fois au Japon, au gré des affectations de son époux. Je vis ici. On correspond par email. On se suit sur FB. On a été très amies. Et on l'est encore. On ne se le dit pas tous les jours. On ne le pense même pas tous les jours.

Mais avant-hier, quand je l'ai su à Tokyo, si loin, j'ai réalisé qu'elle comptait. Que je ne voulais pas qu'il lui arrive un pépin. Ni à elle, ni à son homme, ni à ses enfants que je n'ai jamais rencontrés.

Et le temps s'est contracté en un rien de temps.

Ce matin, j'ai pensé à celui qui il y a une dizaine d'années m'expliquait qu'il travaillait à une thèse sur la rupture des métaux... pour savoir quand une centrale nucléaire atteignait un point de rupture. Cette conversation a plus de dix ans et elle raisonne étrangement aujourd'hui, tandis que les informations circulent au compte-gouttes sur ce qui se passe là-bas...

Certaines conversations anciennes sont terriblement actuelles.


Le monde virtuel a réinventé l'espace et le temps

Et ce qui est d'autant plus surprenant, c'est que ma copine N., sans qu'elle le sache, est devenue le centre de mon monde depuis quelques jours.

Bien sûr, il y a son expérience Tokyoïte... mais il y a aussi notre vie parisienne, cette vie futile et si présente. La veille du jour où, par sa seule localisation géographique, N. est devenue le phare de mon monde virtuel, je parlais d'elle sur twitter à des gens qui ne la connaissent pas. Je crois n'avoir jamais évoqué son existence avec quiconque auparavant. Or, l'un de ses proches amis est à l'origine du film dont on parle ici (film dont le synopsis semble en soi un condensé de relativité de l'existence)... Plusieurs de mes twamis ont vu ce film, l'ont aimé. Et du coup, j'ai parlé de lui que j'avais croisé il y a 15 ans... et d'elle.

Et le lendemain, N. faisait la Une !


La vie est relative

A l'heure où j'écris ces lignes, N. et ses enfants sont dans un avion pour Singapour, parce que le principe de précaution est de mise. Je pense à elle qui n'imaginait sans toute pas il y a 48 heures qu'elle devrait plier bagage et s'éloigner de tout ce qui faisait sa vie quotidienne, son mari, sa maison, son travail....

Ce matin, je veux lui dédier ce billet...

A toi, N., et à tes proches. Parce que ces quelques pensées lancées sur la toile te parviendront où que tu sois et pour toi, elles seront à la fois locales et immédiates.


(et non, malgré la pression publique, je ne prierai pas pour le Japon. Je ne prie pas. Jamais. Je préfère écrire).

mardi 8 mars 2011

Héritage féminin, héritage féministe ?

Il y a d'abord eu toi. Toi qui a donné ton coeur et ta vie à un homme qui n'était ni de ton milieu social ni de ta religion. Toi qui l'a épousé pour ce qu'il était et pas ce qu'il représentait. Toi qui a fait fi de la menace qui grondait et des loups qui entraient dans Paris, l'un par Issy, l'autre par Ivry. Toi qui es morte trop jeune, en plein dans la tourmente, sans pouvoir espérer que tes fils deviendraient des hommes. Que ton aîné serait un pionnier dans une terre sans nom, un désert sur laquelle lui et ses compagnons feraient poussé six millions d'arbres. Une terre dont tu ne pouvais imaginer, au jour de ton dernier soupir, qu'elle serait si importante pour nous... Que ton cadet deviendrait un homme et qu'il deviendrait mon père.

Il a eu toi aussi. Toi qui a accepté de rendre sa liberté à l'homme dont tu sauvais la vie dix ans plus tôt. Toi qui supportais les pires des humiliations pour monter un dossier à une époque où le divorce par consentement mutuel n'existait même pas dans la tête du législateur. Toi qui refusais de retomber amoureuse par respect pour tes enfants et par amour pour celui qui, chaque dimanche, s'asseyait encore à ta table malgré sa liberté retrouvée et ses nombreuses conquêtes. Des filles tellement plus jeunes que toi et pourtant si quelconques. Toi qui a su, seule à une époque où être mère célibataire était un gros mot, élever deux enfants et les mener vers un monde meilleur.

Ensuite il y a eu toi. Toi qui faisait venir tes moyens de contraception de Suisse, en toute illégalité. Toi qui a expliqué à ton père qu'avant de te marier, tu serais diplômée en Sciences Politiques. Toi qui a choisi de vivre avec l'homme que tu aimais, même si c'était un va-nu-pieds, malgré le regard réprobateur de tes proches... puis de le quitter vingt ans plus tard parce que ta liberté t'importait plus que les convenances. Toi qui me recommandais de ne pas lâcher la proie pour l'ombre et de gagner mon propre salaire parce qu'il est important de ne dépendre que de soi.

Et maintenant il y a toi. Toi qui dit que, plus tard, tu veux être médecin et maman, déjà consciente de ce qu'une double journée signifie. Toi qui ne cesse de soutenir à ton frère que les filles, c'est aussi bien que les garçons et que c'est pas vrai que les garçons courent plus vite... et que toi aussi, tu pourras lire et écrire un jour. Toi qui n'est plus un bébé, à peine une petite fille et pas encore une fillette. Toi qui me dit "maman, t'es la plus belle" en le pensant... et qui pense que tout ce que tu voudras tu pourras l'obtenir.

A toi, toi qui dessine tranquillement tandis que je tapote sur mon clavier, je veux transmettre cet héritage, celui de trois femmes exceptionnelles qui, chacune dans son style et dans les contraintes d'époques qu'on espère révolues, ont su braver les conventions pour décrocher ce que personne ne leur offrait : leur liberté.

Tu verras, ma princesse, il reste encore du boulot et tout n'est pas parfait. Le féminisme n'est pas mort et tu devras sans doute continuer à te battre pour obtenir ce dont tu rêves. Tes arrière-grand-mères et ta grand-mère t'ont ouvert la voie. A te voir grandir, si sûre de ce que tu es et si certaine de ton bon droit, j'ai confiance.

Aujourd'hui est la journée de la femme, la journée de la femme que tu deviendras bientôt... Je te la dédie. Tes copines et toi êtes notre avenir. Tout ce que nous faisons, toutes ces victoires que nous remportons, aussi petites soient-elles, sont pour vous.

Je t'aime.




Et comme rien ne change vraiment, je vous renvoie à mon
billet de l'an dernier sur le même sujet dont je ne renie rien.

La photo d'illustration est un extrait d'un prospectus qu'on m'a remis ce matin dans le métro du collectif osez le féminisme, parce que parfois il faut plus que mots pour atteindre certains buts.

dimanche 6 mars 2011

A moi de juger !

Eh, lecteur, tu m'as vue à la télé !

Si, si, tu m'as vue mais tu ne le sais pas....

Je suis passée sur une chaîne nationale, à une heure de grande écoute... Même que le Poussin m'a envoyé un SMS pour me dire on t'a vue, on t'a vue en pleine émission, ce qui montre combien j'étais visible. Si tu veux me revoir, tu vas sur le Pluzz d'A Vous de Juger de la semaine dernière et tu cherches. Tu devrais trouver quelques indices pour me situer dans le corps de ce billet.

Mais comment, t'interroges-tu, lecteur suspicieux, s'est-elle retrouvée à la télé en prime time dans une émission politique ?

Parce que je ne sais pas pour qui voter et que j'ai lancé un appel au peuple pour trouver un candidat, parce que je regarde trop la télé, parce que je suis une grande bavarde et que je trouve toujours le moyen de papoter sur twitter, quelque soit le sujet... Un peu tout cela... mais surtout le fruit du hasard.

On m'a proposé d'assister à l'avant dernière émission d'Arlette Chabot. Qui aurais-je été pour ne pas sauter sur l'occasion ? Voir les coulisses d'une émission politique que je regarde tranquillement affalée sur mon canapé, l'ordinateur sur les genoux... Voilà qui titillait en moi la fibre politico-médiatique de l'adolescente qui avait écrit à Michel Noir pour lui avouer toute son admiration. Ben oui, bon, on fait des erreurs de jeunesse parfois... Que celui qui n'a pas pêché gna gna gna...

J'avais l'espoir que le Doudou, encore plus intéressé par la chose politique que moi, sauterait sur l'occasion de voir Copé en vrai. Mais non. Les idées politiques, ça lui plaît. Les pipoleries beaucoup moins. Qu'à cela ne tienne. Quand le Doudou vous laisse en carafe, on a toujours un Bouschon sous la main*. C'est donc avec Sieur Bouschon que j'ai honoré l'invitation.

Et là, la classe.

D'abord, on nous a fait faire le tour du propriétaire.

La photo, là, en dessous, c'est la régie. T'as vu comme ça en jette ? Y a plein d'écrans. Comme à Kourou ou Cap Canaveral. Si tu regardes bien, tu verras qu'on aperçoit Kouchner. Parce que Kouchner, on ne l'a pas vu en vrai. Il était enregistré. L'après-midi. Quelque chose me dit qu'il n'avait pas super envie de croiser Villepin sur le plateau...


Ensuite, on a vu le plateau du 20 heures, juste avant le 20 heures. Moi, je dis que c'est plus grand que ça en a l'air à l'antenne mais Bouschon, lui, pense que c'est plus petit. L'un de nous doit avoir besoin de lunettes... et comme lui en porte déjà, je m'apprête à prendre rendez-vous chez l'ophtalmo.



D'autant qu'on a croisé un Laurent qui nous a serré la paluche, tout gentil. Un petit gars, haut comme trois pommes, souriant et pressé. Et bien, Laurent, c'était Delahousse m'a-ton signalé juste après. Sauf que moi, je ne l'ai pas reconnu. J'ai juste vu un petit gars guilleret. Ce qui confirme deux choses essentielles:
1. je ne reconnaîtrais pas ma meilleure amie si je la croisais dans la rue;
2. les petits peuvent réussir aussi bien que les grands et le Poussin pourra donc bénéficier des précédents Sarkozy et donc, également, Delahousse.

[Oyé oyé : on m'apprend dans l'oreillette que ce n'est pas Delahousse mais Romejko que nous avons croisé. Ce qui démontre que je ne suis pas la seule à avoir besoin de lunettes et qu'à la télé, y a plein de clones blonds aux yeux bleus]

Ensuite, on nous a installé sur le plateau.


Le public de A Vous de Juger, c'est une pyramide des âges : au premier rang, les petits jeunes propres sur eux, les demoiselles à peine pubères. Au second rang, les trentenaires virant quadra. Au dessus, les cinquantenaires au cheveux blanchis et les sexagénaires ayant abusé du Botox. Les papys et mamies étaient cantonnés au dernier rang, loin, très loin des invités.

On nous a présenté Junior, la petite caméra qui tourne autour des invités. Car sache, lecteur qui n'a jamais assisté à cette émission, que les caméras sont automatiques. Des cameramen au bras musclés et aux abdos saillants qui portent l'engin à bout de bras, je n'en ai vu qu'un seul.... les autres ont sans doute été reclassés dans des métiers modernes pour oisif gras-du-bide qui appuie sur un bouton en régie.


Le clou de la soirée, c'est quand ELLE a fait son entrée, toute de noir vêtue.


Elle a lancé le premier sujet, Bernard K. donc, et est repartie... pour revenir un quart d'heure plus tard avec ses invités.

Pendant le balai des maquilleuses, on a pu les observer, lesdits invités. Villepin et Copé, souriants et à l'aise, plaisantant même. J'ai même eu droit à un grand sourire de Copé qui me faisait face. Ultrabright et carnassier.

Bayrou était coincé et stressé, il n'a pas décroché un sourire avant d'être à l'antenne. On sent le gars qui fouette d'être sous le feu de la rampe. Le voir aussi mal à l'aise pour une simple émission de télé n'est pas très rassurant sur ses capacités à appuyer sur le petit bouton rouge si cela s'avérait nécessaire.

Mosco, je le voyais de dos, du coup, j'ai surtout noté qu'on lui maquillait le haut du crâne et ça au suffit à le décrédibiliser à mes yeux. Je sais bien qu'il n'y a aucune raison valable à cela. C'est une question d'image et il me faut admettre que l'image en politique compte beaucoup (beaucoup trop ?).


C'était bizarre, ce plateau d'hommes avec les filles loin, en duplex.

Un peu comme si on avait voulu tirer un rideau entre les hommes et les femmes pour qu'ils ne se rencontrent pas, ne puissent pas se toucher. Vous me direz, Arlette était là pour la touche féminine sur le plateau. Toi qui a vu l'émission, tu connais la limite de cette assertion.

En plus le gros visage de Marine Le Pen dominant l'assistance sur écran géant, on a vu mieux pour relativiser le débat. Sa voix grave, qui prend de plus en plus les intonations de son père, avait tendance à envahir l'espace dès qu'elle ouvrait la bouche. A côté, Copé, plutôt bon sur le fond, n'était pas de taille. Et les autres se gardaient bien de l'attaquer de front. D'ailleurs, quand Marine parlait, les invités de plateau ne regardaient même pas l'écran, pourtant omniprésent. Ils écoutaient, c'est tout.




Sur le fond, j'ai des trucs à dire sur l'émission et des idées provoc' pour contribuer au débat sur la laïcité. Je vous en ferai un billet cette semaine si j'ai le temps.

On a fini la soirée à boire du champagne avec l'équipe de l'émission... Et la vue sur la ville valait à elle seule le déplacement !


Je vous donne rendez-vous le 7 avril sur Twitter pour un Live-Tweet du tonnerre de la dernière d'Arlette Chabot pour #AVDJ !

Un grand merci à Pierre-Laurent Constant et aux formidables équipes de A Vous de Juger. Etre traitée comme une princesse en démocratie, c'est quand même drôlement agréable.




*la pérennité de ce jeu de mot digne de l'almanach Vermot appartient à mon paternel qui a exigé d'être cité. Dont acte.

Crédit photo : mon gentil iPhone qui fait quand même des photos sympas... et l'iPhone 4 de Bouschon qui fait des photos encore plus sympas !

vendredi 4 mars 2011

Identité

Voilà. On y est. Ça devait arriver. On s'y était préparé. Mais on n'est jamais assez préparé :

Le Poussin se pose des questions identitaires.

A six ans, sept mois et 28 jours.

Avant, il disait "je suis à moitié catholique, à moitié juridique" et on souriait. On se disait ça viendra...

Maintenant il a compris... et peut-être a-t-il trop bien compris.

Tout cela a commencé innocemment.

Tandis que le Doudou jouait à touche-moi-le-pare-chocs-que-j'avance-de-10-mètres sur l'autoroute de retour du bureau, refusant encore une fois d'admettre que le RER n'est peut-être pas toujours ponctuel mais reste plus fiable que l'automobile un vendredi soir, je tissais ma toile twitterienne en attendant.... le livreur de pizzas.

Dans la radio, Zoé Varier et ses invités évoquaient le Conseil National de la Résistance.

Et le poussin soudain a posé des questions qu'il n'avait jamais posées.

- Maman, c'était quand la Seconde Guerre Mondiale ?
Répondre de 1939 à 1945 n'aurait rien signifié pour un enfant qui se demandait s'il serait encore vivant en l'an 3000. J'ai cherché une réponse qui lui permette de situer dans le temps. Et là, bon sang mais c'est bien sûr...
- Quand Pépé était petit garçon.

- Maman, pourquoi il est pas mort pendant la guerre, Pépé?
Je signale ici à mon père que son petit-fils ne souhaite nullement sa mort. Il était question dans l'émission que nous écoutions d'enfants qui avaient survécu grâce à la Résistance et le Poussin a donc fait un rapprochement qui me semble digne d'un enfant qui approche de l'âge de raison. (Note à mes lecteurs autres que mon père : de telles précisions vous importent peu, je le sais mais elles sont nécessaire à la paix familiale).
- Parce qu'on l'a caché.
- Pourquoi on l'a caché ?
- Parce qu'il était juif.
- Mais je sais qu'il est juif Pépé ! Moi, ce que je veux savoir, c'est pourquoi on décide de cacher des gens ? Les gens à la radio, pourquoi ils ont fait ça ?
- Parce qu'ils étaient des justes. Parce qu'ils savaient que c'était bien.

Je croyais m'en sortir bien et avoir réponse à tout.

Mais l'enfant de CP n'en avait pas fini avec ses pourquoi, le fourbe.

- Maman ?
Quoi. Encore ?!!!
- Oui, mon poussin ?
- Pourquoi ils n'aimaient pas les juifs, les allemands ?
Je t'en pose des questions, moi ?!
Comment explique-t-on la haine à un enfant ? comme lui explique-t-on l'inexplicable ?
- Parce que leur chef, Hitler, il était fou.
Oui, ben, j'ai été prise de court, c'est ce qui m'a semblé le plus plausible. Et d'ailleurs, le Poussin a tout compris.
- Ah, d'accord. Comme le méchant Président de Libye qui ne veut pas partir et dit n'importe quoi en tuant les gens.

Fin du premier round.

Passage à table.

Pizzaaaaaaaaaa (oui, on avait faim).

Très bonnes les pizzas.

Et assaut du Poussin qui n'en avait pas fini avec ses questions.

- Dis, y a encore des gens qui n'aiment pas les juifs maintenant ?
Je ne me mens pas, c'est ma règle.
- Oui, il y en a. Mais en France, on n'a pas le droit de dire qu'il ne faut pas aimer les juifs parce qu'ils sont juifs.

C'est l'heure des yaourts.

On passe à autre chose.

La Poussinette me raconte ses histoires de copines de l'époque qui sont ses copines, puis ne sont plus ses copines, puis sont de nouveau ses copines. Bienvenue à Pestouilleworld.

Le Poussin, lui, réfléchit.

Et soudain...

- Alors, vaut mieux pas que je dise que je suis un peu juif, maman, comme ça, ils ne sauront pas.

Voilà qui suffit à démontrer que mon fils a bien du sang askenaze dans les veines....

Je n'ai pas répondu mais je vais le lui dire, à mon petit d'homme qu'il faut être fier de ce qu'il est : un tiers catholique, un tiers juif... et un tiers juridique, en espérant que cette loi que nous défendons le protégeras toujours de l'abject et de l'ignoble.

(et merde à Galliano !)