samedi 21 mai 2011

Billet animalier

C'est le weekend.

Il fait un temps d'été.

On a passé l'après-midi à lézarder au soleil et là, on lézarde devant le feu.

Du coup, j'ai pas vraiment le courage de faire un billet intelligent avec message à clé.

Je vous raconte donc notre journée.

Seule exploit marquant de la journée, nous sommes allés au marché, avons papoté avec de parfaits inconnus qui nous ont indiqué quels commerçants étaient recommandables
Là, vous voyez, le maraîchers, ses asperges, elles ne viennent pas vraiment d'ici, donc, bon, vous faites comme vous voulez mais on vous le dit, hein ;)

Oui, oui, on fait comme on veut.



On a eu la visite de la voisine gloussante qui veut toujours picorer ce qu'on a fait pousser dans notre jardin. Ca te bouffe la graine dans le champ du voisin sans scrupule.
M'enfin, comme vous ne venez que le weekend, on s'est dit que ça dérangeait pas, si ?
Ben non, voyons...



Ensuite, ce sont les pintades qui ont rappliqué, en piaillant. La pintade seule, faut déjà se la farcir. Mais en groupe... Ca te critique les oies qui ont le meilleur emplacement et les canards qui eux profitent de la grange. La pintade en groupe, ca t'explique que la robe rousse des poules, c'est nul et que le blanc des canards, c'est plus la mode. Jamais contentes, les pintades.
D'ailleurs la maison, à côté de la route, même dans un champ en plein soleil, ca va pas. Du coup, elles se sont fait la malle, les pintades. Direction chez nous.
Vous comprenez, vous vous avez de l'ombre...
Ben oui, et notre ombre, on la garde pour nous, non mais !


Fili, lui, s'en fichait de tout ça...
Il a pioncé toute la journée.
Y a trop de bruits bizarres, la nuit, pour pouvoir dormir.



mardi 17 mai 2011

Des photos, du net et de leur usage

C'est en discutant avec des amis sur la façon dont nous photographions nos enfants que ça m'a frappé : on ne prend plus des photos en 2011 comme on les prenait il y a dix ans.

Parce que les photos sont numériques.

Parce que les photos sont accessibles sur des forums publics (twitter, instagram).

Parce que l'image reste gravée quelque part sur un serveur.


Voici le Poussin




Voilà la Poussinette



On apprend à cadrer les photos, à suggérer plutôt qu'à montrer.

On veut les protéger.

Mais les protéger de quoi ?

Ils sont beaux, les images ne sont pas censurables, ce sont des enfants, ils sont pleins de vie, plein de sourires et de fou-rires. Ce qu'on imprime sur ce le support immatériel qui fait désormais office de négatif, ce sont des scènes de la vie quotidienne. Alors pourquoi tant que précautions ? Pourquoi sécuriser autant le compte Facebook et en limiter l'accès à ceux qui les ont rencontrés en vrai, à nos amis de la vraie vie. Quelle peut être la conséquence de mettre en ligne de telles photos innocentes ?

J'en étais là de mes refléxions sur le pourquoi de notre besoin d'en montrer le moins possible quand j'ai allumé la télévision hier soir.

Sur mon écran, un homme, hier puissant, aujourd'hui à terre, dans un tribunal comme on les imagine dans les romans noirs américains, mal cadré, mal rasé... Dominique Strauss-Kahn. Des images comme on en voit des centaines sur Court TV aux Etats-Unis. Sauf que cela ne concerne pas quelqu'un qu'on avait l'habitude de se comporter autrement sur nos écrans. Pour la première fois sans doute en soixante ans, DSK ne contrôlait plus son image.

Selon que vous serez puissant ou misérable...

Et soudain, ça a fait tilt.

Je sais pourquoi je protège autant mes enfants.

Parce que leur image leur appartient.

Qui sait ce qu'ils deviendront, ce que l'avenir leur réservera, ce qu'ils voudront faire des milliers de photographies que l'on a prises d'eux depuis leur naissance.

Ils sont la première génération à être autant exposés à l'objectif. Ils vont devoir vivre avec ça. Chaque instant de leur vie ou presque a été gravé dans les nuages. Ils y auront accès un jour. Cette richesse immatérielle leur appartiendra.

Une scenette adorable => une photo.
Une jolie lumière => une photo.
Un sourire => une photo.
Sans compter les films.

Les smartphones sont devenus de véritables caméras et les appareils photos incorporés permettre de prendre d'excellentes photographies et des films pas honteux.

Comme tous les mômes, mes enfants aiment se regarder dans le miroir. Mais le miroir se double d'un accès immédiats aux images prises d'eux. Aucun temps de développement de la pellicule. C'est instantané. Montre maman la photo ! et ça t'arrache l'iPhone des mains. L'enfant de 5 ans maîtrise son image, sait quel sourire rendra bien, quelle pose prendre.

Alors, pour l'instant, on les protège.

Parce qu'on ne sait pas ce que l'avenir sera....

Et qu'on peut faire n'importe quel usage d'un cliché sur la toile.

dimanche 15 mai 2011

Dominique nique nique nique...

Rhooo ce titre... J'ai honte !

En même temps, je ne suis pas bloggeuse politique, j'ai le droit de faire des jeux de mots vaseux.

Surtout que je ne vais pas vous parler de DSK, enfin pas que de lui. Parce que ce qu'il a fait ou n'a pas fait, on ne le sait pas encore. S'il plaide non-coupable, ce qu'on peut lire ici ou là, il y aura procès. Et s'il y a procès, le système accusatoire à l'américaine permettra que des armées d'avocats et d'experts en communication s'affrontent dans et surtout hors des prétoires. Le tout sera filmé. On aura amplement le temps d'en débattre et de s'étriper par blogs interposés.

Des enquêteurs, tel Hyeronimus Bosch, vont tenter de rechercher des preuves et de monter des dossiers sur l'un ou l'autre des témoins, en particulier sur la dame dont on ne connaît aujourd'hui que l'âge (32 ans) et la fonction (femme de chambre). Et un avocat, tel Mickey Haller, tentera d'expliquer au jury comment DSK ne peut pas avoir fait ce qu'il a fait. Et moi, je vais espérer que Michael Connelly reprenne sa plume de journaliste et assiste à ce procès qui devrait être croquignolesque pour la grande fan de polars que je suis. Tout cela me permettra de rédiger des billets que vous ne comprendrez pas, parce qu'il faut être fan de LA Law, the Practice, Connelly et Lawrence Block, être un peu juriste sur les bords, et donc avoir l'esprit totalement tordu... pour avoir envie de se farder des heures d'un procès qui sera surtout ennuyeux.

Mais pour l'heure, je veux vous parler de la façon donc nous, Français, voyons notre place dans le monde. A l'occasion de cette lamentable histoire (car quelqu'en soit le résultat, ce ne sera qu'une affaire lamentable qui donnera l'occasion à Marine Le Pen de claironner tous pourris ! sur tous les fronts médiatiques possibles), j'ai constaté combien nous autres français sommes persuadés que nous sommes le centre de l'univers. La faute aux planisphères accrochées au murs de nos écoles, qui positionnent la France au beau milieu du rectangle.

Donc, s'agissant de DSK, alors que personne ne sait rien, deux opinions s'opposent :

- ceux qui croit DSK peut-être coupable, alors qu'on ne sait pas mais bon, quand même, y a pas de fumée sans feu. Ceux-là t'expliquent que ça va foutre en l'air la primaire PS et que Sarko va passer haut la main en 2012.

A ceux là je voudrais rappeler que, pour l'heure, DSK n'est candidat à rien et que les plus emmerdés ne sont pas les militants PS mais les habitants des pays dont l'avenir dépend du FMI... parce que, voyez-vous, il parait que le numéro 2 du FMI était démissionnaire.

Du coup, y a plus de tête au FMI. Ça ne va pas aider à la régulation économique. Et demain, il y avait une grande réunion sur le futur de la Grèce. Va falloir scruter l'ouverture des marchés mais il est possible que ça n'aide pas au redressement de l'économie dans les pays en crise.

Mais le Français s'en fout. Le Français se demande s'il faut continuer les primaires du PS. C'est quand même essentiel les primaires du PS. Y a même une dame à la radio qui a dit que ce ne serait quand même pas gentil de continuer vu les circonstances. Circonstances que je vous rappelle pour la forme : DSK n'est pas candidat aux primaires du PS. Comprenne qui pourra.

Et le français rigole. Parce que bon, ça bruissait dans les couloirs des organismes officiels que le Monsieur avait la quéquette agile... Et que ce n'était pas le seul homme politique à avoir des envies de chair fraîche. De mémoire, nous avions 5 minutes douche comprise à la Mairie de Paris il y a quelques années, un président de la République qui fonçait dans un camion de laitier au milieu de la nuit en galante compagnie, celui qui tombait d'un train nu sous sa robe de chambre, celui qui offrait une maison dans le Lubéron à chacune de ses maîtresses, celui que j'avais surpris dans une voiture en train de se faire une turlute juste derrière l'Assemblée Nationale quand j'étais adolescente. C'est rigolo la sexualité des politiques, en France, ça amuse.


- ceux qui croient DSK peut-être innocent, alors qu'on en sait rien mais bon, c'est pas crédible ce truc de la femme de ménage qui entre sans frapper. Et de t'expliquer que c'est un coup bas de l'UMP. D'ailleurs y a un gazier de l'UMP qui twittait l'affaire avant même l'arrestation. Si c'est pas un signe, ça...

C'est sympa d'accuser l'UMP... et puis ça peut aider Marine dans sa dénonciation des tous pourris !, elle a besoin d'aide en ce moment ! Seulement, si manipulation il y a eu, il faut se poser la question que se poserait mon pote Harry Bosch : à qui profite le crime ?

Rappellons que DSK est d'abord Président du FMI en exercice. Que le FMI soumet son aide à des conditions strictes notamment en matière de lutte contre la corruption et la fraude. Et à qui profite la corruption et l'économie parallèle sinon à quelques mafieux ? Du coup, je m'interroge : qui s'y connaît le mieux en manipulations en tous genre, Al Capone ou l'UMP ? Non, ne répondez pas, vous risqueriez de dire des sottises.


En même temps, ça ne m'étonne pas trop que les français pensent qu'ils sont le centre du monde sur ce coup là. Qu'on peut expliquer la situation dans laquelle DSK se trouve à l'aune de nos seuls petits soucis hexagonaux.

Y a qu'à voir : les français étaient persuadés que la France allait gagner l'Eurovision. Quand on sait (1) que les chansons les moins mauvaises ne gagnent jamais et (2) que tout est affaire de géopolitique (on rappellera que l'Italie ne nous a accordé qu'un point hier, rapport aux Tunisiens dont on ne veut pas), la France ne peut pas gagner l'Eurovision.

Sarkozy
n'est pas assez sympa avec nos voisins pour qu'il nous accordent douze points / twelve points.

Au moins, DSK, il est gentil avec Angela lui.

Demain, je vous dirai si mes collègues européens me parlent de DSK. Les paris sont ouverts.

samedi 14 mai 2011

Etat des projets à date

Je ne sais pas si c'est d'avoir grandi dans un pavillon de banlieue, fille unique de parents qui travaillaient tous les deux, avec pour unique compagnon un clébard qui me détestait de lui avoir piqué sa place, mais j'ai cultivé au fil des années une peur bleue de l'ennui. Tu la connais, toi, cette angoisse sourde qui te saisit le ventre quand tu réalises que tu n'as rien à faire ? Sans action, je ne suis rien, même c'est pas reluisant parfois... Mais bon, on avance, on avance et comme y a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, autant avancer.

Je te vois, toi, dans le coin, qui ricane et pense elle est malade la Doudette, c'est tellement bon de ne rien faire, poil dans la main, payé à rien foutre, regarder la poutre dans l'oeil du voisin.... Et tu as raison. Tu vois comme je suis lucide. Ne rien faire, c'est top.

Sauf que moi, je ne me sens bien que si je suis multi-projets.

C'est d'ailleurs pour ça que j'ai ouvert ce blog au début. Pour tuer l'ennui.

Donc, juste pour faire un petit point d'étape (parce qu'il faut bien se pauser de temps en temps), voilà les projets en cours, à date. Désolée, il le fallait. Je devais utiliser cette expression (à date) sur ce blog au moins une fois. A force de la voir passer dans des emails professionnels, mauvaise traduction d'un to date déjà limite, j'avais envie de ressentir ce que cela faisait de l'employer. Et bien, lecteur curieux, ça fait à peu près la même chose que lorsque que tu te surprends à écrire au jour d'aujourd'hui. Pas glorieux.

Donc, à ce jour (oui, aussi), les projets en cours sont les suivants :

- Projets professionnels divers et variés et ne t'imagine pas que je vais t'en dire plus parce que, je l'ai écrit ailleurs, j'ai signé un accord de confidentialité long comme le bras et que donc tu peux te brosser pour que je t'en dise plus.

- Participation aux conseils des écoles des enfants (maternelle et primaire). Engagement de rédiger un projet de courrier pour expliquer à Madame le Maire que, non, ce n'est pas une bonne idée de procéder à un désamiantage suivi d'une destruction d'un bâtiment qui n'aurait jamais du exister, en plein temps scolaire. Pas une bonne idée du tout. Et même que, Madame le Maire, je vais t'expliquer comment on met en cause la responsabilité d'un élu qui ne respecte pas les plus élémentaires principes de précaution. Non mais !

- Planification des travaux pour la maison de campagne. Sur ce projet là, je suis assistante. Le project lead, c'est le Doudou. Même qu'on attend un devis d'un entrepreneur (depuis trois semaines...) et que, dès qu'on aura une minute de libre, on convoquera un second entrepreneur. Tout le monde nous le dit (tout le monde = nos parents, toujours prompts à donner des conseils), il faut toujours demander plusieurs devis... et voir plusieurs médecins. En fait de conseils, ce sont des injonctions. Vous savez bien comment sont... enfin est... tout le monde.

- Mise en condition pour préparer la rédaction de la déclaration de revenus. Et non, lecteur salarié, il ne faut pas que signer. Avec un changement de statut en plein milieu d'année, une nounou à déclarer, des machins trucs à vérifier. Et dès que ça touche à la paperasse, je suis très douée pour (ne pas) prendre le taureau par les cornes. Procrastination mon amie.

- Organisation des vacances d'été. Ce projet là est presque clos. Après concertation avec les grands parents et la nounou, nous avons réussi à trouver des dates de congés qui conviennent à tout le monde. A tout le monde ? Attends, faut encore que je demande à mon boss.

- Trouvage d'une bonne âme pour garder Fili début juillet. Non parce que le frère du Doudou a trouvé le moyen de se marier dans un lieu qui n'accepte pas les chiens. Crime de lèse-majesté canine, moi je dis ! Ca justifierait un boycott ! Comment ça, pas possible ?! J'objecte, votre honneur.... Heureusement, la génialissime Nipette et son génialissime cher et tendre ont accepté de relever le défi 48 heures avec Fili. Et moi je dis, rien que pour ça, Nipette mérite de doubler son nombre de lecteurs. Alors, toi lecteur qui ne connaît pas Nipette, tu files sur blog (et que ça saute !). Encore deux trois trucs à caler mais ce projet là aussi est presque bouclé.

- Dénichage de tenue pour le mariage du siècle. Non, ce n'est pas celui de Kate et Will, ni celui de Albert et Charlene (encore que ça tombe le même jour) mais le mariage du beau-frère susmentionné. Il m'a été clairement sous-entendu qu'il fallait faire un effort vestimentaire. Si, je t'assure que mère et belle-mère savent, l'une comme l'autre, clairement sous-entendre. C'est tout un art, il faut des années de pratique mais en expérimentant dès que l'occasion se présente, la clarté du sous-entendu devient aveuglante.

- Planification et inscription des poussins aux activités pour l'année scolaire 2011-2012. Ce projet se découpe en deux parties :
Partie 1 : décoder les desiderati des enfants pour les inscrire aux activités qui vont leur plaire et non à celles qu'ils demandent. Parce que demander une activité peut avoir des raisons qui mènent à l'abandon après trois séances. Activités à proscrire : activité choisie uniquement que parce que l'enfant pense faire plaisir à papa ou maman, activité pratiquée par le copain/cousin dont la personnalité est totalement différente, activité top à la télévision mais qui demande des années de pratique et d'entraînement pour parvenir au tiers du quart de la moitié du résultat vu à la télé.
Partie 2 : trouver des horaires compatibles avec (i) la vie scolaire (ii) les weekends à la campagne et (iii) qui ne requièrent pas un don d'ubiquité. Non, la Poussinette ne peut pas faire de la danse à 11 heures au gymnase et le Poussin être au tennis à la même heure à un kilomètre de là. A l'impossible nul n'est tenu.
Par ailleurs, continuer les échecs et le théâtre, commencer le tennis et se mettre à l'anglais et au violon, on peut légitimement se demander si ce n'est un peu beaucoup pour un enfant de CE1 aussi mature et doué soit-il (c'est mon fils, il est forcément à la fois mature et doué, voyons !).

- Organisation d'une grosse fiesta à la campagne début juillet. Comme tous les ans. Avec les mêmes copains. Relances. Retrouvage d'adresses emails. Confirmation logement et transport.

- Organisation de diverses sorties, dîners, voyages professionnels et/ou personnels avec ou sans le Doudou et/ou les enfants et/ou le chien en jonglant avec les emploi du temps du Doudou, de la nounou, des baby-sitters, des grands-parents.

- Organisation d'un apéro des juristes de twitter qui, parti d'une boutade, m'a contrainte à utiliser un formulaire GoogleDoc et à découvrir l'usage de Doodle. Réaliser que certains juristes ont plus de sens pratique que d'autres. Exemple : si tu dis que t'es intéressé que tu tu ne remplis pas le formulaire sur lequel tu dois renseigner ton adresse email, comment veux-tu que je te contacte pour te donner les infos ? Hein ? Comment ?

J'en passe et des meilleurs, comme dirait Victor...

Et bien, malgré ça, il m'arrive de m'ennuyer...

On ne se refait pas !

lundi 9 mai 2011

L'Argent de poche

Ça devait arriver un jour. On s'y attendait, on était préparé.

Et pourtant, ça prend par surprise.

Un jour, un petit gars haut comme trois pommes, un petit gars en CP, qui a passé son année à compter des pièces de monnaie et à les convertir en billet (c'est pas moi, c'est le programme), vous demande d'une petite voix fluette :

- Je peux avoir de l'argent de poche maman ?

Et là, on réalise que c'est le début d'un long voyage jusqu'au sortir de l'adolescence. On pense à Manu dont le fils-presque-un-homme est passé chez lui (est-ce encore chez lui ?) dix minutes un samedi soir et est parvenu, par des trésors d'ingéniosité que seuls les enfants maîtrisent, à la délester de 20 euros. On se souvient comment on était parvenu à se faire financer une partie de son voyage en Asie en expliquant que les stages hyper importants dans Super Boite, ça payait pas même si ça en jetait sur un CV... et que donc on allait plutôt faire caissière à Carrefour pour payer le voyage. Et hop, après le stage, le voyage tous frais payés. On a une pensée émue pour la fiscalité attrayante des donations aux enfants.

Et on observe le Poussin manoeuvrer pour parvenir à ses fins.

On tente d'abord de temporiser.

- Il faut que j'en parle avec papa.

Mais l'enfant a tout prévu.

- Vous en parlerez après, quand je serai couché... comme ça j'entendrai.

C'est sûr que ces bestioles de gamins, tu les crois endormis depuis des heures mais en fait, ils ont l"oreille qui traîne. Parfois, on s'en rend compte parce qu'on est train d'évoquer leurs copains, ce qu'ils ont fait, comment ils ont ri et soudain une petit voix sort de nulle part mais non papa c'est pas Lilian, c'est Kilian. Tu parles qu'on retient les prénoms, surtout ceux là, nous !

Comme on est estomaquée, une fois n'est pas coutume, on reste coite. Et l'enfant continue, suivant le fil de sa pensée.

- Vous me direz après si vous êtes d'accord ou pas avec papa et ce que je devrais faire chaque semaine pour avoir les sous. Tu feras un tableau que je signerai pour dire que je suis d'accord de le faire et on mettra des croix quand je l'aurai fait. Mais enfin, c'est vous qui décidez, hein, c'est juste que ça m'intéresse.

Et voilà pourquoi votre fille est muette*.

On temporise jusqu'au retour du Doudou... qui traîne au bureau. Ok, d'accord, lui, il appelle ça travailler... mais vu d'ici, ça ne donne pas cette impression. Surtout quand on est un Poussin de bientôt 7 ans et qu'on a très envie d'une réponse. Et les embouteillages, c'est même pas vrai que ça fait arriver en retard. C'est rien qu'un truc inventé pour mettre les nerfs à l'épreuve quand on a une requête hyper urgente à formuler.

Enfin, urgente, on peut se demander.

Parce que bon, quand le Doudou arrive enfin, le Poussin a soudain perdu sa langue. Impossible de faire sortir le moindre son. C'est un peu comme quand tu es amoureux et que tu n'oses pas déclarer ta flamme de peur de prendre une grosse claque. Mieux vaut ne pas savoir. Ça évite les déconvenues. La peur de l'échec, j'appelle ça moi. Cette peur là est en train de submerger mon Poussin qui se noie doucement...

On jette une bouée à la mer:

- Ecoute, tu vas dans ta chambre et tu écris ce que tu veux. Et tu reviens nous le lire. Ce sera peut-être plus facile.

Et le Poussin de partir guilleret rédiger ce qu'on pourra un jour considérer son premier business plan.

Et nous, parents réactifs de conciliabuler et de parvenir à cet accord fait de compromissions et de renoncements :
L'enfant recevra deux (2) euros par semaine sans condition avec possibilité de ne pas verser la somme dans certains cas graves, notamment, et de façon non limitative:
- grosse colère avec jet d'objet,
- chambre en bordel-de-chez-bordel,
- attaque par derrière et en traître de Poussinette avec objet pointu, y compris épée en plastique ou en mousse,
- mise en danger de la vie d'autrui, et particulièrement de la Poussinette susmentionnée,
- répartie un peu trop acerbe envers membre de l'autorité, e.g., père, mère, nounou, grand-parent, baby-sitter, ou comment revisiter l'expression ne pas jouer au plus malin,
- prise de risque entraînant possible danger pour l'animal vivant chez nous, l'animal n'était pas, contrairement à ce que voudrait nous faire croire l'impétrant, une Poussinette mais bien un éminent représentant de la race canine.
L'existence ou non du critère de gravité est déterminée, à leur seule discrétion, par l'un ou l'autre des représentants du corps parental. En cas de divergence de vue, l'opinion de la mère prévaut. Ce dernier point reste encore à discuter entre les cosignataires mais ne devrait pas poser de difficulté (puisque je vous le dis !).

Ces règles étant établies, il convient désormais de les communiquer.

La négociation commence donc.

L'enfant entre dans la pièce. Le père l'accueille.

- Le Tribunal parental t'écoute fils.
Expression ébaudie de l'enfant, qui n'y comprend que pouic.
- Le quoi ?
- Non laisse, je plaisante.

- Ah.

Ça commence bien !

On intervient. On demande à voir ce que le Poussin a rédigé.


Limpide comme de l'eau de source.

M'enfin bon, si on peut avoir deux, trois précisions pour préciser la question, c'est pas plus mal...

- Donc tu le vois comment ton argent de poche ?

Silence.

- Comment ça se passerait ?

Silence. Ce môme me tue.

- On te donnerait combien ? Quand ? Comment ?
- euh...
- Ouiiiiii ?
Non, ce n'est pas de l'impatience. Juste une pointe d'exaspération. Ça s'entend à peine.
- Ben, je mettrai la table et toi tu me donnerais un euro le lundi et le dimanche tu me donnerais encore cinquante centimes.
- et ça fait combien au total ?
Oh, eh, quoi, s'il veut des sous, faut qu'il me prouve qu'il sait compter.
- Un euro et cinquante centimes ?, il essaye, pas trop sûr de lui.
Ça passe pour cette fois.
- Donc, tu veux qu'on te donne un euro cinquante par semaine, c'est ça ?
- Euh... oui.
Et là, le père, dont vous noterez les talents de négociateur émérite, ramène sa fraise:
- On peut arrondir à deux euros, si tu préfères.
Regard surpris du Poussin qui n'en demandait pas tant et peine à comprendre ce qui se passe. Mon regard à moi, je vous laisse imaginer l'adjectif qui l'accompagnait. M'enfin, solidarité parentale oblige, j'ai soutenu l'approche. Rappelez moi de ne jamais laisser le Doudou seul chez le banquier.

- Donc, j'ai résumé, on te donne un euro cinquante tous les dimanche soir. Seulement, si tu n'es pas sage, si tu dépasses les bornes des limites, pfff... pas d'euro cette semaine là.
Bien tenté ! Mais...
- Ok d'accord, Maman. C'est deux euros, pas un euro cinquante, non ? Papa il a dit...
- Oui, oui, papa a dit.
Et le môme, qui ne perd ni le nord ni le sud, d'ajouter:
- Alors, je peux avoir les premiers tout de suite ? Non mais je sais qu'on n'est pas dimanche là. Mais tu vois, faut bien commencer à un moment. Et on n'est que lundi. C'est pas comme si. Enfin, tu vois.
Oh oui, je ne vois que trop bien.

Le Poussin a donc eu son premier argent de poche ce soir.



Juste avant de quitter sa chambre, alors que je venais de lui faire le dernier bisou, il a soufflé, du haut des ses six-ans-virant-sept-ans:

- Merci maman, c'est gentil ce que tu as fait pour l'argent de poche. Et comme tu dis toujours, faut dire merci quand les gens font des choses gentilles.

Cet enfant a une grande carrière de diplomate, option manipulation en tous genres devant lui.

Et j'en suis fière !


*ceci est une citation, sauras-tu la reconnaître ?