mercredi 24 août 2011

Les nouvelles taxes Fillon

Je le dis en préambule : je n'ai rien contre l'augmentation des impôts, rien contre des taxes supplémentaires, rien du tout. Je paye ma part, j'ai même beaucoup plus payé que je l'imaginais quand j'étais travailleur indépendant. Je ne me suis jamais plainte. Il faut payer des impôts et contribuer à l'effort public. C'est normal. Je suis prête à payer plus s'il le faut, sous réserve que mon argent soit bien utilisé. Je suis centriste, européenne et fédéraliste. Mettez moi des impôts européens qui profitent aux grecs avant nous, je les payerai. Je veux juste qu'on m'explique clairement à quoi mon argent est employé. Je suis un actionnaire (certes minoritaire) de l'Etat français, on doit me rendre des comptes.

J'attendais donc sereinement les annonces de Monsieur Fillon cet après-midi. Or, sur le fond économique, c'est léger. On est loin de la réforme fiscale et de la réforme de l'état dont on a besoin. Mais ce ne serait rien (les vraies réformes sont pour après 2012, on le sait) s'il n'y avait l'aspect psychologique des mesures annoncées.

Monsieur Fillon annonce vouloir taxer plus le tabac, les boissons sucrées, l'alcool, les parcs d'attraction, tous ces petits plaisirs que chacun s'accorde pour rendre la vie moins difficile, le monde plus beau... Bien sûr, ce n'est pas bien de fumer ni de trop boire et un chamallow dans un verre de soda fond en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Bien sûr un dimanche au Parc Asterix n'est sans doute pas aussi instructif qu'un après-midi au Musée Cluny.

Cependant, je m'étonne qu'on décide, à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle, de se lancer dans de telles taxes qui, aussi rémunératrices qu'elle soient, ne rempliront les caisses qu'à la marge.

C'est un peu comme si on nous disait :
Tu rames, tu souffres, tu es inquiet, la crise te fait peur, tu ne sais pas si demain le monde sera le même. Ben, tu sais quoi, t'inquiète plus ! Nous, le gouvernement, on sait ce qui est bon pour toi : grâce à nous, tu vas fumer moins, boire moins et tu arrêteras le Coca.

C'est un message liberticide.
Un message moral.

J'imagine le jeune électeur de 2012, qui votera pour la première fois. Pour l'heure, il tue le temps et meuble ses vacances le samedi soirs au Village Disney, une clope à la main, un Mojito dans l'autre, se demandant ce à quoi son avenir ressemblera. Un avenir à court terme. Le moyen terme n'existe pas quand tu as 17 ans et des tilleuls verts sur la promenade. Un avenir de stages au mieux, de chômage au pire. Un avenir marqué par l'anniversaire des 10 ans du 11/09/2011, par Fukushima qui fume encore, par les marchés boursiers qui semblent incontrôlables, par les parents qui râlent de voir le jeune futur électeur si tard dehors avec ce qui y traîne et ses grands-parents qui ne savent plus tenir une aiguille de tricot ni remplir une grille de mots croisés. Un avenir comme personne avant n'en avait encore vécu.

A ce jeune-là, François Fillon vient de signifier qu'il s'en foutait de sa vie, de ses petits plaisirs. A ce jeune-là, François Fillon a dit tu ne sais pas gérer ta vie, je vais te forcer à la gérer mieux. Et pas qu'à ce jeune-là. A toi aussi, qui fait tout bien dans tout et qui a pour unique transgression une petite clope, le soir, sur le balcon, à regarder les étoiles. A toi encore qui aime bouare un verre de temps en temps avec les copains après le bureau. A toi qui rêvait d'emmener tes enfants voir Mickey une fois dans leur vie. Même si tu as les moyens, même si cette hausse des taxes n'a pas d'impact sur ton porte-monnaie bien rempli, tu sais que François Fillon désapprouve tes choix de vie.

Je ne suis pas certaine que ce soit le message que j'ai envie d'entendre par les temps qui courent.

Dis, Fillon, taxe mon revenu, taxe même mon patrimoine... mais mes petits plaisirs, ceux qui me permettent de supporter le fait que tu me taxes tout le reste, n'y touche pas. D'ailleurs, si tu pouvais balayer devant ta porte, Monsieur le Premier Ministre, je ne dirais pas non.

Car, dans les mesures annoncées, François Fillon beaucoup parlé recettes.... et nettement moins dépenses. Bizarre. Vous avez dit bizarre ? Quand on veut donner l'exemple, on commence par expliquer comment on réduit les opex. C'est de la psychologie de comptoir : il est beaucoup plus facile de demander aux gens de faire des sacrifices si tu en fais, toi aussi. C'est vendeur. Çà permet d'avaler la pilule.

Mais là, Rien.

Fillon demande à tous, du plus riche (taxé à 3 % de ses revenus) au plus pauvre, de faire des efforts... mais n'annonce à ma connaissance aucune réduction de dépense significative.

On aurait pu espérer quelques décisions symboliques qui auraient eu un écho chez ceux des contribuables qui pointent dans la Big Company : gel des voyages et, si voyage nécessaire, classe éco y compris en long distance, hôtels 3 étoiles max même pour les grands chefs, limitation des frais de réception. Ça aurait de la gueule de voir Valérie Pécresse prendre le train en seconde et dormir dans l'Ibis de la zone industrielle.

Et pourquoi pas ? Pourquoi ne gérerait-on pas les dépenses étatiques comme celles des groupes internationaux ? Après tout, l'équilibre budgétaire est une norme qui fait du sens économiquement et socialement non ? Si on taxe plus les gros groupes, ce qui serait normal, n'ont-ils pas le droit de demander autant de rigueur à ceux qu'ils vont financer qu'ils s'en imposent à eux-même ?

Toujours est-il que Monsieur Fillon ne s'est pas engagé dans cette voie.

Je ne sais toujours pas pour qui voter en 2012. J'avais des doutes sur le programme social du gouvernement qui me semblait mauvais mais jusqu'ici, j'avais toujours eu une certaine tendresse pour le programme économique.

C'est fini.

Et j'attends celui qui prendra la main de la petite centriste que je suis pour lui dire :
moi, j'ai le programme de gouvernement qu'il te plaira.

lundi 22 août 2011

Le coup de la panne


Rentrer de vacances tranquillou par l'autoroute.
Se dire qu'on n'est pas pressé.
Qu'on arrivera bien assez tôt.
Faire trainer au maximum le moment d'arriver dans Paris.
Eviter les embouillages sur l'A6.
Faire 30 kilomètres de plus.
Prendre l'A19, puis l'A5.
Passer par Paris Est.
Comme d'habitude le dimanche soir en rentrant de weekend.

Sauf que c'est pas le weekend.
C'est la fin des vacances.
On n'a pas envie de partir de la campagne.
Mais on est déjà sur la route.
La raison plutôt que le coeur.

Révasser tandis que la radio parle de vrais et de faux écrivains.
Se dire qu'on ne comprend pas bien le besoin de mettre dans des cases, même si c'est pour dire qu'on ne met pas dans des cases.
Se retourner.
Voir les enfants endormis et le chien tout sage.
Se dire qu'on a belle famille.

Prout....

Tiens, ça a fait prout !
Bizarre.
Le Doudou ralentit.
On est 800 mètres du viaduc de l'Yonne selon le panneau indicateur qui pointe vers l'embranchement entre l'A19 et l'A5.
Le pneu a éclaté, constate le Doudou, d'une voix égale.
Il se déporte, roule quelques mètres sur la bande d'arrêt d'urgence, jusqu'à un endroit sécurisé.
Il est tout calme, le Doudou, comme si on avait écrasé un lapin déjà mort.

Pourtant la panne sur autoroute, avec moi, c'est une première !

On s'arrête.
Le Doudou sort de la voiture.
Pneu arrière droit, confirme-t-il, complètement à plat.
C'est le mieux qui puisse arriver dans ces circonstances.
Celui qui est collé à la barrière de sécurité.

Gilet jaune de rigueur.
Ouverture du coffre.
Déballage des quinze sacs et valises, aussitôt remisés le long de la barrière de sécurité.
Ben oui, retour de vacances => coffre plein.
Recherche de la roue de secours, du triangle, du cric et de la manivelle.

Jusqu'ici, tout va bien.

Tout va bien sauf que le Fili, mal attaché, trouve le moyen de sauter sur la plage arrière du véhicule et de filer dehors, via le coffre ouvert.
JE HURLE.
Quiconque me connaît sait combien, quand je hurle, je ne le fais pas à moitié.
Mon cri réveille aussitôt les enfants qui me fixent, interloqués.
Ça alerte également le Doudou qui n'avait pas remarqué que le chien s'était échappé.
Heureusement que le Doudou m'a entendu... car Fili n'a qu'un maître (en vrai).
- Fili, ici ! hurle à son tour le Doudou, beaucoup moins hystérique que moi.
Le chien obéit, s'arrête net et s'assoit à côté du coffre.
Il est dare-dare remis dans le véhicule, avec le harnais bien fixé cette fois.
Ouf.
- J'avais oublié de raccrocher le harnais, explique le Doudou.
Comme quoi, aller chercher des gens à la gare peut avoir des répercussions inattendues et heureusement sans conséquence... pour cette fois.

Il est temps de procéder à l'extraction des habitants du véhicule.
Les enfants et moi suivons les instructions de la Sécurité Routière.
On enjambe le parapet.
On grime la butte.
Tout en haut.
Le plus loin possible de la route.
Dans les herbes folles nous piquent les fesses.




Le Doudou commence l'opération de changement de roue.
L'homme a fait ça toute sa vie !
La classe intégrale.
Que je te mets le machin sous la voiture pour la faire monter.
Que je te tourne le truc pour enlever les boulons, à coup de talons et poignets musclés.
(oh hé ça va, mon vocabulaire mécanique est effectivement très limité. Je ne sais pas distinguer un cric d'une manivelle. Dans le doute, je m'abstiens).

Le Poussin rigole.
C'est amusant cette aventure, on se croirait dans Cars.
La Poussinette demande si papa va y arriver ou s'il va falloir appeler un dépanneur.
Le Poussin lui répond que oui, bien sûr, voyons ! Papa, il sait tout faire.

Je fais bonne figure pour les enfants.
J'explique le triangle, le gilet jaune.
Je note qu'il faudrait qu'on achète plusieurs autres gilets jaunes.
Un seul n'est pas suffisant.
Je suis quand même un peu stressée.
Des images fugitives de gros camions qui percutent le Doudou dans les fesses me traversent l'esprit.
J'imagine Fili se détachant à nouveau.

Je suis à la merci du Doudou, qui répare, et des véhicules qui passent à deux mètres de là à beaucoup plus que 130 kilomètres à l'heure.
Je n'en mène pas large.
Mais je souris et je suis calme.
Les enfants disent il se débrouille bien papa, hein, maman ? T'as vu ce qu'il arrive à faire ?
Je dis Oh oui !
Il est quand même fort le Doudou.
Mais je ne contrôle rien.
Rien du tout.





La roue est enfin changée.
On regagne la voiture, l'un après l'autre.
On remet les valises et les sacs dans le coffre.
On parvient à n'en oublier aucun.
Exploit.

On repart.
Le Doudou sue à grosse gouttes.
Il dit j'ai besoin d'une douche.
Je dis tu as assuré comme un chef.
Il répond toi aussi.

On roule vers Paris sur l'A5.
Tout doucement.
Faudrait pas abîmer la roue de rechange.
Les enfants ont faim.
Ils le font savoir.
Ils ont mérité leur Chupa Chups.

Personne n'a envie de rentrer à Paris.
On propose de dîner au restaurant.
Courtepaille !, se réjouissent les enfants, tout excités à l'idée de ne pas rentrer tout de suite.
Courtepaille ce sera.



Au restaurant, on se raconte la scène.
On rigole de Fili surgissant de la voiture et manquant de se retrouver au milieu de l'autoroute.
On rigole de nous assis dans les herbes hautes.
On rigole du Doudou et de son gilet jaune.
On rigole donc.
On a besoin d'évacuer.

Après le trou dans le mur, le trou dans le pneu.
Ça fait des trous, des petits trous, rien des p'tits trous.
C'est la semaine des trous qui font mal au porte-monnaie.

vendredi 19 août 2011

Comment plomb(i)er ses vacances

Jeudi matin, l'empereur Doudou, sa femme et le petit prince s'en vont à Bricorama quérir le matériel nécessaire à l'installation d'une douche en hauteur et d'un pare-douche. C'est que nous en avons assez de devoir poser notre séant dans la baignoire à chaque douche. Ça fait froid aux fesses, c'est inconfortable et ça fiche de l'eau partout dès qu'on essaye d'atteindre un endroit un peu excentré de l'anatomie. Ce n'est pas pratique du tout. Se tenir debout et droit sous la douche, avec l'eau qui coule d'en haut et ruisselle sur le corps comme dans une pub Tahiti douche est un luxe auquel nous aspirons.

Or, le Doudou a une âme de bricoleur. Parfois, même, il change une ou deux ampoules pour nous rappeler combien c'est lui l'homme à tout faire de la maison. Percer trois trous dans la salle de bain pour fixer le bazar, ça ne lui fait pas peur. Il s'en sent capable. D'ailleurs, il a une perceuse électrique toute neuve qui n'a jamais servi. Il est grand temps de l'inaugurer.

Le Doudou s'enferme donc dans la salle de bain. Quand on tente d'entrouvrir la porte, on constate que l'ensemble du matériel à poser à été rangé par ordre de taille sur le sol. La boite à outils est grande ouverte, posée sur les toilettes, lesquelles toilettes sont de fait inaccessibles. Le Poussin, la Poussinette et moi sommes super fiers de notre Doudou. Nous sommes confiants, il sortira de tous ces efforts une superbe salle de bain digne d'un hôtel 4 étoiles.

Fili en revanche est circonspect. Le vrombissement de la perceuse n'est pas de son goût et il le fait savoir à coup d'aboiements sporadiques. Cette perceuse est une intruse qu'il convient de chasser... Bon, en même temps, en bon chien de garde qui se respecte, il aboie mais ne mord pas... et tandis que la perceuse et son bruit satanique sont cantonnées à la salle de bain, Fili sécurise le salon en s'installant sur le canapé et prend soin de ne jamais franchir le no dog's land que constitue le couloir qui mène à la salle de bain. Chacun son territoire et la famille est bien gardée.

L'après-midi se poursuit au son mélodieux de la perceuse qui (tente de) perce(r), du Doudou qui fait merde crotte bite parce que quand ça veut pas, ça veut pas et que le mur est épais quand même, des enfants qui s'enquièrent toutes les 3 minutes de l'avancement des travaux t'en es où papa ? c'est bientôt fini ? on peut entrer ? et du vent qui souffle annonçant l'orage.

Et soudain, c'est le drame.

Meeeeeeerde !

Putaiiiiiiin !

Mais quel con !


On se précipite, on pense le Doudou blessé. Que nenni. En revanche, on voit très distinctement l'eau jaillir par un petit trou dans le mur. La bonne nouvelle : la perceuse a fini par percer le trou récalcitrant. La mauvaise nouvelle : le trou est pile dans la canalisation d'eau.

La canalisation est dans le mur.
Aucun autre accès que ledit mur.
Pas d'autre choix : il faut casser.

On commence par couper l'eau. Enfin, on croit qu'on a coupé l'eau mais celle-ci continuer de ruisseler le long du mur (à défaut de notre corps qui voit s'éloigner la douche comme Perrette dut dire adieu aux veaux, vaches, cochons et poulets). Nous sommes jeudi soir. Le 17 août. Il est 20:45 et nous devons admettre cette réalité brute : nous avons besoin d'un plombier.

Un plombier.
La semaine du 15 août.
Le soir.
A la campagne.

Mouhahahahaha !
(j'en vois qui ricanent là, dans le fond)

On appelle les dix numéros que nos amis virtuels ou réels nous communiquent. On laisse des messages sur nombres de répondeurs. Rien. Personne ne rappelle. C'est le néant absolu. Le désert français.

Nous sommes foutus.

Pendant ce temps, la vie s'organise. La voisine est sympa, elle met sa salle de bain à disposition. Les enfants sont enchantés de devoir aller faire pipi dehors dans le jardin à la seule lueur d'une lampe de poche. C'est l'aventure ! On prend son mal en patience. On se dit qu'on trouvera un plombier demain. Que quelqu'un va finir par rappeler à la suite de l'un des messages désespérés qu'on a laissés.

Le Poussin nous sent stressés et est soudain adorable. Si j'avais su que c'était ce qu'il fallait pour qu'il s'endorme sans râler...
- J'ai deux problèmes, qu'il fait, le Poussin, le sourire aux lèvres. Premier problème : j'ai pas d'eau. Deuxième problème : ma soeur m'a piqué mes chaussons.
Il veut nous faire sourire... et y réussit plutôt pas mal.

Notre comité de soutien twitteresque s'organise. On nous envoie des numéros de plombiers de la région. Ceux qui s'y connaissent en plomberie (non pas que le Doudou ne s'y connaisse pas, loin de moi cette idée !) nous donnent des conseils pour passer la nuit et colmater tant que faire se peut la brèche. L'idée originelle du Doudou de mettre du mastic est ainsi écartée d'un coup de twitt. En revanche, sur Facebook, également appelé à la rescousse, c'est le calme plat. Pas un commentaire, pas une réponse. Conclusion : quand t'es dans la mouise, mieux vaut faire appel à tes amis virtuels de Twitter qu'à tes amis de la vraie vie de Facebook.

On finit par se coucher, épuisés, sans avoir compris comment l'eau pouvait continuer de couler alors qu'on l'avait coupée. Deux fois dans la nuit, le Doudou se relève pour aller changer les serviettes de toilettes qui servent à éponger la fuite.

Puis vient le matin.

Un plombier (un seul) sur les dix contactés rappelle et accepte d'interrompre ses vacances pour vérifier l'étendue des dégâts.

Quand il débarque, dans son uniforme de plombier (marcel, calvitie plus que naissante et raie des fesses apparentes dès qu'il s'accroupit), il commence par nous expliquer que si on avait fait appel à lui avant, on n'en serait pas là. Ensuite, il plonge sous l'évier de la cuisine, tourne un robinet et dit c'est là qu'on coupe l'eau, Monsieur. Puis il file dans la salle de bain, inspecte le trou béant et nous explique qu'il va essayer de brasurer mais que bon, comme le reste de la tuyauterie est en étain, c'est à nos risques et périls : tout peut fondre. C'est rassurant, un plombier.

Comme il a laissé son matériel dans sa camionnette, il demande au Doudou de lui prêter sa clé à molette. Le Doudou, tout fier, lui tend celle de sa belle trousse à outils. Regard de mépris du plombier qui se relève en maugréant morf, je vais chercher la mienne. Tandis qu'il passe à ma proximité, j'ose suggérer qu'on n'aura pas besoin de casser tout le carrelage joli joli de la salle de bain que j'ai repeint de mes petites mains. Bof bof bof est la réponse, qui n'augure rien qui vaille... Une demi-heure après l'arrivée du plombier, le moral est au plus bas.

Commence alors la brasure.
Ça
chauffe.
Ça
crame.
Ça
pue.

Mais ça marche...

En cinq minutes, le trou est réparé. Alleluia !

J'en connais deux ou trois qui vont soutenir que c'est grâce au fait qu'ils ont brûlé un cierge pour nous aux JMJ. L'hérétique que je suis constate que c'est surtout un gros coup de bol d'avoir trouvé un plombier disponible en plein mois d'août. A part un petit trou que le Doudou comblera demain, la salle de bain est telle qu'elle était avant l'incident.

Et le plombier de conclure, après nous avoir annoncé un tarif qui nous semble raisonnable :

- J'vous fais pas de facture pour ça, hein ?





mercredi 17 août 2011

Les vacances de Fili


Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas donné de nouvelles de Fili.

Et bien, il est en vacances, lui aussi.

Et c'est chouette les vacances d'un toutou !

C'est le moins d'août, ça peut t'intéresser le récit des vacances d'un petit Cavalier King Charles. C'est aussi captivant que les aventures prostatiques d'un célèbre acteur de cinéma ou que la dernière mode du Twinome, qui n'est selon moi qu'une façon de théoriser l'amitié. Du bullshit, quoi. Mes amis, virtuels ou réels, je n'ai pas besoin d'un concept pour les aimer, leur parler, les aider, les renseigner, les admirer, le leur dire, le leur écrire. Pas besoin d'être enregistré sur un quelconque fichier déclaré à la CNIL pour cela.* Les vacances de Fili me semblent plus porteuses de sens que ces théories à la mords moi le noeud. M'enfin, je te laisse juge, lecteur objectif.

Je te les raconte un peu, lecteur, ces vacances de Fili...


La campagne

On part se promener à travers la campagne. On n'a pas besoin de laisse. On peut assouvir ses besoins naturels au milieu des champs et le maître n'a pas besoin de ramasser parce que les chevaux font d'énormes crottins, eux, que personne ne met dans de petits sachets plastiques pour les jeter ensuite dans une poubelle transparente pour éviter les bombes.

A la campagne, il y a toujours un animal plus puissant pour te rappeler que, aussi intelligent que tu sois, une autre bestiole sait mieux que toi se planquer avant que la pluie tombe, venir gober tes fraises la veille du jour où tu les pensais à point, se faire les serres sur tes branches en en ôtant l'écorce malgré le truc brillant que ton maître a planté dans l'arbre en pensant ainsi éloigner les grosses bêbêtes. Toi, petit Fili des villes, tu n'es rien.

Du coup, petits ou gros, s'ils sont à moins de trente mètres, ces animaux des champs qui en savent tant, il vaut mieux prévenir que guérir. Tu aboies et hérisses une petite touffe de poils sur la crête dès qu'un animal passe à proximité. Lapins, mésanges, chevaux, tous sont à la même enseigne. Même le kiki de tous les kikis, vestige de l'enfance passée d'un quadragénaire devenu ton maître, pourtant singe en peluche bien inoffensif, est un intrus contre lequel il convient de marquer ton mécontentement.

De même, tu aboies contre les tracteurs (mais prends bien soin de ne pas trop s'approcher) parce que le tracteur fait un bruit étrange et que tu n'es pas habitué aux bruits des machines agricoles. Les motos qui vrombissent font quand même nettement moins peur.

Un vrai chien de garde, ce Fili !




Le Jardin

A la campagne, il y a aussi le jardin.

Toi, le clébard des champs, l'antithèse de notre Fili de la grande ville, tu ne sais pas le bonheur que c'est de courir après une baballe sur un gazon qui n'est pas en plastique, de faire le tour de la maison à toute berzingue, de sauter, de se purger en labourant l'herbe devant la maison. Pour toi, le clébard des champs, le jardin, le quotidien et c'est lassant au bout du compte. Toi tu rêves de gratte-ciels et d'autoroutes. Tu ne sais pas la chance que tu as ! Pour un Fili des villes, qui onze mois par an sort à heures fixes, toujours en laisse, et fait le tour d'une quartier bitumé, chaque fois le même itinéraire, le jardin est un Eden. Le simple fait de n'avoir pas besoin de réclamer pour mettre le nez dehors, c'est la Liberté !

Et quand il fait bien chaud, se reposer au soleil, sans avoir rien à demander, tranquille, c'est quand même le top du top pour un petit toutou qui passe le reste de l'année soumis aux diktats de maîtres sans scrupules.

Les vacances permettent de n'en faire qu'à sa guise, sans personne pour te donner des ordres... C'est pas la patte, ça ?!




Et quand vient le soir, le Fili exténué, si peu habitué à tant d'activité, pas sportif pour deux sous, peut se la couler douce sur le canapé. On peut en faire des choses sur ce canapé : regarder le feu qui crépite dans la cheminée, dormir du sommeil du juste et même faire un peu d'ordi... parce que les maîtres ont une connexion wifi à la campagne...

C'est un trou paumé, leur bled, aux maîtres. Même que ni Orange, ni Bouygues ni SFR n'ont jugé bon de couvrir la zone. Heureusement pour Fili, l'addiction de tes maîtres, à la fois geeks et workholics, exige d'être relié à la civilisation, de pouvoir consulter emails et réseaux sociaux à toute heure du jour et de la nuit. Comme ça, s'il y a un problème vétérinaire (hier par exemple Fili boitillait), on peut tout de suite se renseigner.



Bref, tu vois, lecteur cynophile, les vacances de Fili sont des vacances normales pour tout chien qui se respecte. Même que ça n'a rien à voir avec celles d'un humain.

A moins que...

Parce que tu sais quoi, lecteur, les vacances, ça sert surtout à prendre du recul et de la hauteur !





* voilà, j'ai dit ce que je pensais du Twinome. Ça m'évitera un billet entier pour un truc qui n'en vaut pas la peine. Et pourtant j'ai de l'affection pour les créateurs du concept... mais on a la droit de ne pas être d'accord, n'est-il pas ?

mardi 16 août 2011

Oedipe

L'enfant mâle, à un moment de sa vie, entre un et sept ans (la période exacte dépend du processus d'évolution affective de l'enfant, d'une part, et des écoles psychanalytiques, d'autre part), veut dormir dans le lit de sa maman. Corrélativement, l'enfant entend en éjecter le papa, le cas échéant manu-militari, quitte à lui transpercer le corps de son épée en bois. Ensuite s'il peut faire Catleya avec maman, c'est mieux.

Cette pratique barbare n'a rien de vraiment sexy et pourtant il parait que ça existe depuis la nuit des temps. C'est pas moi qui le dit, c'est Herr Freud (voir ici), que sa maman devait appeler Sigmund quand il tentait, enfant, de s'en arroger les faveurs.

Depuis quelques jours, j'expérimente la chose... Et malgré les tentatives de camouflage par l'impétrant lui-même, lequel semble croire que non, non, non, il n'a pas l'intention de séparer père et mère, il ne fait presque pas de doute que nous en sommes en présence d'une crise oedipienne un peu tardive.

J'ai donc décidé de partager avec vous la liste des raisons qui m'ont été données par l'enfant pour expliquer pourquoi il ne pouvait absolument pas dormir dans sa chambre et/ou dans son lit et qui justifiaient qu'il envahisse le lit parental, de préférence blotti entre papa et maman.

Le phénomène n'étant pas isolé, ça peut servir à d'autres.


Les peurs nocturnes

- J'ai peur.
éventuellement répété en boucle, tel un leit-motiv, non-stop pendant plus d'une heure et entrecoupé de sanglots et de soupirs appuyés.
Et ses variantes:
- quand j'étais en Bretagne, le cousin (10 ans) m'a dit qu'il y avait des traces de pas dans l'escalier.
Le cousin voulait te faire peur, petit d'homme, c'était fait exprès. Toi pas comprendre ?
- y a des bruits bizarres dans la maison.
Oui, c'est la machine à laver la vaisselle en bas. Tu sais, la même machine à laver la vaisselle qu'il y a dans toutes les maisons où tu as dormi et qui ne t'a jamais apeuré auparavant.
- Y a un voleur qui va entrer par la fenêtre.
Ou par la porte d'en-bas, ou par le toit, on ne sait pas trop. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que c'est une maison de campagne et qu'il n'y a rien à y voler, même pas une télévision. Le voleur serait mieux avisé d'aller cambrioler chez les voisins. Je dis ça, je dis rien...
- L'ombre, on dirait un loup.
...ou un nuage menaçant, ou une sorcière ou une fée, c'est selon. L'ombre a la forme que tu veux bien lui donner petit d'homme... et si tu préfères, on éteint la lumière du couloir, comme ça, on est tranquille, y a plus d'ombre.
- J'ai peur du noir
Faudrait savoir !
- Je peux pas dormir tout seul.
Ca tombe bien, tu partages ta chambre avec ta soeur.


La soeur

- Elle bouge trop.
Effectivement, ta soeur se retourne de temps en temps en soupirant pendant que ton frère hurle.
- Elle fait du bruit en suçant son pouce.
Il est plus qu'étonnant que tu puisses constater de tels sucements, vu le niveau sonore de tes cris.
- Elle veut pas parler.
Non, à minuit, elle veut dormir.... et nous aussi !


La culpabilisation

- Tu m'aimes pas.
On l'attendait, celle-là. Je t'aime ET je te gronde. Ce n'est pas incompatible.
- Papa et toi, vous m'aimez pas.
Variante de la première, mais mettant le père dans la boucle => réponse : si, on t'aime. Mais on veut dormir !
- Ma soeur ne m'aime pas.
Si, elle t'aime. Mais elle veut dormir (aussi) !
- Fili ne vient jamais dormir avec moi.
Fili veut dormir là où (i) personne ne hurle et (ii) il se sent protégé. C'est un petit trouillard, ce toutou.


Les besoins naturels

- J'ai soif.
On apporte une bouteille d'eau. Dès fois que...
- J'aime pas cette eau, je veux une autre eau.
Mais oui bien sûr...
- J'veux pas attraper le verre d'eau posé par terre tout seul, j'veux qu'on me l'apporte.
Mais oui bien sûr (bis) !
- J'ai faiiiiiiiiim !
Tu as sommeil.
- Je veux faire pipi.
Ben vas-y, tu sais où c'est...


La maladie

- J'ai mal à la tête.
Tu m'étonnes, tu hurles depuis 2 heures non stop. Même moi, j'ai mal à la tête... et je ne fais que subir.
- J'ai mal au ventre.
Pareil. Même cause, mêmes effets.


L'engrenage

- Je veux pas faire les exercices de respiration.
Pourtant, se détendre en faisant la poupée de chiffon, crois-moi, ça calme. C'est ce que je fais depuis une heure. Et heureusement pour toi ! Sans cela, y a longtemps que je t'aurais jeté par la fenêtre.
- Je veux faire les exercices de respiration mais que si maman vient.
Mais bien sûr... et non !
- J'arrive pas à me détendre.
Arrête de pleurer, bois, respire, et ça viendra.
- Je ne peux pas me détendre si maman est pas là.
Si, tu peux !!!!
- Je veux pleurer mais j'arrive pas !
Ah donc, là, tu hurles mais tu ne pleures pas, c'est ça ?


La négociation

- Je veux un câlin et j'arrête.
tu parles, Charles ! Dix câlins et ça empire.
- J'ai pas pu profiter du câlin parce que je pleurais, j'en veux un autre.
Ah oui ? ben, non.
- J'ai un truc important à vous dire mais faut que vous veniez.
Attends, petit gars, on n'est pas né de la dernière pluie !
- Si tu t'allonges deux minutes, je serai calme.
Et si je me relève, tu re-hurles, c'est ça ?


Je suis sûre que j'en oublie. Ce n'est qu'un florilège. Tout cela pour vous rassurer : vos mômes sont comme les autres et comme le nôtre. Et on a beau les gronder, affirmer fermement que la place d'un enfant n'est pas dans le lit des parents, on se rend malade de les voir malheureux. On ne cède pas. Pour leur bien. Mais on voudrait que cette phase cesse vite vite et que l'enfant retrouve son sourire. D'autant que, dans la journée, ils sont adorables, de vrais petits anges.

On finit par tous s'endormir, chacun dans sa chambre. On sait qu'on a gagné une bataille mais que la guerre reste à venir... et on réalise qu'il ne reste que 4 ou 5 ans avant la pré-adolescence.

Arghhhhhhh !

dimanche 14 août 2011

La vie de château

Pendant longtemps j'ai cru que, pour passer de bonnes vacances, il fallait absolument qu'il fasse grand soleil, qu'il y ait la mer et/ou une piscine chauffée, qu'on me serve à table et que mon lit soit fait et bordé par miracle chaque soir au coucher.

Puis j'ai découvert la Bretagne (voir ici)... et à peu près au même moment découvert la campagne (voir ), deux découvertes que je dois à une autre découverte : l'amour du Doudou.

Depuis, j'ai revu mes aspirations à la baisse.

Comme dirait mon grand-père, on n'est pas en sucre... et il y a plein de belles aventures à vivre.

Oui, je dis aventure, comme dans un jeu de télé-réalité, parce que les éléments de langage de cette pseudo-culture m'ont imprégnés le clavier. Je dis également c'est que du bonheur et vous pouvez me maudire jusqu'à a quatrième génération syntaxique, rien n'y changera : je dois l'admettre, je suis nivelée (par le bas), même qu'il m'arrive de monter en haut, de descendre en bas et de pallier à des difficultés.

Comme je ne suis pas bégueule et que j'aime partager, voici quelques unes de nos jolies sorties en famille au cours des derniers jours (avec les liens vers les interfaces web des sites en question). Où vous allez découvrir qu'on peut s'amuser tout en se culturant... oups, en se cultivant. J'écris culturant si j'veux ! Cultiver devrait être réservé à la culture des tomates cerises. Pour faire Grand Genre (majuscules obligées !), on se culture, à moins que nous ne soyons victimes d'une acculturation collective, qui sait...

Pour commencer, à tout seigneur, tout honneur....



Le château de tous les châteaux :

Chambord




Le Poussin a été enchanté par la visite. La chambre du roi surtout l'a impressionné, avec la tiare, le sceptre et les armoiries royales. La Poussinette, en revanche, avait mal aux jambes, voulait s'asseoir sur les meubles d'exposition, quitte à franchir les cordons de sécurité. Heureusement, Peau d'Ane était là. Il a suffi d'expliquer que le prince du film, le sublimissime Jacques Perrin, vivait à Chambord pour que soudain tout prenne un aspect féérique. Merci Monsieur Demy !

Je cite Jacques Demy et Peau d'Ane non pas parce que je te pense, lecteur, incapable de lire un paragraphe entier sur la Renaissance, les escaliers en ogive ou les jardins royaux mais parce qu'il me semble que, pour intéresser les enfants à certains faits historiques, il est parfois utile de raccrocher l'Histoire aux histoires qu'ils connaissent, fussent-elles de jolis contes. En outre, Peau d'Ane est un film magnifique et Jacques Perrin l'homme que j'aurais voulu aimer si le Doudou n'en avait pas décidé autrement. La différence d'âge ne fait rien à l'affaire. Même homme mûr, Jacques Perrin reste Jacques Perrin.

Le double escalier a particulièrement amusé les enfants. Le fait qu'on puisse monter et descendre sans se croiser leur a donné des idées de jeux mystères et d'intrigues dont certains scénaristes pourraient bien s'inspirer. L'imagination de l'enfant est d'une fertilité déroutante pour le parents à l'esprit déjà ciselé par Alexandre Dumas et Agatha Christie.

Dès que le Poussin sera en âge de construire un récit sans faire une faute d'orthographe par mot, je suis certaine qu'il pourra écrire des nouvelles passionnantes. Il faudrait cependant pour cela que le formatage de l'école primaire puis la catastrophe des fiches de lecture au collège ne le détournent pas de cette passion pour les mots et les livres qui habitent ce jeune lecteur/écrivain.


Le château de famille reconverti en havre pour artistes :

Ratilly


Ratilly sous la pluie, c'est l'assurance d'avoir les pieds trempés en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. C'est que courir dans les douves asséchées mais néanmoins très humides est tentant pour une famille composée de deux enfants aventureux et d'un Fili joueur.

Le principal intérêt du château, outre les expositions d'oeuvres contemporaines et l'atelier de poterie, c'est le pigeonnier. Un pigeonnier qui a gardé son escalier tournant en bois d'origine, ce qui est parait-il très rare... tout cela parce que le maître des lieux s'était rallié aux révolutionnaires dès la première heure et que ceux-ci ne virent dès lors pas l'intérêt de brûler ce signe extérieur de richesse.




Bon, l'art contemporain, c'est bien ; il y a à prendre... et surtout à laisser. Je suis beaucoup plus fan des stages de musiques organisés et des concerts publics qui en résultent. Jean-Sébastien Bach ne décevra jamais.


Le château du Moyen-Age :

Druyes les belles fontaines


Ah le château fort !


Druyes, c'est plus que des ruines, c'est un vrai parcours éducatif pour les enfants (et leurs parents)... et même sous la pluie, c'est top !

Le Poussin a profité de ce qu'il lisait désormais drôlement bien pour nous servir de guide. On a pu imaginer ce à quoi le château ressemblait autrefois. Il était fier comme Artaban, mon fils, de tout lire et de comprendre ce qu'il lisait. Comprendre la fabrication du mortier, découvrir l'emplacement des parquets aujourd'hui disparus. C'est amusant d'apprendre !


Et monter tout en haut de la tour de garde, jusqu'à la terrasse, quel exploit ! Ils l'ont tous fait, Fili, le Doudou et les enfants. J'ai pour ma part décidé qu'il n'était plus de mon âge de monter tant de marches. Et non, je n'ai pas le vertige, j'ai juste un peu la tête qui tourne quand je m'élève à un mètre du sol, faut pas confondre.

Pendant la visite, nous avons découvert une carte de la région datant du XVIIIème siècle. Sur cette carte, on voit clairement dénommé le petit hameau où nous passons nos weekends. C'était surprenant et très émouvant de découvrir cette carte, alors que la plus ancienne maison de notre hameau doit dater de la fin du XIXème siècle.



Le château spectacle :

Saint-Fargeau

Saint-Fargeau, c'est le grand spectacle historique de la région.

Je suis une adapte absolue, même si je connais aussi les dessous de l'affaire, les figurants bénévoles, la marge qui doit être réalisée par les organisateurs, les 3500 spectateurs et l'absence absolue d'intimité. C'est du grand spectacle, une fresque historique qui commence avant le moyen-âge et se termine à la libération.




Mais c'est surtout un vrai régal pour les enfants. Le Poussin et la Poussinette n'ont pas cessé d'en parlé plusieurs mois après qu'on a vu le spectacle l'an dernier et cette année, ils nous tannaient pour y retourner.

C'est désormais chose faite. Nous y sommes allés hier soir. Et depuis ce matin, n'appelez plus la Poussinette par son prénom. Elle est Jeanne d'Arc. Parce que, tu comprends, c'est une fille et c'était la chef et les anglais, ils ont fait croire qu'elle était sorcière mais c'était pas vrai, tu sais, maman. Je dois me préparer à être la mère d'une apprentie chef de guerre qui n'aura pas peur de mourir sur le bûcher.




En revanche, évitez d'y aller avec des enfants trop petits. Le cousin des Poussins, 3 ans, a hurlé pendant une heure en enjoignant les belligérants de cesser leur guerre, avant que ses parents ne décident qu'ils n'avaient d'autre choix que d'abandonner le champ de bataille. Il est clair que la voix du narrateur représentant l'âme des anciens habitants du lieu n'est pas faite pour rassurer.


Enfin, sur Guédelon, château en devenir, je te renvoie à mon billet de l'an dernier, lecteur amnésique.

Et vive la vie de château !

jeudi 11 août 2011

Chronique d'un krach annoncé

Tandis que la France et une partie non laborieuse du reste du monde vit une torpeur alanguie, à la recherche d'un soleil paresseux qui a bien trop chanté au printemps, il est possible que le monde soit en train d'imploser.

Les rumeurs de krach boursier bruissent les réseaux sociaux et attaquent les unes des quotidiens.

A l'extrême gauche, à l'extrême droite, dans toutes les grandes démocraties, on se réjouit de la catastrophe à venir, à la fois espérée et (un peu quand même) redoutée, qui pourrait permettre l'avènement du Grand Soir. Les plus fervents capitalistes s'interrogent : le bateau tangue, comment le maintenir à flots, qui a le remède miracle ? Ce que les leaders du monde capitaliste aimeraient voir surgir à cet instant serait la preuve qu'il existe un complot international destiné à diriger l'humanité. Isn't it ironic, Alanis ? Ça leur simplifierait la vie s'il y avait quelque part un petit groupe d'hommes et de femmes capables, en un instant, d'infléchir le cour du monde... et du Dow Jones. Hélas, le navire semble sans capitaine, voguant au fil de l'eau et des rumeurs... A moins qu'il n'ait trop de skippers et pas assez d'équipiers, qui sait ?

Mon employeur et celui du Doudou ont le cours de bourse qui yoyotte et, à trop les regarder se balancer, on en a le mal de mer. On imagine les dirigeants des gros groupes cotés, revenus dans l'urgence de leurs vacances aoûtiennes, à New-York, Rio ou Bombay... Ils sont si seuls dans leur immense bureau d'angle ou dans leur minuscule cubicule d'open space (question de politique RH, la taille du bureau ne faisant rien à l'affaire). On les sent proches à la fois géographiquement et humainement de ceux qu'ils font vivre et cependant très loin de leurs préoccupations. On les observe, s'arrachant les cheveux discrètement. Il ne faudrait pas pour eux que leur impuissance, leur désoeuvrement, leur incapacité à prévoir l'avenir soit trop vite repérés par des juillétistes suspicieux, de retour de congés, reposés et alertes, qui savent dans un regard déceler la panique.

Je ne connais rien (ou presque) à l'économie boursière.

Je suis d'un naturel optimiste. Je ne crains pas la gabegie... mais... je suis également la plus grande control freak de l'univers. Si, si, c'est moi ! Je veux TOUT contrôler, tout anticiper. Et donc - dans la quasi impossible et à tout le moins improbable hypothèse où nous sombrerions dans un chaos digne d'un roman d'anticipation comme on en écrivait en pleine Guerre Froide - je ne pouvais rester les bras ballants à regarder ma fille sur sa balançoire monter, descendre, monter, descendre, monter, descendre, tel le cours de bourse des sociétés du CAC40.

J'ai donc tout prévu.

Si jamais le monde que nous connaissons s'écroulait, si le Krach annoncé devenait plus qu'une Arlésienne, je dois vous l'avouer, j'ai un plan B.

Un plan de campagne.

D'abord je profiterai de la fin du monde connu pour récolter les fruits d'un travail mérité et toucherai un petit pactole dans le cadre d'un plan de licenciement économique négocié au crépuscule des temps anciens. Ensuite, je vendrai mon appartement parisien à ceux qui, dans les temps secoués, sauront profiter de la misère humaine pour faire fortune. Je rembourserai alors le peu d'emprunt qui me restera sur la maison de campagne. J'achèterai enfin à un marchant ambulant de livres devenus anciens quelques manuels de bricolage...

Et s'ouvrira alors le premier jour de ma nouvelle vie : je filerai m'installer à demeure dans ma campagne.



Je suis une fille des villes. Une fille de la cité. Je vis derrière un ordinateur. Je ne conduis pas. Je ne suis pas manuelle pour deux sous. Je suis bordélique, j'ai tout dans la tête et rien par écrit. J'ai besoin de débats, de livres, de films. Il faut nourrir mon intellect, plus que mon ventre, qui a est déjà suffisamment rebondi comme ça.

Et pourtant, je crois que je pourrais m'acclimater à la vie des champs.

J'aime jardiner, j'aime cuisiner. Mais uniquement à la campagne, parce que la cuisine est grande et que la cuisinière est au gaz. J'ai moi-même repeint de mes petits mains, sur mon grand escabeau très très haut qui me donnait le vertige, la cuisine, une partie du salon et j'ai seule réhabilité une pièce extérieure pour en faire une salle de jeu pour les enfants. Je me sens chez moi loin de la ville. Un PC ou un Mac me suffisent désormais pour papoter avec des gens du dedans de l'ordinateur qui me sont devenus proches.

Il y a dix ans, si on m'avait dit que j'allais changer de vie, recommencer à zéro, repartir de rien, j'aurais paniqué. J'aurai hurlé de désespoir. J'aurais sans doute pleuré d'impuissance et vécu des heures d'insomnie terribles entre 3 et 6 heures du matin, à l'heure où la nuit se transforme en jour et les peurs en angoisses. J'aurais vomi mes tripes, physiquement comme à la veille des examens à l'université. J'aurais passé des heures allongée sur un divan à décortiquer les raisons de ce malaise auprès d'une dame payée pour cela qui aurait ponctué mes tentatives d'explications de hum hum rassurants.

Aujourd'hui, même si j'espère ne pas avoir à le faire, je crois que je serais capable de tout recommencer et ce, pour plusieurs raisons:

1. je ne serai pas seule. Quand on a une famille et qu'on avance ensemble, on peut tout accomplir. Réussir, jour après jour, à construire et maintenir une famille unie, élever des enfants, les aider à grandir, à devenir des petits hommes, c'est une tâche nettement plus ardue que de se réinventer une vie sociale et professionnelle. Si tu n'as pas décrypté à force de tendresse et de fermeté les angoisses nocturnes d'un enfant de 7 ans introverti et affolé, tu ne peux pas savoir ce dont tu es capable.

2. Je suis moins attachée au paraître qu'à vingt ans. A travailler chez moi, loin du triangle d'or parisien, il m'apparaît de plus en plus qu'il est plus important d'être quelqu'un en conformité avec soi-même, quitte à être vu comme un original asocial, que quelqu'un qui a réussi. Peut-être puis-je me permettre d'affirmer ainsi que la réussite sociale m'importe peu parce que j'ai n'ai plus rien à (me) prouver. J'ai eu et ai encore une belle carrière professionnelle. Je sais ce dont je suis capable dans ce domaine. J'ai eu les moyens de m'offrir de jolies chaussures à semelle rouge, chaussures que je n'ai jamais mises parce que les talons hauts, même à semelle rouge, ça te nique le dos en moins de temps qu'il n'en faut pour faire dix mètres ! Cela serait sans doute différent si j'avais 15 ans de moins et que je n'avais pas eu le même parcours. Aujourd'hui, même si tout s'arrêtait, je pourrais toujours avoir un regard ému sur le passé et me dire ben oui, ça je l'ai fait, c'était un sacré truc, nan ?! avec un sourire de satisfaction.

3. Je suis capable de m'occuper de moi. J'ai longtemps cru que ce n'était pas le cas, qu'il me fallait quelqu'un pour gérer les aspects matériels de ma vie. Je sais désormais que je peux le faire moi-même. Je ne suis pas qu'un pur intellect. Avoir et entretenir une maison de campagne m'a aidé à le réaliser. C'est MA maison. J'en prends soin. Mais ce sont surtout les enfants qui m'ont aidé à avancer. Si je suis capable de m'occuper d'eux, je dois pouvoir prendre soin de moi. C'est quand même plus facile de se connaître soi-même que de deviner ce qui se passe dans la tête d'un Poussin de 7 ans ou d'une Poussinette de 5 ans.

Tout cela pour dire que, la bourse peut bien s'effondrer, l'Angleterre s'embraser, la Chine s'éveiller, peu importe, puisque le Doudou m'aime... et que je suis dans ma campagne. Il m'en faut peu pour être heureuse : le Doudou, les enfants, Fili, le potager et une connexion wifi.

Rien ne peut donc m'atteindre !

lundi 8 août 2011

Quelques idées reçues sur la Bretagne

Tu l'auras compris, lecteur perspicace, parce que tu as lu ce billet, je suis en Bretagne.

Et il est temps pour moi de tordre le cou à quelques idées reçues sur cette région. Je prends un risque. Je n'ai à ma connaissance aucune goutte de sang breton coulant dans mes veines. Je n'ai donc aucune légitimité à évoquer la Bretagne ni ici, ni ailleurs. En plus, les copains bretons sont susceptibles. Si, toi, là, tu es susceptible. Et toi aussi. Toi, toi, toi et toi aussi. Ah mais ! Et ne t'avise pas de nier, il n'est pas plus soupe-au-lait qu'une parisienne cosmopolite : je ne tolérerai aucune contradiction !

Même les bretons d'adoption se prennent pour des bretons, c'est dire. Pourtant, mes beaux-parents, qui y vivent toute l'année, ont tout un tas d'anecdotes croustillantes sur le fait qu'établir sa résidence principale dans le Finistère ne cesse pas de faire de toi un parisien. Parisien un jour, parisien toujours. Cela dit, à cet égard, le Breton n'est pas un cas isolé. Interroge un parisien établi dans le Lubéron depuis 20 ans, tu constateras qu'il reste un estranger !

  • Idée reçue numéro un : en Bretagne, il pleut.
La Bretagne, c'est comme l'Irlande, il pleut. D'ailleurs les Irlandais de ma connaissance adorent passer leur vacances en Bretagne. Si c'est pas un signe, ça !

Si tu n'aimes pas la pluie, passe ton chemin.


En même temps, quand il pleut, ce qui est bien c'est qu'il n'y a personne sur la plage.

Personne pour t'emmerder en secouant sa serviette à deux mètres de tes petites yeux fragiles, personne pour reluquer ta cellulite, femme sensible, et le petit bourrelet qui dépasse du maillot si seyant chez toi, homme moderne et casanier, personne pour écouter sur son lecteur MP3 - beaucoup trop fort - une reprise insipide d'un tube de ta jeunesse...

Le mauvais temps vide la plage des importuns. On y est tranquille.

Et puis parfois, entre deux pluies, c'est le beau temps.

Et le beau temps en Bretagne, on le savoure deux fois plus qu'ailleurs.



  • Idée reçue numéro 2 : en Bretagne, la mer est froide
D'abord, ce n'est pas la mer, c'est l'Océan.

Et l'Océan, même à Agadir, il n'est pas chaud. Donc, c'est pas la faute de la Bretagne, c'est celle de l'Océan, du Gulf Stream et de la tectonique des plaques.

Se plaindre de la température de l'eau est aussi vain que de tenter d'expliquer pourquoi Stéphanie de Monaco s'entête à porter des mini-jupes. L'eau est froide. C'est une donnée immuable. Si tu es comme moi, si tu as passé les vingt premiers été de ta vie à patauger des les eaux clémentes du Languedoc-Roussillon, mettre un orteil dans l'Océan sera mission impossible. A moins que...


(roulement de tambour, appel au peuple, annonce publique)

Oyez, oyez, braves lecteurs, voici venu le temps de vous confier le secret de la baignade en eaux bretonnes, le voici, le voilà, le remède miracle : la combinaison.

De quoi supporter l'eau froide.

Enfin, pour les enfants, le Doudou, la famille du Doudou.

Pour ma part, je continue d'observer l'océan à une distance raisonnable d'une dizaine de mètres (oui, la marée monte vite, vaut mieux anticiper...), afin d'être bien certaine qu'aucune gouttelette d'eau ne m'atteindra. Hors de question de me chopper une pneumonie en plein mois d'août.

  • Idée reçue numéro 3 : en Bretagne, il y a des bateaux
Ben oui, il y a des bateaux. C'est une presqu'île entourée d'eau.

Encore heureux qu'il y ait des bateaux !


Mais il n'y a pas que des bateaux, il y a aussi plein de promenades à faire et des rochers à escalader. Même pour le Poussin qui, après près deux 200 heures de cours de natation (j'exagère à peine), n'est pas encore totalement au point au niveau flottabilité, lequel signifie en langage commun qu'il ne sais pas encore nager, il y a plein de choses à faire en Bretagne.

A commencer par faire tourner en bourrique ses parents fraichement rendus, après 2 semaines choyé par les grands-parents. D'ailleurs, si quelqu'un a le mode d'emploi de l'enfant de 7 ans, je le remercie de m'indiquer l'endroit où se trouve la fonction ré-initialisation. J'ai tenté de diagnostiquer le bug et de le réparer mais, vraisemblablement, il convient de revenir à la matrice. Les fondamentaux, y a que ça de vrai.



  • Idée reçue numéro 4 : En Bretagne on boit du Cidre et on mange des crêpes.
C'est exact. Du cidre et des crêpes.


Mais pas que.

On a aussi l'option jus de pomme, digestif de pomme, tarte aux pommes.

Et on se fait des plâtrées de moules et de bulots qu'on va chercher le matin au Vivier. On va même, à marée basse, pêcher des palourdes et ramasser des crabes... Ça fait bizarre de voir Grand-Mère les jeter dans l'eau bouillante mais les observer crever à gros bouillons est une expérience vivifiante, qui n'a pas empêcher l'un et l'autre des Poussins de goûter et d'en redemander. Comme quoi, Star Wars a au moins un effet positif : l'enfant de 5 à 7 ans n'est nullement impressionné par un petite bête qui agonise dans la cuisine.

Il parait même qu'en Bretagne, il y aurait des cochons et des sangliers. C'est ce que j'ai lu dans la presse. Je n'en ai pas rencontré personnellement. En revanche, je peux témoigner de la présence d'algues vertes... et non, je ne mettrais pas de photo de ces trucs gluants, quasi phosphorescents et particulièrement agaçants quand on joue sur la plage.

  • Idée reçue numéro 5 : en Bretagne, il y a les grands-parents
Et oui !

Y a plein de vieux en Bretagne. Beaucoup plus qu'ailleurs. C'est pas moi qui le dit, c'est l'Insee.

Par vieux, j'entends personne de plus de 60 ans. Et je remercie mon papa et mon beau-papa, lecteurs assidus de ce blog, de ne pas crier à la discrimination ou à l'insulte. Je ne dis pas que, eux, sont vieux. L'âge, c'est dans la tête, on le sait bien. Je dis juste que y a des vieux en Bretagne. Pas des vieux comme eux. Mais des gens aussi âgés qu'eux, lesquels gens, eux, sont vieux.
(je rame).

Et les grands parents, en Bretagne ou ailleurs, c'est chouette.

Ça enseigne plein de trucs que les parents ne savent pas, ça joue, ça rigole, ça laisse faire des trucs rigolos. Ça ne s'énerve pas. Ça ne crie pas. C'est beaucoup beaucoup beaucoup plus sympa que papa et maman.

Alors, vive la Bretagne chez Grand-Père et Grand-Mère !




samedi 6 août 2011

Le petit routier

Je ne sais pas si tu es comme moi, lecteur voyageur, mais les aires d'autoroute pour les pauses, au final, ça lasse.

Toujours le même Courtepaille, la même Pomme de Pain... C'est formaté, aseptisé. Ça sent le détergeant et/ou la pisse... Ça te sert un café sans goût avec un sourire forcé rendu obligatoire par une clause d'un contrat de travail, lequel contrat de travail prévoit également que le salarié souriant doit porter un uniforme criard et peu seyant. C'est agencé à la perfection, chaque espace est optimisé pour que toi, voyageur de passage, tu sois tenter de consommer, d'acheter, de dépenser la maigre cagnotte que la crise financière (celle dont on disait qu'elle était terminée en oubliant que dans W il y a non pas un mais deux V...) t'a laissée.

Du coup, les aires d'autoroute, on s'y arrête, bien sûr... mais le moins possible. C'est qu'on n'a pas le choix. D'abord, Fili a des besoins irrépressibles qu'il est préférable d'assouvir hors du véhicule. Ensuite, notre automobile a également des exigences coûteuses en carburant ! Les enfants ont besoin de courir, les parents de se dégourdir les jambes. Et s'il nous fallait une dernière excuse, la pause toutes les deux heures est recommandée, façon marteau piqueur, sur
les ondes radiophoniques.

Cela dit, quand on peut éviter les aires d'autoroute, on évite.

Et c'est ainsi que nous avons découvert il y a quelques années, sur la route de Bretagne, un Routier très sympathique, juste à la sortie de Rennes, lequel Routier nous sert depuis de halte régulière.

Les frites sont bonnes, la viande grillée à point, les sourires naturels et le zinc est d'origine.



C'est un restaurant comme on n'en fait plus. Il n'a même pas de page web, tu te rends compte ?! La décoration est désuète, fleurs en plastique, photos dédicacées encadrées offertes par d'illustres visiteurs (Jean-Pierre Mocky, la troupe de la Star Ac number 1). Le service est adorable. C'est spontanément qu'on vous propose une gamelle d'eau pour le chien. On ne pousse pas la consommation. Tu demandes de l'eau plate, on t'apporte une carafe sans même te proposer au préalable Evian ou Vittel?. Le café a un goût de percolateur et le pain vient de chez le boulanger... La clientèle est un mélange d'habitués du coin, de routiers et de vacanciers en transit.

Je te laisse comparer cette ambiance, lecteur averti, avec celle de l'aire d'autoroute sur laquelle tu as avalé un sandwich au jambon (mais était-ce du jambon ?) en remontant de Sainte-Maxime.

Pour toutes ces raisons, et quelques autres, à chaque fois que nous y sommes passés jusqu'à hier, c'était plein.

Mais hier... patatras !



Quand nous sommes arrivés, vers 20:45, c'était presque vide... il n'y avait que deux clients.

D'ailleurs, on a failli ne pas trouver.

Avant, c'était simple. Il y avait une bretelle d'accès émanant directement de la Nationale, laquelle Nationale n'est pas une véritable Nationale m'a-t-on expliqué. C'est une voie rapide, une quatre voies. Si tu dis Nationale en Bretagne, t'es un has-been, un paria. Bref, t'es pas breton. Dont acte. Donc, avant, tu sortais de la quatre-voies et tu étais sur l'aire de repos, juste devant le restaurant. Une grande aire de repos où plusieurs gros camions passaient la nuit, tranquilles. Tu débarquais dans une version française de Radiator Springs, un petit paradis perdu, hors du temps...

Maintenant, quand tu sors de la Nati... oups! de la voie rapide, tu te retrouves en pleine campagne. La route d'accès à l'aire de repos a été barrée et il faut contourner le hameau et manquer deux fois de se prendre le trottoir et/ou un mur avant d'atteindre ton but. Autant dire que les camions ne peuvent plus passer. Quant à ceux qui ne connaissent pas l'endroit et qui le voient de la route, ils risquent de se perdre dix fois avant d'arriver. D'ailleurs, vu qu'ils passent devant un autre restaurant, il est fort probable qu'ils décident de faire au plus simple et de ne pas poursuivre au delà.

Autant dire que l'atmosphère était morose à notre arrivée.

Nous en avons discuté avec le patron qui n'avait hélas pas grand chose d'autre à faire... Il nous a expliqué les démarches juridiques qu'il entreprenait afin de faire rouvrir la voie d'accès directe. Cela nos a semblé sensé et frappé au coin du bon sens. Nous avons donc accepté de témoigner de notre expérience. Une attestation portant nos noms, prénoms et professions se retrouvera bientôt dans un dossier soumis à la juridiction compétente, comme on dit dans le jargon (et non, je ne sais pas de quelle juridiction il s'agit, sinon j'aurais fait ma savante).

Sur le fond, je m'étonne que ceux qui ont pris la décision, sur la base d'une consultation publique datant de plus de vingt ans, n'aient pas une minute songé aux répercutions de cette décision sur un commerce familial qui fleurait bon l'indépendance. On ne peut pas à la fois critiquer la standardisation de l'offre et la fast-foodisation de la Société et, en même temps, par une décision administrative inadaptée, risquer de voir une petite entreprise singulière dépérir.

Faudra un jour qu'on m'explique...