- Mais qu'est-ce que tu vas raconter sur moi ? Je suis inquiet, tu sais !
Tu vas faire "mon père avec sa guitare", c'est ça ?
Tu vas faire "mon père avec sa guitare", c'est ça ?
Bingo !
Parce que mon papa, quand j'étais enfant, c'était d'abord un papa chanteur.
Il avait toujours une guitare sur les genoux, il écrivait des chansons, il les reproduisait sur un petit cahier à spirales, en mettant les accords au dessus des mots. Il y avait des photographies de lui avec la guitare prises partout où il avait voyagé, jeune homme, soigneusement rangés, avec des coins en métal pour les placer, dans un album à couverture en cuir. Ces photos dataient d'avant ma mère. D'avant moi.
La guitare, c'était comme une excroissance de lui-même...
Je savais sans vraiment bien le comprendre qu'il avait un autre métier, que les chansons étaient un passe-temps, un peu comme ce blog pour moi.
Nous sommes des artistes du dimanche dans la famille. Pas les couilles de franchir le pas et de laisser tomber un boulot bien rémunéré pour vivre d'un art qui ne paye pas ! Entre bohème et sécurité de l'avenir, nous avons choisi, un peu par lâcheté, beaucoup par défaut, de nous laisser porter par la facilité. Et la facilité, c'est de ne pas sortir des sentiers battus.
Dont acte.
Je connais encore les paroles et l'air de bien des chansons de mon papa. Je pourrais vous les chanter si mon papa, devenu mon père, n'était pas aussi parano et n'avait pas aussi peur qu'on ne les lui vole.
Elles sont extra, les chansons de mon papa !
Dans la lignée des chanteurs à texte de la fin des années 1950.
S'il n'y avait pas eu la Guerre d'Algérie, il serait peut-être devenu chanteur-lifté-avec-encore-de-la-voix aujourd'hui, mon papa. C'est qu'il avait une maison de disques juste avant d'être appelé sous les drapeaux. Seulement, voilà, il n'en avait plus après, quand il est revenu. Les chanteurs à texte, plus personne n'en voulait. Les yéyés étaient passés par là. Pendant longtemps, on a eu un 33 tours des chansons de mon papa à la maison, au milieu des autres disques, ceux de Barbara, de Brel, de Brassens. Un disque démo édité par la maison de disques. Et puis ce microsillon a disparu. Volé par un artisan de passage ? par le réparateur de la télé (oui, quand j'étais enfant il y avait des réparateurs de télé) ? égaré ? Nul ne sait.
Mon papa reste le plus beau des chanteurs pour moi. Et maintenant qu'il vieillit, mon père, j'aimerais qu'on mette ses chansons sur un support numérique. Pour que mes enfants en profitent aussi. Et les vôtres. Parce qu'elles valent le coup, ces chansons. Elles sont drôles, elles sont sensibles. Elles n'ont pas (toutes) vieilli.
Toi, peut-être que la chanson qui a bercé ton enfance commençait par
une chanson douce que me chantait ma maman...
mais moi, la chanson de mon enfance elle commence par
le long de la rivière,
il traîne sa carcasse,
sa flemme et sur sa crasse,
une guitare en bandoulière...*
Et ça, vois-tu, lecteur, c'est inestimable.
*je rassure ici mon père, cette publication en ligne permet de donner une antériorité à l'oeuvre