dimanche 30 octobre 2011

Une belle histoire

L'autre soir, je dînais avec de vieilles amies, notre dîner de filles mensuel, où l'on fait le point sur nos vies, nos boulots, nos amours, nos envies, nos emmerdes.

Dans ce genre de dîner, à nos âges, il y a la copine qui a divorcé et est ravie, celle qui a divorcé et qui pleure, celle qui est en plein divorce, celle qui attend son quatrième enfant, celle qui se demande s'il faut qu'elle travaille moins, celle dont les enfants sont insupportables, celle dont le mari est insupportable, celle qui vient de se faire virer, celle qui commence un nouveau job, celle qui n'a rien à raconter parce que tout va bien et que quand même, c'est chiant de n'avoir rien à dire.

Il y a aussi la copine "tout sourire au travail, tout pourri en amour", celle qui depuis quinze ans va de back-streets en jachères, alors qu'elle a la taille mannequin, qu'elle est belle comme un coeur, intelligente et drôle. On s'est habitué à entendre parler de ses promotions, de ses voyages d'affaires, des mecs sur lesquels elle fantasme et qui sont soit inaccessibles soit mariés. Et voilà que cette fille nous annonce qu'elle a quelque chose à raconter... et que ce n'est pas pro. On parle de la fille qui n'a jamais rien à raconter sur sa vie privée et qui sait avec dérision vous expliquer qu'à 40 ans passés, elle finira vieille fille à chat. Et ben là, ben là, elle a le sourire banane et veut la parole.

Autant te dire que le silence se fait. On entendrait une mouche voler... sauf qu'on est dans un restaurant branchouille et que le bzzzz de la mouche est couvert par le poumpapoum de la dernière chanteuse à la mode.

Que je te raconte l'histoire de ma copine.
Appelons là Giulia, c'est joli Giulia et puis ça fait princesse Farnese.
Oui, princesse Farnese.
Tu croyais quoi lecteur ?

Il y a trois semaines, Giulia assiste à un pensum, une remise de décoration, avec des petits fours, un discours, plein de petits vieux, des collègues, d'anciens collègues, des copains et la famille du décoré. Giulia n'y connaît personne (sauf le décoré), ne parle à personne (sauf au décoré) et s'en va dix minutes après les discours et l'épinglage de la décoration parce que, quand on ne connaît personne, le pensum est pénible. Les invités sont en grappe. Par affinités et connaissances. Et au bout d'un moment, se tenir debout sur des talons de douze, sans appartenir à aucune grappe, une coupette dans une main, un petit sac dans l'autre, c'est moyennement confortable.

Giulia oublie cette soirée.

Deux semaines plus tard, sortie hagarde d'un après-midi chez le dentiste, le genre d'après-midi aussi pénible que tu peux l'imaginer toi qui a déjà passé deux heures d'affilée à faire aaaaaaah la tête en arrière, la bouche ouverte et les jambes relevées, Giulia consulte ses emails. Perdu au milieu de dix relances professionnelles, un email sortant de l'ordinaire émanant d'un parfait inconnu. Je te rapporte cet email, lecteur, tel qu'il m'a été résumé : Je vous ai repérée à la soirée de remise de décoration de Bidule, j'étais juste derrière vous, depuis je vous cherche, j'ai très envie de vous revoir. C'était sans doute beaucoup mieux écrit mais je n'ai pas la source, moi, je m'en réfère à ce que Giulia nous a raconté.

Deux heures après la réception de ce message, des fleurs sont livrées à Giulia sur son lieu de travail. Par n'importe quelles fleurs. Les fleurs que toute fille, toute femme aimerait recevoir, un jour. Je te laisse deviner qui a envoyé les fleurs...

A partir de maintenant, je m'adresse à la lectrice qui sommeille en toi, lecteur macho. Retrouve la midinette que tu refoules depuis tes quatre ans. Sinon tu ne comprendras les subtilités des prochains paragraphes. En effet, on arrive moment où Giulia passe en phase : mais qui c'est ce type ? je le rappelle ou pas ?

D'abord il y a le décoré qui pourrait fournir des infos. Sauf que le décoré n'est pas en France, le con. Il ne peut rien dire. Y a pas idée de disparaître de la surface des internets mondiaux alors que tu viens de filer les coordonnées d'une nana à un gars ! Giulia ne sait même pas quel est le degré d'intimité entre le décoré et l'inconnu aux fleurs. Reste les réseaux sociaux. LinkedIn, c'est bien... mais c'est pro. La photo du profil LinkedIn est sympa mais ce n'est que ça, une photo. Tu connais quelqu'un, lectrice, qui ressemble à son profil LinkedIn ?!

Pendant 3 jours, Giulia se demande si elle doit composer le 06 indiqué dans l'email. Bon, oui, d'accord, elle doit. Ne serait-ce que pour remercier. Remercier oui, mais après ? Accepter ou pas l'invitation à prendre un verre ? Et si on accepte, ça veut dire quoi ? Allez, d'accord, ça n'engage à rien. Oui, mais quand même, le gars est explicite. Accepter le verre, ça veut sûrement dire quelque chose. Et puis si on téléphone, on emploie quels mots ? Comment on fait pour ne pas bafouiller ? On va être ridicule, c'est certain. En même temps, ne pas appeler, c'est peut-être louper l'homme de sa vie. Nan mais arrête, l'homme de sa vie, un gars qu'on n'a jamais vu ?! Quand bien même ! Ne serait-ce que pour un dîner sympa, ça vaut le coup d'appeler non ? Oui, mais un dîner, c'est déjà beaucoup. Et si le mec est con ? et s'il est marié ? et si... si ... si ...

Finalement, Giulia ne téléphone pas. Elle envoie un email. Elle dit merci et d'accord pour un verre. En mieux, hein, je n'ai pas eu connaissance de l'email tel qu'envoyé. On se demande comment on faisait avant l'email pour communiquer sans communiquer et garder la face en toutes circonstances.

Je te passe la suite, lecteur, c'est de l'ordre de l'intimité de Giulia. Sache cependant que le Monsieur est beau. Oui, beau, j'ai vu une photo sur le smartphone de Giulia et je suis experte es bogos'. Il est riche (du genre à avoir un graaaand appartement avec vue sur le Champ de Mars), avec un beau métier qui le fait bien sur une carte de visite. En plus, il est un quadra responsable, genre papa à mi-temps une semaine sur deux, attentionné, gentil et prévenant.

Tu te demandes sans doute, lecteur, pourquoi je te raconte cette histoire d'amour balbutiante qui finira peut-être dans le sang et les pleurs. Tout simplement parce qu'elle me semble représentative d'un certain état d'esprit. Il faut savoir saisir les opportunités qui se présentent à nous... et ne surtout pas croire que, parce qu'on traverse une mauvaise passe, serait-ce une mauvaise passe... de dix ans, rien ne changera et qu'il faut s'en contenter. Il peut y avoir, au moment où l'on s'y attend le moins, une opportunité d'être heureux. Cela vaut pour l'amour comme pour le travail, l'amitié, les sous, les enfants. Ne jamais perdre l'espoir. Savoir dire oui et se laisser aller quand le bonheur frappe à la porte. Ça durera un jour, un mois, un an ou plus, le bonheur du moment... et ce sera déjà cela de pris !

Je te laisse, lecteur, à ces considérations. Je m'en vais profiter de mon bonheur à moi : un Doudou, deux poussins, un chien.



Crédit photo : wikipedia, fiche Giulia Farnese

mercredi 26 octobre 2011

Quelques réflexions sur l'affaire Cora

Tu le sais, lecteur, le droit, c'est mon truc à moi de ma vie du dehors.

Je t'avais déjà expliqué les règles relatives à la procédure de licenciement , quand le directeur juridique de Renault avait décidé de s'en affranchir mais je crois qu'il est bon d'y revenir... juste pour que tu comprennes bien. D'ailleurs tu vas me faire le plaisir de relire ce premier billet, parce qu'il faut d'abord bien assimiler les fondamentaux.

Ça y est ? c'est relu ?

Attardons nous désormais quelques instants sur l'affaire Cora.

Personnage principal : une caissière de Cora, accessoirement déléguée syndicale CGT (ça a son importance dans la procédure, nous y reviendrons), qui parce qu'elle a besoin de sous, utilise - pour ses besoins personnels - une réduction de un euro porté sur un ticket de caisse abandonné par un client. L'employeur s'en aperçoit et porte plainte.

En parallèle, l'employeur convoque la salariée à un entretien préalable à son éventuel licenciement pour faute grave, entretien devant se tenir le 7 novembre prochain.

La caissière, son syndicat ou ses proches alertent la presse et bien vite, sur les réseaux sociaux, on lit que Cora s'apprête à licencier la caissière pour avoir utilisé ce bon de réduction. Tollé général. Bronca ! Cora devient en une journée grand méchant employeur (alors que PSA et ses sous-traitants s'apprêtent à supprimer jusqu'à 6800 postes en Europe dans l'indifférence générale). On s'attaque à une faible caissière qui n'a pas assez pour vivre, etc. Le sujet fait la une de des clics et des claques, émission de radio sur les réseaux sociaux d'Europe1. Cela devient une actualité.

Cora annonce alors qu'il renonce à la procédure de licenciement engagée.

NB. Pour plus de détails, tu peux te référer à cet article-là qui est le plus complet que le Doudou a trouvé sur le sujet.


Avant de jeter Cora au feu et de sanctifier la caissière ou vice-versa, revenons à l'information brute.


1. La plainte

Je ne peux pas commenter ce point. Il semble que le procureur ait fait un rappel à loi, ce qui tend à démontrer que, pour le procureur, il y avait peut-être une infraction. D'autres, sur twitter, ont indiqué qu'il n'y avait pas d'infraction pénale. Je n'en sais rien. Et je m'en fiche un peu. Au final, la dame ne sera pas inquiétée sur ce plan là.


2. La procédure de licenciement

La caissière a été convoquée à entretien préalable en vue d'un éventuel licenciement pour faute grave. Cet entretien devait se tenir le 7 novembre.


- Que peut dire Cora à la Presse avant l'entretien ?

Tu te rappelleras, lecteur, que l'employeur qui fait bien son travail (pas comme le Monsieur de Renault) ne doit pas prendre de décision avant d'avoir entendu le salarié au cours de l'entretien. En outre, il doit réserver au salarié la primeur de la discussion, parce que le salarié a le droit de s'expliquer, de contester lors de l'entretien... et qu'il est possible que les faits ne soient pas tels que l'employeur les pensaient au début ou bien qu'il y ait des explications plausibles.

En outre, ce qui va être exposé à la salariée lors de l'entretien la concerne, elle. On parle de raisons qui peuvent peut-être justifier un licenciement pour faute. C'est donc une donnée personnelle sensible. Imagine, lecteur, que ton employeur raconte ton intimité à tout le monde, que ça t'empêche ensuite de retrouver du travail. Un peu fort de café, non ! Tu pourrais légitiment lui en vouloir et tu aurais des moyens juridiques pour faire reconnaître que ce n'était pas bien de tout balancer comme ça.

Voilà deux bonnes raisons qui expliquent pourquoi Cora ne peut pas s'épandre dans la presse sur le fond du litige. Ben quand même, hein, ça les chagrine, les journalistes qu'on refuse de leur répondre. Ils considèrent que c'est de la mauvaise foi de la part de Cora.


- Que sait-on du(des) motif(s) du licenciement envisagé ?

Ben on en sait rien en fait. La convocation à entretien préalable ne liste pas les motifs. Le droit français (à la différence du droit anglais notamment) prévoit que c'est au moment de l'entretien qu'on discute des motifs, le salarié n'en a pas connaissance avant.

On peut supposer que ça a notamment un lien avec l'utilisation de la facturette par la caissière. Les deux faits (utilisation de la facturette et convocation) sont en effet très proches. Le notamment est d'importance. Il est en effet possible qu'il y ait d'autres faits, qu'on ne connaît pas, qui auraient été reprochés à la salariée. En fait, on n'en sait rien de rien de rien. On ne peut que supputer. La salariée a d'ailleurs dit à la radio ce soir que la direction de son magasin ne lui avait pas parlé. Elle n'a donc aucune certitude quant au motif.

Si l'on imagine que l'usage de la facturette par la caissière soit effectivement le seul motif du licenciement envisagé, que la facturette ait bien été oubliée par un client, en l'absence de tout autre fait ou d'autres fautes commises dans le passé, et quand bien même cet usage serait prohibé par le règlement intérieur du magasin, il est peu probable que ce soit considéré par un motif valable de licenciement.

Mais voilà, pour dire cela (pour dire ce n'est pas un motif valable de licenciement), je pars d'un certain nombre d'hypothèses dont je n'ai pas confirmation :
- acte isolé
- oubli de la facturette par un client
- absence de passif
- absence d'autres motifs de licenciement à étudier en même temps que celui-là
- existence d'un règlement intérieur interdisant l'usage des facturettes par les salariés

Bref, j'extrapole sur des faits que je ne connais pas.

Car je ne sais rien.


3. L'employeur aurait-il licencié la caissière ?

Rien n'est moins sûr.

D'abord, après l'entretien préalable, l'employeur aurait pu décider de ne pas licencier la caissière et lui imposer une autre sanction (avertissement, blâme...). J'admets que c'est peu probable. On convoque rarement un salarié à entretien préalable pour faute grave un salarié qu'on n'entend pas licencier.

Mais l'employeur n'est pas maître chez lui pour licencier cette caissière.

Car la dame est protégée : elle est déléguée syndicale.

Et, vois-tu, lecteur, le délégué syndical ne peut être licencié que si l'employeur obtient de l'inspecteur du travail l'autorisation de procéder à ce licenciement. Sinon, ce n'est pas possible. Le délégué syndical reste en poste. Et si l'employeur passe outre et le fiche à la porte quand même, le délégué syndical peut passer par la fenêtre : il demande sa réintégration...avec le paiement de son salaire pendant toute la période où il était dehors.

Je te pose la question à toi, lecteur sensé :

Si Cora demande à l'inspecteur d'autoriser un licenciement d'une dame qui a utilisé une facturette pour faire une économie de 1 euro, que crois-tu qu'il dira, l'inspecteur (QCM, plusieurs réponses possibles):
  1. mais oui bien sûr, allez-y...
  2. ca va pas la tête !
  3. tu cherches un prétexte pour virer un délégué CGT, tu sais combien ça va chercher ?
  4. tu sais quelle est la mission de l'inspection du travail, tu le sais, hein ?
Je te donne un indice : si moi je ne pense pas que ça puisse être un motif valable (voir plus haut), y-a-t-il le moindre risque que l'inspection du travail puisse ne pas penser comme moi ?

Donc, il est possible et probable, si les faits se sont déroulés comme les journaux le rapportent et si le seul motif de licenciement est bien l'usage d'une facturette (que de si !), que l'inspecteur aurait refusé le licenciement et que la salariée n'aurait pas été licenciée.


Donc, voilà ce que nous savons aujourd'hui. Et pourtant, les journaux ont titré que la caissière allait être licenciée par Cora juste pour une réduction de un euro sur une facturette. Deux affirmations (le licenciement / pour une facturette) non vérifiées. Et on a défendu la dame à force de twitts et de commentaires sur facebook.

Je ne sais pas ce qui s'est passé. Peut-être la direction du magasin Cora était stupide au point d'avoir effectivement lancé une procédure de licenciement pour ce seul motif, peut-être que l'inspecteur du travail aurait considéré cela comme une faute telle qu'il fallait sur le champ virer la caissière, c'est possible. Mais ce n'est pas certain.

J'aurais aimé que cette procédure aille à son terme, qu'on sache enfin ce qui était reproché à la caissière.

La cellule de crise de Cora en a décidé autrement.

lundi 24 octobre 2011

Les vieux amis

Lecteur de moins de 30 ans, peut-être ne saisiras-tu pas les subtilités de ce billet. C'est un billet pour vieux. Un billet pour nostalgique d'un passé révolu, pour nostalgiques optimistes résolument tournés vers l'avenir. Un billet de quadra, de quinqua, de sexa (ça fait bizarre, sexa, non ?), de septa. Un billet de vieux... ou de presque vieux. Parce que c'est un billet sur...

Les vieux amis !

On en a tous des amis comme ça. On, c'est nous, les vieux ! Pas toi, qui vient de vivre ta remise des diplômes et te souviens encore de tous les élèves de ton Master 2.

Prise dans le tourbillon de nouvelles et très agréables rencontres, dans le partage avec des nouveaux venus, qui vivent dans le même monde (virtuel) que moi, je me surprends parfois à me disperser, à vouloir être partout à la fois, papillon volage d'amitiés éphémères.

Pourtant, ils sont là également, les vieux amis. Ces amis de vingt ans, de quinze ans, ces amis qui m'ont connue avant le Doudou, avant que je ne sois celle que je suis devenue, ces amis qui peuvent aujourd'hui dire que je n'ai pas changé, que je me couche toujours avec les poules et que pourtant je suis tellement différente de celle que j'étais, plus sûre de moi, mieux dans mon corps de grande gigue au ventre rond.

Mes vieux amis sont ceux que j'appelle à la rescousse quand on veut me blesser, auxquels je demande de me défendre, au sens propre comme au figuré, si je suis attaquée. Mes vieux amis, ce sont ceux auxquels je confierais mes enfants s'il m'arrivait malheur. Ce sont de ces gens qu'on peut ne pas voir pendant un an et reprendre, un an plus tard, une conversation laissée en suspens après un dîner un peu arrosé. Avec mes vieux amis, on a fait carrière en parallèle, se félicitant de la promotion de l'un, du partnership de l'autre. Aujourd'hui, mes vieux amis se posent les mêmes questions que moi, font les mêmes choix de vie, certains plus radicalement que d'autres.

Mes vieux amis sont très occupés. Ils n'envoient plus de carte postale et communiquent par email. Ils n'ont plus le temps ni l'envie de téléphoner, loin des conversations interminables de nos vingt ans. Mes vieux amis ne vont plus à l'opéra, n'ont plus le temps d'aller au cinéma... et se souviennent à peine de la dernière pièce de théâtre qu'ils ont vue. Mes vieux amis ont des parents âgés, dont ils prennent soin... sauf ceux dont les parents sont encore assez jeunes pour s'occuper de leurs petits-enfants. Pourtant mes vieux amis sont les premiers à se rendre disponibles pour se retrouver. Il faut juste s'organiser.

Mes vieux amis ont parfois des enfants... mais pas toujours, par choix de vie ou parce que dame nature en a décidé autrement. Mes vieux amis font le même métier que moi... ou pas. Avec mes vieux amis, on ne s'est jamais quitté... ou bien on s'est fâché à mort, sauf qu'on n'est pas morts et que du coup l'amitié a refleuri. Mes vieux amis lisent mon blog, enfin pas tous. Certains n'en ont jamais entendu parler et ne connaissent Internet que comme un lieu de débauche où consulter des photos de cul. Mes vieux amis se connaissent tous mais ne se fréquentent pas forcément. Mes vieux amis sont ici... ou là, à Paris, Vannes, ou Tokyo. Mes vieux amis votent à gauche sauf ceux qui votent à droite. Ils sont parfois français de l'étranger, souvent parisiens par contrainte.

Mes vieux amis, je les aime comme les frères et soeurs que je n'ai pas. Ils sont mon ancrage dans le monde d'aujourd'hui et l'assurance d'une constante dans le monde de demain.

Je veux leur rendre hommage, à ces amis d'antan qui sont encore les plus proches, malgré l'éloignement, malgré les vies qui divergent, malgré le temps qui passe et qui portent au pli de paupières les marques de son outrage. Parce que les vieux amis, ceux qui s'accrochent malgré tout et auxquels on s'arrime contre vents et marées, sont ceux qui comptent... et sur lesquels on peut compter.

mercredi 19 octobre 2011

A la recherche d'un temps pas encore perdu

Il est des décisions que l'on prend poussé par la nécessité.

Quand j'ai quitté mon précédent emploi, je l'ai fait par besoin de changer d'air, parce que j'en avais fait le tour, parce que je savais plus comment continuer. J'ai saisi l'opportunité qui se présentait. Une belle opportunité. Je ne me suis pas posé la question du pourquoi. Je suis partie. Ce n'était pas une fuite, sinon une fuite en avant... mais ce n'était pas totalement réfléchi non plus. On m'offrait une jolie sortie. J'étouffais. J'ai pris un grand bol d'air.

Il y a bientôt deux ans que j'ai donné ma démission. Et plus d'un an et demi que j'ai dit au revoir à ce travail qui m'avait occupée 9 ans. Aujourd'hui, j'ai pris mes marques dans mon (plus si) nouveau travail. J'ai structuré mes fonctions selon les besoins de l'entreprise et mes envies. J'ai été force de proposition. J'ai été prise à partie parfois. J'ai bénéficié des avantages du travail flexible.

Je peux le dire sans mentir : je n'ai jamais regretté mon choix, ce travail est tombé à pic.

Mais parfois, les trompettes de la renommée sonnent. Le chasseur de tête appelle. Il propose le Saint-Graal : plus de sous, plus de responsabilités... et on a envie d'aller voir. Donc on va voir. Et là, on recommence à se poser des questions. Des questions existentielles à base d'état-j'erre et de c'est-quoi-le-bonheur? Des questions de temps qui passe et qui ne se rattrape plus. Des questions qu'on ne se pose pas tous les jours... mais qu'on devrait se poser plus souvent.

Je me les suis posées, ces questions et je suis arrivée à une double conclusion.

J'ai fait la paix avec mes ambitions.

Il y a encore cinq ans, j'avais envie de prouver à tous, en particulier à moi-même, que je pouvais être calife à la place du calife, un besoin de reconnaissance énorme, qu'on me dise que j'étais la meilleure, la plus intelligente, que j'avais le sens du business, le sens du client. Je voulais gravir toutes les étapes trois marches à la fois. Je n'imaginais pas trébucher. Je voulais être chef, le plus jeune des chefs. Et je l'ai été. Une fois chef, je voulais faire bouger les lignes, à marche forcée. Je voulais être influente. Être aimée. J'y passais mes jours et mes soirées, le nez collé au blackberry.

Et un matin, quelque part entre le moment de la prise de mon nouveau job et aujourd'hui, ce besoin de reconnaissance a disparu. Enfin non, il n'a pas disparu, il s'est transformé. Lavoisier, toujours.

Depuis quelque temps, je suis en paix avec cette partie de moi. Je réalise que je ne vais pas mourir demain. Qu'il me reste du temps pour accomplir un joli parcours professionnel. Je ne serai pas riche et célèbre à 40 ans. La belle affaire ! Si tu es riche et célèbre à 40 ans, que fais-tu des quarante années qui suivent ? Faut-il vraiment consacrer son temps et son énergie à conserver une richesse et une notoriété qui fut si difficile à acquérir ? L'épuisement comme mode de vie, est-ce une option recommandable ? Rien que de les poser, ces question, on devine les réponses.

Le choix s'est imposé, naturellement. J'ai cessé de toujours viser plus haut. Je n'en avais plus besoin. Le ressort s'était cassé. Quand ? Comment ? Je ne saurai le dire. J'ai enfin commencé à profiter de ce que j'avais. De profiter d'un travail qui me plaît, qui me satisfait intellectuellement, qui me permet de jolies rencontres et des défis sympathiques. Profiter de ces petites marques de sympathie, ces timbres positifs qui font qu'on est content d'ouvrir l'ordi le matin. Et ça fait du bien. Du bien de ne pas toujours se projeter dans un avenir incertain. Du bien de se dire que si demain est comme aujourd'hui, ben c'est sympa aussi.

Profiter est désormais le moteur de ma vie.

Et pas seulement ma vie professionnelle.

Je veux et je peux profiter de mes poussins.

Ils ont 5 et 7 ans, les poussins. C'est le moment idéal. Ils sont rigolos. Ils sont gentils. Ils ont des idées, ils commencent à les exprimer. Ils ont une vie en dehors de moi de 8h20 à 16h30 dans ce monde à eux qu'ils appellent école. Ils ont envie d'en parler. Envie de partager en rentrant, tandis qu'ils engouffrent deux pains au lait avec de la confiture comme s'ils n'avaient mangé depuis une semaine. C'est magique de découvrir qu'ils mangent du pain au lait en rentrant de l'école. Le sais-tu, toi, lecteur laborieux, ce que mangent tes gamins au goûter ?

Les enfants de cet âge sont extraordinaires. Ils sont en pleine recherche de ce qu'ils deviendront adolescents et plus tard, adultes. Ils discutent, ils argumentent. Ils sont heureux de t'expliquer ce qu'ils ont appris à l'école. Heureux de te raconter leurs copains. Leurs enseignants. Leurs petites peines aussi. Le monde des enfants n'est pas toujours aussi rose qu'on veut bien s'en souvenir.

C'est une joie de partager les devoirs avec eux, même s'il faut râler pour qu'ils soient faits, ces devoirs. Entendre le son du canard qui s'échappe de la clarinette et soudain un beau son, mélodieux sans qu'on comprenne bien comment le canard est devenu musique, les écouter prononcer leurs premiers mots d'anglais, the!, avec la langue, prendre parfois une heure pour récupérer la Poussinette à la sortie de son cours de danse, déjeuner avec eux le mercredi, voir leur petite tête se glisser dans l'embrasure de la porte du bureau et lire sur des lèvres silencieux un t'es en call ? Hocher la tête, les observer quitter la pièce, heureux de me savoir à côté.

Prendre le temps de les regarder grandir.
Prendre les temps de les accompagner sur ce chemin.
Prendre le temps de les aider à grandir.
Prendre le temps de les prendre dans mes bras.
Prendre le temps de noter leurs petits phrases rigolotes.
Prendre le temps de me façonner des souvenirs.
Pendre le temps de m'étonner chaque jour des progrès accomplis.
Prendre le temps de les consoler.
Prendre le temps de les gronder.
Prendre le temps de les faire rire et de rire de leurs blagues.
Prendre le temps de les aimer.

Prendre le temps de vivre.

Ne pas se retourner dans dix ans quand ils seront en totale opposition.
Ne pas avoir à se demander en pleurant pourquoi le temps a passé si vite.

Il parait qu'il faut faire des choix.

Les miens sont faits.


NB. Ce billet est dédié à Libelul, qui a su mettre des mots sur mes angoisses. Allez voir ses blogs, ils sont extra !

dimanche 16 octobre 2011

Pourquoi j'ai voté à la Primaire



Non, je ne suis pas socialiste.

Je l'ai dit ici, je suis centriste et je me cherche un candidat.

Il y a un certain nombre de valeurs auxquelles je crois, je ne suis pas purement libérale et je suis fort partisane de la construction européenne à marche forcée. En principe, je vote UDF mais l'UDF a disparu, fondue financièrement dans le Modem et idéologiquement on ne sait trop où... Je ne suis donc pas socialiste, je ne me reconnais pas dans la ligne dure du parti, celle qui a voté NON à la Constitution Européenne et qui prône un rapprochement et des alliances avec le front de gauche.

Et pourtant...

J'ai voté à la Primaire Socialiste

J'y ai voté pour plein de raisons qui me semblent essentielles dans le vote républicain.


1. Les valeurs socialistes sont des valeurs républicaines
dans lesquelles on peut tous se reconnaître.

ZeFML et Aymeric l'ont fort bien expliqué dans leurs blogs et je n'ai pas besoin d'y revenir.


2. Il n'y a aucun candidat au centre qui me convienne.


J'ai cru un moment que Borloo allait y aller, malgré ses casseroles, malgré Tapie, malgré ceux qui l'ont rencontré au bistrot le matin tôt, malgré certaines qui n'ont pas hésité à dire tout le mal qu'elles en pensaient. Mais non. Borloo a renoncé. J'aurais du m'en douter. Ce n'était pas la première fois. Mais voilà, j'y ai cru.

Donc exit Borloo.

Morin alors ? Morin, l'homme qui répondait hier matin sur France Inter à une question sur la désaffection des jeunes pour la politique quelque chose dans le genre : je ne suis pas d'accord avec vous. J'étais à Sciences Po Lyon et il y avait 700 jeunes dans l'amphi ! (voir ici pour toute l'interview et la vidéo). Je ne suis pas certaine de vouloir voter pour un homme qui pense que la jeunesse représentative de la France hante les couloirs de science po'...

Exit Hervé Morin.

Madame Boutin ? Heu, une dame qui pense que l'homosexualité est contre-nature ne peut pas avoir mon vote. Les valeurs, toujours... Exit Madame Boutin.

Reste Bayrou. Bayrou auquel j'ai donné mon vote plus d'une fois et pas des moindres. 2002. 2007. A chaque premier tour, j'ai mis son nom dans l'urne. Sans état d'âme. Son programme correspondait à mes idées. Il prônait (avant tout le monde) un réduction drastique des déficits. Il était européen. 100 % européen.

Mais quelque chose s'est cassé. La création du Modem qui refuse de prendre parti entre gauche et droite. Une campagne aux élections européennes où, dans chaque interview, Bayrou oubliait de parler d'Europe. Une critique systématique de chaque mesure du gouvernement où l'on aurait aimé un vision plus modérée et objective. Bayrou qui m'a déçue. Bayrou pour lequel je ne suis pas certaine de voter en mai...

Du coup, sans candidat au centre, je m'estime légitime à donner mon avis sur le candidat de la gauche... et sur celui de la droite.


3. La Droite a son candidat.


Et ce candidat, soi-disant naturel, c'est Sarkozy !

Sarkozy qui restera pour moi l'homme du discours de Grenoble, l'homme qui ose dire que l'integration en France a toujours été un échec. Malgré mon grand-père. Malgré toi. Malgré lui.

C'est dommage d'ailleurs que l'UMP ne réalise pas combien, particulièrement chez les sympathisants perdus d'une UDF disparue, il y a une réserve de voix. Dommage que l'UMP préfère surfer sur la haine de l'autre, la peur de l'étranger. Dommage qu'on entende surtout la droite dure, celle qui ne craint plus de dire que le FN de Marine n'est pas le FN de Jean-Marie et que peut-être on pourrait réfléchir à quelques alliances locales...

Dommage que l'UMP ne se rende pas compte qu'il y a encore, dans ses rangs, des individus qui pourraient plaire au Centre. L'autre soir, dans des Paroles et des Actes, Juppé a indiqué qu'il était pour une Fédération Européenne (voir l'analyse de Jean Quatremer ici). Je n'ai jamais entendu Sarkozy affirmer aussi fermement que l'Europe était notre avenir.

L'UMP est dans une logique de réélection de Nicolas Sarkozy.

Ben, c'est dommage.

Parce que Sarkozy, pour lequel j'ai voté par défaut au second tour de 2007, je n'ai pas envie de le réélire aujourd'hui. Oui, j'ai voté Sarkozy. Sans enthousiasme. Je ne pouvais pas voter pour quelqu'un qui, après dix minutes de débat, proposait de faire raccompagner des fliquettes chez elles par d'autres policiers. Il y a des limites. On ne dira jamais assez combien les débats influencent les indécis comme moi. Les commentateurs en 2007 avaient conclu c'est un débat équilibré, craignant sans doute pour la reconduction de leur contrat précaire s'ils avaient pris parti pour le mauvais candidat. Je crois moi au contraire que Ségolène Royal a perdu l'élection ce soir là (mesures idiotes non concertées, hystérie feinte, mépris pour son adversaire).

Donc, exit Sarkozy aussi.


4. En l'absence de candidat parfait, autant me prononcer sur celui qui pourrait être élu.

Il y a, chez les socialistes, des candidats dont les idées rejoignent les valeurs que je défends.

Valls, par son discours dit de vérité a rappelé l'ampleur des sacrifices que nous allons devoir faire, hélas. Il a su souligner l'importance d'une politique équilibrée en matière d'ordre publique et a lancé des appels du pieds (même pas sous la table) aux centristes. Il a tout naturellement eu ma voix au premier tour.

Le second tour était plus problématique pour moi.

Au cours de débat d'entre les deux tours de la Primaire, que j'ai regardé en pointillé, Aubry m'a semblé rigide, pas ouverte aux idées des autres. Elle m'a également semblé stressée. Sa gestuelle était agressive, poing fermé, martèlement. Or, on a un excité stressé à l'Elysée maintenant... pas très envie d'en avoir une autre, d'un autre genre certes, après 2012. En outre, mettre en tête de son projet une loi sur l'égalité homme-femme qui existe déjà (et en de multiples endroits du code du travail !) ne risque pas de me convaincre.

Hollande est mollasson, il ne dit rien de précis et se garde bien de prendre position sur quoi que ce soit. Comme j'aurais aimé que, tel Juppé, il se prononce fermement pour une fédération européenne, renvoyant Madame Ashton, dénuée de tous pouvoirs, à ses chères études. En outre, Hollande a la voix de Montebourg (trèèèèèèès loin de mes valeurs) et celle de Royal, qui après son épisode protégeons les fliquettes, envisage désormais de supprimer des licenciements boursiers, lesquels sont déjà interdits par la loi. Oui, lecteur gauchiste, sache-le, la seule profitabilité n'est pas un motif économique valable de licenciement. Les comités d'entreprise peuvent agir en justice, obtenir du juge la suspension de la procédure. C'est de la compétence du tribunal de grande instance. Madame Royal voudrait donner compétence au tribunal de commerce sur ce genre de choses. Mais... pourquoi ? Pourquoi passer d'un juge professionnel à un juge élu pour débattre de ce genre de questions très techniques ? Oups, je m'égare. Reste qu'Hollande a donc le soutien de Royal et la voix de Montebourg (à défaut de son soutien). Pas très vendeur pour la centriste que je suis.


Seulement voilà, la question, la seule, est celle-là :

Lequel de tous ces candidats, déclarés ou non, serait le moins pire à l'Elysée ?

ben, pour l'heure - et sauf surprise - mon choix est fait.

J'ai donc décidé de voter à la Primaire Socialiste (alors que je ne le suis pas, socialiste). Les lignes idéologiques sont brouillées, les programmes sont contraints par des réalités budgétaires. Dans ce marasme politico-économique, il faut savoir faire des choix et les assumer.

J'assume donc.

Il te reste une après-midi, lecteur indécis, pour assumer aussi.


samedi 15 octobre 2011

Sport et loisirs : il est trop fort mon papa !

Toi, lecteur qui a suivi la série sur mon père, tu te dis certainement qu'il est bien sympa mon papa mais bon, c'est quand même très sérieux tout cela. D'accord, c'était avant la cinquième semaine de congés pays mais quand même il ne s'amusait jamais, le papa de Doudette ?! Que nenni, lecteur, bien sûr que si, il s'amusait. Juste que je ne t'en ai pas encore parlé...

C'est donc l'heure, lecteur impatient, de la série :

Sport et loisirs, pourquoi choisir ?

1. Fauuuuuuuuute !

Le truc de mon papa, en plus de la guitare, c'était le tennis.

On était tout le temps fourré au tennis-club.
Faut dire qu'on habitait dans la rue du tennis.

Ce que je m'y ennuyais, au tennis. On y allait le samedi matin à la sortie de l'école, parce que tu te souviendra, lecteur bébé, qu'il n'y a pas si longtemps que cela les enfants allaient à l'école le samedi matin. On y était également le dimanche matin, au tennis... La grasse mat' le weekend ?! Ne m'en parle pas, lecteur flemmard. Si t'écoute mon papa (et ma maman), le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Notre messe dominicale avait le goût âcre de la terre battue.

L'après-midi, mon papa faisait la sieste, et moi je m'emmerdais. Oui, c'est un gros mot. Mais il n'existe pas d'autre mot pour décrire ce que je ressentais. La sieste, c'était pour les bébés. Et les parents. Même que j'avais écrit un poème sur le sujet quand je m'ennuyais à le regarder dormir : quand tous les volets sont fermés, papa dort les deux poings fermés. Tu rigoles pas, hein, lecteur. J'avais 8 ans. Mais la rime est riche.

Le tennis, c'était l'été aussi. On allait faire des stages de tennis chez Pierre Barthès, au Cap d'Agde. Même qu'on a vu Noah, McEnroe, Connors et Nastase faire les cons dans la piscine et éclabousser tout le monde. Si tu ne sais pas qui sont ces messieurs, tu peux cesser immédiatement la lecture de ce blog. Ces messieurs sont des idoles pour toute gamine dont le papa joue au tennis. Et mon papa, même s'il cassait sa raquette à chaque faute en hurlant quel con ! sur le cours, c'était le plus grands de tennismen.


2. Hercule Poirot ou Miss Marple ?

Je dois aussi à mon papa la découverte d'Exbrayat et d'Agatha Christie. J'avais 7 ans, l'âge du poussin maintenant, quand j'ai ouvert mon premier polar. Je n'ai jamais cessé d'en lire par la suite. Ma mère disait c'est pas de son âge ! Et mon papa répondait elle lit aussi tes Comtesse de Ségur, fout lui la paix. J'ai donc tout lu, grâce à eux. Des livres de mon âge et des livres pas de mon âge... et j'ai aimé lire.


3. You know how to whistle, Henry ?

Mon papa aimait le cinéma américain. En anglais. On avait un magnétoscope. On enregistrait la Dernière Séance et le Cinéma de Minuit. J'ai découvert Fred Astaire et Gene Kelly, Bogart et Bacall, John Wayne et Marlyn Monroe. C'est ça le cinéma de mon enfance....

On voyait aussi des films au cinéma. Des films pour enfants. Mais pas que. On allait voir les Superman, E.T., et Flash Gordon. Toi qui a vu Flash Gordon à l'époque, promets-moi de ne pas le revoir. Jamais. Pareil pour Footlose. Promets. Il y a des films qu'on a vu une fois, enfant. Et qu'il faut laisser là où ils sont. Dans nos souvenirs.


4. Follon forever

Avec mon papa, on regardait le rugby à la télé.
Et je m'endormais avant la fin.

On regardait aussi les Numéro 1.
Et mon papa s'endormait avant la fin.

On regardait beaucoup la télé tout les deux.

Ma mère disait z'avez rien de mieux à faire ? Et nous, on gloussait. Bêtement. C'était notre truc à nous, la télé. Quand mon papa s'est remarié, sa seconde épouse a dit également z'avez rien de mieux à faire ? Mais non, on n'avait rien. On était tous les deux devant la télé, avec du sport ou de vieux films. C'était notre truc à nous, la télé. Et de toutes façons, les jeux olympiques, ça les gonflait ma mère et ma belle-mère... et les vieux films aussi.


5. France, 12 points

On ne ratait jamais le Concours Eurovision de la Chanson et je suis devenue une experte en géopolitique. Deviner les résultats de l'Eurovision, c'est simple : d'abord, ce n'est pas la meilleure chanson qui gagne parce que les pays qui votent ne connaissent pas les votes des autres et, ne pouvant voter pour eux-mêmes, ils ne vont quand même pas voter pour le meilleur. Ensuite, les votes sont fondés sur des alliances stratégiques et culturelles. Les pays nordiques votent les uns pour les autres, les francophones aussi, les germanophones pareils (sauf que maintenant, c'est biaisé parce que tout le monde chante en anglais). Pour éviter de paraître méchant, Israel donne quelques points à la Turquie et vice-versa. Et la Turquie donne quelques points à Malte et vice-versa. Tu connais un peu les mécanismes de pouvoir en Europe, tu peux toi aussi faire des pronostics.


6. Camembert !

En guise de conclusion, lecteur, je te laisse deviner qui, de mon papa ou de moi, gagnait le camembert Orange en premier au Trivial Pursuit, qu'on appelait alors Remue-Méninges ?! Bon, c'est facile ! D'ailleurs, quand j'ai battu mon papa, on a cessé d'y jouer, au Trivial Pursuit !

C'est que mon papa m'a appris à aimer gagner. Le goût de la compétition, il disait. Ça ne signifie pas qu'on ne sait pas perdre... ça veut juste dire que, quand on gagne, c'est mieux.


Pour toutes ces belles découvertes, qui me suivent encore dans ma vie d'adulte :

Merci papa !

mardi 11 octobre 2011

Mon portrait de famille

Pour mon anniversaire, le Doudou m'a offert un super cadeau:

Une photo de famille par un vrai photographe
(son site est ).

Bon, il n'a pas eu l'idée tout seul, hein, le Doudou. J'avais - un peu - mis le lien du site sur tous les réseaux sociaux. Je le voulais mon cadeau. C'était ça ou le Doudou, faute d'idée, m'aurait offert un énième machin électronique de marque Apple. Je ne voulais pas de machin électronique de marque Apple, ni même d'une autre marque. C'eût été comme de m'offrir un aspirateur : le truc utile, dont on se sert beaucoup mais pas glamour pour deux sous. Non, lecteur geek, ne t'en déplaise, le machin à la pomme n'est pas glamour. C'est sympa, c'est marrant, c'est addictif mais ce n'est pas glamour. Moi, je voulais une photo de ma famille par un gars dont c'est le métier !

En fait, si je la voulais tellement cette photo, c'était à cause de (grâce à ?) Sandrine qui m'avait recommandé Olivier Boulet et j'avais été séduite par les photos si naturelles qu'il avait prises de sa famille.

Je n'ai pas été déçue.

Olivier est arrivé un après midi d'été en Septembre (oui, c'était l'été en Septembre en 2011, que ce soit rappelé ici) dans notre campagne ensoleillée. Il a passé l'après-midi avec nous à prendre des clichés de notre petite famille et, crois-moi, lecteur, ce n'est pas de tout repos, de nous "shooter" chez les Doudounets. Hyperactifs nous sommes !

Pour Olivier, tenter d'avoir une photographie potable de nous a consisté à :

- s'assurer que le Poussin et la Poussinette sourient en même temps, sans prendre de pause idiote, ne s'enfuient pas en courant, renoncent à dire j'en ai mare toutes les 30 minutes, s'amusent et rient ;

- avoir Fili dans le cadre (oui, Fili fait partie de la famille) parce que les toutous, ca a besoin de bouger... mais moins que les enfants avons-nous pu constater ;

- faire en sorte que je n'ai pas besoin de lunettes noires, ce qui est incompatible avec la moindre exposition au soleil... et donc très compliqué à mettre en oeuvre par une journée d'été ;

- faire en sorte que le Doudou ne fasse pas le clown, ce qui est exploit, tant le Doudou apprécie pas ces exercices narcissiques.

Force est de constater que Olivier est soit très chanceux, soit très talentueux (j'opte pour la seconde option).

Nous avons reçu une cinquantaine de clichés pré-sélectionnés, tous plus beaux les uns que les autres.

Maintenant, il va falloir choisir celle que nous allons prendre en grand... Ça discute, ça discute... On n'est pas d'accord. Le problème avec l'abondance de choix.

En attendant, voici celle qu'il a faite spécialement pour vous.

On n'est pas beaux ?


dimanche 9 octobre 2011

Vers la Présidence de la République

A force de lui rabâcher qu'on peut faire de grandes choses en étant tout petit, tel Napoléon, de lui expliquer que Nicolas Sarkozy a compensé sa petite taille par une volonté de fer et de se passionner pour les émissions politiques à la télévision et à la radio, il fallait s'y attendre :

Le Poussin, 7 ans, veut devenir...
Président de la République.

Comme nous ne sommes pas du genre à brimer les ambitions, certes prématurées mais néanmoins légitimes, de notre progéniture, nous n'avons pas (ouvertement) éclaté de rire lorsque l'annonce a été faite de ce plan de carrière. Nous avons opiné du chef, l'air consacré du parent qui s'intéresse au futur de son enfant et nous sommes abstenus de tout commentaire.

Nous en étions là quand la maîtresse a annoncé que, une semaine plus tard, elle organiserait les élections des délégués de classe. Notre petit Poussin, à la fois introverti et timide, avait clairement indiqué en CP que ce genre de fonction n'était pas pour lui ! Mais ça, c'était avant de vouloir succéder à De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Sarkozy. En CE1, le petit monde de mon petit gars avait évolué.

Il est rentré à la maison un soir, galvanisé par une discussion avec sa conscience et m'a fait part de ses intentions, très sûr de lui:

- Maman, je veux être délégué de classe. Comment on fait ?

Déjà, venir me voir, moi, plutôt que son père s'est avéré être sa première bonne décision. Qui sait ce que son Sarkoziste de papa lui aurait recommandé comme coup tordu ? Rassure-toi, lecteur, je n'ai pas dénigré le Doudou ouvertement, c'eût été une très mauvaise tactique. Je suis beaucoup plus maligne et sournoise... En politique, il faut distiller l'information, donner l'envie. Les attaques frontales sont inutiles et contre-performantes. Il faut être efficace.

J'ai donc enseigné à mon Poussin quelques fondamentaux.

D'abord, faire campagne. Pendant une semaine, alors que les autres candidats putatifs continuaient à jouer aux billes tranquillement dans l'attente de la date du dépôt des candidatures officielles, fixée au lundi suivant, le Poussin plaçait ses pions. Il a passé ses récréations à expliquer aux copains et aux copines qu'il envisageait de se présenter et à demander, l'air de rien, si - dans l'hypothèse où il se présenterait - les copains voteraient pour lui.

Au dimanche soir, le Poussin était certain que tous ses copains voteraient pour lui.

Mais les promesses n'engagent que ceux qui les tiennent, n'est-il pas ?

Lundi matin.
Annonce des candidatures.
7 candidats sur 24 élèves dans la classe.

La maîtresse explique le scrutin :
Un seul tour.
Ceux qui obtiennent le plus de voix gagnent.
Possibilité de voter pour soi.

Le vote aura lieu le lendemain. Mardi. Pour le mardi matin, il faut que chaque candidat ait préparé un petit discours de 3 minutes expliquant son programme.

Horreur, malheur !
Je ne suis pas en France le lundi soir.
Je suis contrainte de laisser au Doudou le soin d'assister à la préparation du discours de campagne.

Heureusement, avant d'être un sympathisant UMP, le Doudou est un super papa. Et il laisse le Poussin avoir le programme qu'il souhaite. Au final, ça donne ça (sans les fautes d'orthographe):

Je serai un bon délégué parce que:
1. Je ne mentirai jamais.
[touche Manuel Valls]
2. Je protégerai l'école, le matériel, sa propreté.
[touche Ségolène Royal]
3. J'écouterai toujours tous ceux qui veulent me parler. [touche François Hollande et/ou Nicolas Sarkozy]
4. Je vous dirai tout ce que la Directrice me dira.
[touche Henri Guaino]
5. Je vous dirai tout ce qui se passe dans l'école.
[touche Claude Guéant]

Au final, un programme fédérateur et consensuel.

Aucune promesse qu'il ne peut pas tenir, à la différence de l'un des autres candidats qui avait promis, outre la fin des bagarres à la récré, des repas meilleurs à la cantine. Qui croit encore aux repas meilleurs à la cantine ? C'est une promesse des (19)70's, ça. Les enfants, de nos jours, savent que, à la cantine, les repas sont, au mieux, quelconques, au pire, beark.

Résultat des votes:
Le Poussin : 12 voix
Numéro 2 : 7 voix
puis les autres.

Remarque de maman (un peu) féministe cependant : les deux titulaires sont des garçons, les deux suppléantes sont des filles. Le vote féminin s'est dispersé, les gars ! Elles ont préféré les beaux yeux du Poussin que la faconde de la copine forte-en-tête.

Le Poussin m'a téléphoné, très fier, pour m'annoncer la nouvelle et m'a fait la leçon :

- T'avais dit que mes copains ne voteraient peut-être pas pour moi même s'ils l'avaient dit. Tu m'avais fait de la peine. Ben, t'as vu, ils ont voté pour moi !

Les enfants tiennent leurs promesses.
Le monde ne peut qu'être meilleur demain.

samedi 8 octobre 2011

Dis, papa, c'est quoi être juif ?

En ce jour de Kippour, il est temps de vous l'avouer :

Quand j'étais petiote, mon papa était juif.

Enfin, pas vraiment.
Parce que sa maman n'était pas juive.

Mais il était juif quand même.
A cause des allemands.
A cause de la culture.

Mais en fait, non, il n'était pas juif.
Il ne mettait pas les pieds à la synagogue.
Il n'aimait pas les rabbins.
Il mangeait du jambon et adorait le saucisson.

Alors, il était quoi mon papa ?
Juif ou pas juif ?

Quand j'étais enfant, mon papa ne répondait pas à cette question.
Il disait n'oublie jamais que tu es juive, sinon il y aura quelqu'un pour te le rappeler.

Il disait ne crois pas que tous les juifs pratiquent une religion ! En Israel, tu sais, la plupart des juifs sont totalement anti-religieux. Mon papa parlait du kibboutz où vivait mon oncle comme d'un Eden mais fustigeait les communistes d'URSS. Mon papa disait un jour, je t'emmènerai en Israel. Il disait tant qu'Israel existera, tu seras tranquille. Mon papa croyait que bientôt Israel ferait la paix avec les arabes, que c'était inéluctable. J'avais 8 ans, les années 70 tiraient à leur fin. C'était avant la guerre du Liban. Mon papa était optimiste. Il avait vécu la seconde guerre mondiale caché dans les bois, il savait que les guerres peuvent se finir et les hommes faire la paix.

Mon papa avait voulu que j'apprenne l'allemand. Il soutenait que l'Allemagne était notre alliée et les allemands nos amis. Mon papa votait de Gaulle mais croyais que l'Europe serait un jour une Europe fédérale. Il m'envoyait en voyage d'études à l'étranger. Il voulait que je parle anglais, que je parle allemand. Il voulait que je sois européenne avant d'être française. Il me rappelait que j'avais du sang roumain, du sang russe, du sang espagnol, du sang normand, du sang de l'Est, du sang du Sud dans les veines... En étant tout cela, je pouvais être tout ce que je voulais.

Mon papa m'a appris à être libre.

Il disait, être juif, c'est savoir réfléchir, tout remettre en question et ne croire personne sans vérifier.


Mon papa ne le sait pas mais pour la petite fille que j'étais, en totale admiration, mon papa était

Ein Mensch !

dimanche 2 octobre 2011

Mademoiselle X, Madame Y

Je fais un petit crochet aux billets sur mon paternel, car lecteur, tu ne le sais pas mais l'heure est grave. Les féministes se sont saisies du sujet brûlant du moment :

Madame ou Mademoiselle,
il faut choisir !

Sache, lecteur connecté et néanmoins féministe, que je me contrefiche du débat Madame ou Mademoiselle, débat qui ne m'a jamais vraiment concernée vu que j'étais encore vierge comme Madonna que tout le monde me donnait déjà du Madame. Tout ça par la faute d'un tour de poitrine généreux et d'une taille conséquente, ce qui faisait de moi à 15 ans un grand et gros poteau.

Je suis beaucoup plus sensible au débat secondaire (victime par ricochet du débat précédent) qu'on peut résumer ainsi :

Mais pourquoi diable porterais-je le nom de mon mari alors que j'ai le mien ?

La Grande Manu a fort bien expliqué ici pourquoi elle avait gardé son nom, qui était le sien, donc celui de son père et qu'elle s'en trouvait fort aise.

Si l'on s'en rapporte à la communication officielle, chaque époux a la possibilité d'indiquer le nom de son époux sur ses papiers officiels. Donc tu peux être Madame Duchnock, épouse Truchmuk et ton mari sera Monsieur Truchmuk, époux Duschnock. D'expérience, j'ai vu peu d'hommes prendre le nom de leur femme. J'ai cependant un ami, dont le nom était un prénom masculin et qui, ayant fini par ne plus supporter que l'on confonde son nom et son prénom, avait accolé à son nom celui de sa chère et tendre.

Quand j'ai épousé le Doudou, je n'ai pas hésité une seconde à utiliser son nom tant pour ce qui concernait notre famille que dans le cadre de ma vie professionnelle.

Non pas que je n'aimais pas mon nom. C'était (et c'est encore) le nom de mon père. C'est un nom qui a une histoire. Une histoire familiale mais également une histoire dans le peuple qui pense que je lui appartiens. Un nom marqué, connoté. Un nom à étiquette. Ce nom, pour que les gens arrivent à l'écrire correctement, après que tu as tenté vingt fois d'en épeler chacune des lettres, tu es obligé de dire c'est comme cet autre nom, là, que tu sais écrire, qui est encore plus connu, mais avec un A. Quand tu as dis cela toute ta vie, à tes amis, à tes profs, à tes clients, jusqu'à 30 ans, tu finis par en avoir ras-le-bol de dire que ton nom c'est le nom d'un autre avec A. C'est pénible à la fin !

Il y a ceux qui connaissent l'origine de ton nom... et ceux qui la devinent ou qui veulent savoir, on se demande d'ailleurs pourquoi ils veulent confirmation de ce dont ils se doutent, si ce n'est qu'ils ont peut-être un peu (un tout petit peu) de préjugés rapport à ton nom. Tu finis par trouver des parades. Quand on te demande :`
- c'est de quelle origine votre nom ?
Tu réponds:
- Alsace ou Lorraine, je ne sais plus.
- Ah.

Et là, tu sais que ce n'est pas la réponse que celui qui a posé la question attend. Tu es contente. Tu rigoles intérieurement.

Là où ça peut devenir agaçant, c'est quand tu rencontres quelqu'un qui porte le même nom que toi mais qui n'est pas de ta famille ou quand tu rencontres quelqu'un qui connaît quelqu'un qui porte le même nom que toi. Ce n'est pas à cause de celui qui porte le même nom que toi que c'est agaçant mais à cause de tous les autres.
- Vous êtes de la même famille ?
- Nan.
- T'es sûr que vous avez pas un lien de parenté ?
- Oui, je suis sûre.
- Nan parce que quand même, c'est pas si répandu, regarde moi, je connais que vous deux ?

- Oui. Mais non.
Tu finis par casser l'ambiance, par expliquer que tous ceux de ta famille qui ont porté ce nom autrefois sont soit morts en camps d'extermination, soit ont émigré. Et là, on t'en veut de plomber ainsi l'humeur joyeuse parce que, tout ce qu'on voulait, c'était t'aider.

Avoir un nom connoté, c'est aussi faire face à tout un tas de malentendus avec ceux qui imaginent que tu es comme eux, que tu penses comme eux, que tu vis comme eux, parce que tu portes le nom de celui qui fut le Gardien du Temple il y a bien longtemps. A la phrase d'un confrère qui te murmures mezzo voce qu'il est le chef de ta communauté dans sa ville, tu réponds innocemment ah, vous êtes bâtonnier ? et tu réalises après-coup que tu viens de te faire un ennemi à vie. Plus jeune, quand tu voyages, notamment aux Etats-Unis, on veut toujours te coller dans une famille qui porte un comme le tien, parce que comme ça ce sera plus facile pour l'office. Pour quoi ? L'office ? c'est quoi ce truc ?

Bref, quand j'ai rencontré le Doudou, j'aspirais à un peu d'anonymat. Ne plus avoir à justifier de qui j'étais parce que ce nom, le nom de mon père, dont j'étais si fière pourtant, était également un fardeau.

Et puis le Doudou et moi avons décidé de devenir parents. Et c'est parce que nous voulions fonder une famille que nous avons décidé de nous marier. Je voulais porter le nom de mes enfants. Pas tant celui du Doudou, encore qu'il est beau, le nom du Doudou, il chante, il roucoule. Il s'écrit comme il se prononce. Mais surtout celui de mes enfants. Dans la famille idéale de mon enfance, le papa, la maman, la fille et le fils portaient tous le même nom. Qu'aurait-on dit si Laura Ingles avait été affublée du nom de jeune fille de sa mère ? J'avais cette vision idéale de la famille nucléaire. Tous unis par un seul et même patronyme.

En outre, parce que le nom du Doudou était neutre, il me permettait d'échapper à ce poids du nom que représentait le nom de mon père. En prenant le nom du Doudou comme nom d'usage, je faisais d'une pierre deux coups : je créais une famille, ma famille et je mettais mon héritage entre parenthèse.

Changer de nom m'a libérée.
Cela m'a permis d'accepter un lourd héritage familial, de pardonner au passé.
De pardonner à ce passé qui n'est pas le mien mais celui du peuple auquel j'accepte enfin aujourd'hui appartenir.

samedi 1 octobre 2011

Mon papa conseil

Quand on me demandait le métier de mon papa à l'école, je n'écrivais pas chanteur, j'écrivais ingénieur conseil.

C'est plus difficile à définir que chanteur, ingénieur conseil !

Quand les copains me demandaient d'expliquer, je disais :
- C'est quand ton papa, il part le lundi matin, il va dans une usine, il dort à l'hôtel et il rentre le vendredi soir.

Et si on poussait le vice à m'interroger sur ce qu'il faisait dans l'usine, je répondais:
- des tests, voyons.
Parce que des tests, il en faisait.
Pas que.
Mais je ne le savais pas.
Pour moi, la partie émergée de l'iceberg ingénieur-conseil, c'était le test.
Un bon cobaye, la mini-Doudette.
Tests de logique, de personnalité, de motivation... je les ai tous faits.

A part les tests, je ne savais pas trop ce qu'il faisait mon papa. Parfois, il a tenté de m'expliquer. Mais je n'écoutais pas. C'est trop abstrait pour une petite fille les métiers du conseil. Alors, je faisais bla bla bla tandis qu'il me racontait combien son métier était passionnant. Bla bla bla... et je repartais à mes Barbies qui, elles, avaient des métiers compréhensibles : vendeuse de vêtements, vétérinaire, pompier, danseuse. Sache, lecteur, que je regrette aujourd'hui de ne pas avoir écouté. Tu vois, ça m'aurait servi pour répondre à la question récurrente des Poussins : c'est quoi ton métier, maman ?

Mon papa, c'est aussi l'homme qui appliquait ses méthodes de consultant à l'apprentissage
(i) des tables de multiplication,
(ii) des verbes irréguliers anglais,
(iii) des verbes irréguliers allemands.
Je t'explique, lecteur enseignant, parce que ça va peut-être te paraître barbare comme méthode. Quand tu réponds correctement à 6x8, on met un rond à côté de la réponse et on te laisse tranquille. Si tu ne connais pas, une croix. Et tant que tu ne sais pas, une autre croix. Lorsque que, enfin, tu donnes la bonne réponse, on enlève une croix. Seulement, si tu as choppé dix croix, parce que t'as du mal à apprendre, particulièrement le résultat de 6x8, ca mets dix tours avant d'enlever toutes les croix.

Plus de 25 ans plus tard, on peut donner le résultat de la méthode.
Ca a marché (bien) pour les langues.
Les tables de multiplication ?
Bah, y a une calculette sur l'iPhone...

Les méthodes de mon papa, on les appliquait également au ski : comment arriver en haut du tire-fesses ?
- Doudette, ma fille, si tu vas au premier poteau, c'est bien. Si tu vas au deuxième c'est mieux. Un poteau de plus à chaque fois. Progressivement.
Sauf qu'à un moment, la petite fille lâche la perche au 7ème poteau et là, la poudreuse à gauche et à droite. Jusqu'au genoux du papa, jusqu'au cou de la mini-Doudette de 7 ans. Alors, tandis que mini-Doudette hurle et pleure, le papa déchausse les skis, porte mini-Doudette dans un bras et les quatre skis sur l'autre épaule et rejoins vaille que vaille la piste tamisée. C'est un métier sportif, le métier de papa-conseil !

Mon papa organisait aussi plein de jeux. Des jeux d'esprit. Des énigmes de maths, des jeux de mots. On te donne 10 mots au hasard, tu fais une histoire avec les dix mots. On te donne 4 rimes, tu écrits le poème. Des équations mathématiques aussi. Le jeu des drapeaux. Le jeu du dictionnaire. Tout était bon pour emmagasiner des connaissances, l'air de ne pas y toucher. Je ne suis plus dupe. Tous ces jeux, c'était pour apprendre encore. Apprendre en s'amusant. Mais je dois bien admettre que je me suis régalée. Jouer, c'est chouette.

En conclusion, je te le dis : avoir un papa consultant:
1. C'est super pour avancer dans les études, pour progresser et pour s'amuser en se cultivant;
2. C'est un peu moins bien si tu veux dîner tous les soirs en famille.