L'une des intérêts (le seul ?) de Twitter est de pouvoir échanger avec des personnes très différentes de moi, de partager avec eux des expériences, certes limitées à 140 caractères le message mais néanmoins très enrichissantes. Pour cela, bien sûr, il faut accepter de lire les tweets (en langage twitter, on dit suivre) de gens différents de soi et d'être lu par des gens (nos followers) qui ne nous ressemblent pas.
Je suis suivie par un peu plus de 1200 comptes (là dedans, il doit bien avoir quelques machines qui twittent automatiquement) et j'en suis plus de 800 qui ne recoupent pas nécessairement ceux qui me suivent. Autant dire que le panel est large. Ça va du militant UMP au militant Montebourgeois. J'ai des cathos, des juifs, des musulmans, des athés, des jemenfoutistes, des gens connus, des inconnus, des jeunes, quelques vieux, des blogueurs, des juristes, des journalistes, des étudiants, des chômeurs, des français, des allemands, des tunisiens, des marocains, des canadiens, des parisiens, des provinciaux, des souris des villes et des rats des champs, des mamans, des papas, des anti-tout, des pro-life, des amoureux, des déçus de l'amour, mon mari, quelques copains de la vie du dehors, et tant d'autres qu'on ne peut pas vraiment catégoriser. Ma Time-Line - prononcer TL - est un gloubiboulga improbable de personnages haut en couleurs qui ont des centres d'intérêt très divers.
J'aime les échanges sur Twitter. C'est mon côté debate club. Débattre pour débattre, j'adore. Et me mêler de ce qui ne me regarde pas. Grain d'sel, on m'appelait gamine. Donner mon avis, aussi. Je suis une grande bavarde, tout m'intéresse et je n'ai aucun tabou. Je peux commenter un match de tennis, une émission de télé, la radio, le journal. Je peux discuter vacances, charge de travail. Entre parents de Twitter, on se soutient, on s'appuie, on s'entraide. Si j'étais encore avocat, je trouverais plein de clients, encore que c'est truffé d' ex-confrères, Twitter, même certains qui avancent masqués. Twitter, c'est le café du commerce mais avec des liens. Des liens qui te forcent à un peu vérifier l'information parce que, si tu sors une connerie grosse comme toi, il y a toujours un malin pour te prouver que c'est pas vrai bisque bisque rage.
Cependant, jusqu'à tout à l'heure, je ne pensais pas que ces échanges pouvaient avoir une influence sur ma vie. On badine, on discutaille le bout de gras, on se donne des nouvelles de la marmaille... Qu'est-ce que ces échanges peuvent bien avoir à voir avec la vraie vie ?
Or, sache, lecteur, que ces échanges ne sont pas anodins. Et c'est tant mieux.
Que je te raconte comment j'en suis arrivée à louer le Dieu Twitter.
Ce midi, déjeuner de famille avec la belle famille. Mais siiiiii, tu sais, la famille catho du Doudou. Le neveu, 10 ans, s'apprête à faire sa première communion. Du coup, entre le rôti et le fromage, ça râlait sec sur la rigidité de l'Eglise, son absence d'adaptation à la société telle qu'elle évolue, l'absence de souplesse, les prêtres dogmatiques, l'évolution sectaire, etc. C'est que la famille du Doudou est catho, certes, mais est également progressiste. Vous imaginez bien que l'anticléricale que je suis buvais du petit lait. Le chrétien de base qui dit sus au curé ! Comment n'aurais-je pas été d'accord ?
Et soudain, je me suis entendue prononcer la phrase
- oui, mais tous les cathos ne sont pas comme ça, je trouve.
Et d'enchaîner en expliquant les Semaines Sociales de France et le grand débat du week-end sur la démocratie, que j'aurais bien aimé pouvoir suivre. J'ai également recommandé les blogs de KozToujours et de Nicolas Mathey... et j'ai fait basculer la conversation. Je ne sais pas si j'ai bien fait parce qu'ensuite, ça a insisté sur l'importance des valeurs judéo-chrétiennes dans nos sociétés et je me suis énervée parce que ces valeurs là sont universelles et que, quand même, y a pas besoin de religion pour avoir des valeurs.
Sans Twitter, sans nos rencontres virtuelles, puis réelles, je ne me serais pas intéressée à cette chrétienté ouverte et intelligente. Et il n'y a pas que cela. En y réfléchissant ensuite, une fois la famille partie et la vaisselle rangée, j'ai rapidement fait le tour de la façon dont les réseaux sociaux m'avaient influencée.
j'ai d'abord accepté (je le savais mais de là à l'admettre !) que tout le monde n'est pas parisien, juriste, banquier ou consultant. Ça te parait évident à toi qui vit à Brest et vend des saucisses mais quand tu es clouée à un microcosme, que tu bosses 12 heures par jours et passe les 3 heures éveillées qui te restent à t'occuper de ta marmaille, ça fait parfois du bien qu'on te le rappelle. J'ai ensuite admis qu'on puisse aimer le Rock Metal sans être un dangereux anarchiste et, pire encore, qu'on puisse pleurer en écoutant du Lara Fabian et y trouver du plaisir. J'ai finalement compris que c'est en suivant (voir définition ci-dessus) des gens différents de nous qu'on évolue en bien.
Un jour, l'un de mes followers, militant socialiste, m'a dit je ne veux pas d'UMP dans ma TL. Ce n'est pas la façon dont je conçois ma relation à Twitter. Ne pas vouloir discuter avec quelqu'un qui ne pense pas comme soi est sans doute confortable mais ne fera avancer ni le débat public ni sa propre appréciation des choses et des idées. Évoluer par l'échange avec les autres me semble essentiel à la construction de l'individu et l'un des fondements de la démocratie. Tiens, elles en disent quoi de la vertu de l'échange les Semaines Sociales de France ?
Pour finir de vous convaincre de l'importance des échanges sur Twitter dans ma vie, un dernier exemple. Vendredi, vers 17 heures, certains sur Twitter évoquaient leur envie de choucroute, puis de raclette. Ça m'a aussitôt donné envie de choucroute. J'ai posé la question (ouverte : tout mes followers pouvaient répondre) de savoir où, sur internet, on peut commander une bonne choucroute à se faire livrer à domicile sur Paris. J'ai reçu plusieurs réponses. J'ai cliqué sur les liens proposés... et le soir même, une brasserie alsacienne nous livrait une choucroute tu-m'en-diras-des-nouvelles-! Nous nous sommes régalés.
Alors, merci à Twitter et mes camarades de papotage du soir... Grâce à vous, je continue de grandir à mon âge, celui où on s'apprête à se transformer en vieille conne, et c'était pas gagné d'avance.
Twitter ou ma cure de jouvence intellectuelle.
dimanche 27 novembre 2011
Twitter ou les bienfaits de l'échange
Libellés :
Petits riens
vendredi 25 novembre 2011
A toi qui sera élu Président(e) en 2012
Monsieur/Madame le(la) futur(e) Président(e) de la République,
[rayer la mention inutile]
Depuis plus de six mois, vous nous expliquez que les caisses sont vides, qu'on ne peut plus faire de promesse qu'on ne peut pas tenir, qu'il convient de s'attaquer aux questions de fond, que les français doivent comprendre que le temps est venu de faire des sacrifices pour tous, que nous devons êtres solidaires les uns des autres dans un grand élan de fraternité, afin de préserver nos libertés de penser et d'agir et de donner à nos enfants une égalité dans les chances de réussite. Vous êtes de droite, de gauche ou du centre.
Vous avez le même constat que vos pairs :
Or, aujourd'hui, de quoi nous entretenez-vous ?
D'une énième loi de procédure pénale qui remplacera celle dont le décret d'application n'est pas encore paru, laquelle loi s'appliquera à nos enfants, enfants dont on peut espérer que si certains peuvent changer et s'amender, ce sont eux... sauf à désespérer de l'humanité. De prolonger la vie de centrales nucléaires dont on ne peut programmer l'arrêt, faute de l'avoir provisionné dans les comptes. D'augmenter les impôts des riches parce que les riches, comme chacun sait, n'en ont rien à faire des pauvres, ne créent pas d'emploi et gardent toute leur fortune dans un bas de laine au Luxembourg. De punir les malades qui sont tous des fraudeurs, c'est bien connu, regarde le mec au bureau qu'on n'a pas vu depuis dix jours ! De renvoyer les étrangers chez eux, ces étrangers dont les enfants sont les amis de nos enfants, ces étrangers qui permettent à la France d'avoir une natalité qui permettra de payer notre retraite. J'en passe et des meilleures...
Dans le but de ratisser large afin de séduire un maximum d'électeurs potentiels, vous avez décidé de raser gratis. C'est compréhensible. Ce sont les sujets qui intéressent les français. Cela touche à leur porte-monnaie. Cela flatte leur égo et aiguise leurs peurs. C'est essentiel pour gagner l'élection.
Dans ma famille, il y a l'histoire du cousin Simon qui cherche à acheter des harengs. C'est un peu l'électeur le cousin Simon. Dans la boutique de Samuel, les harengs sont à 6 shekels. Simon est content, c'est une affaire à ce prix là... sauf que Samuel a vendu tous ses harengs. Du coup, Simon est contraint d'acheter ses harengs chez Rachel, laquelle vend ses harengs 10 shekels. Une blinde. Simon est un peu pingre, il s'énerve mais il n'a pas le choix, il achète les harengs à Rachel:
- Pourquoi tu fais la tronche ?, lui demande Rachel,
- Tes harengs, ils sont trop chers, ceux de Samuel sont à 6 shekels !
Simon est content, il a rabattu son caquet à Rachel, qui le snobe ses prix à la Le Nôtre.
- Ben, pourquoi tu les lui achètes pas à lui alors, au lieu de bouder dans ma boutique ?!
- Je l'aurais fais, tu vois, mais il n'en a plus !
Rachel sourit.
- Ahhhhhh ! Tu vois, Simon, moi, quand j'en ai plus, ils sont à trois shekels, mes harengs.
En bonne émule du cousin Simon, je vois clair dans votre jeu, futur(e) Président(e) de la République. Vous, tous vos harengs sont à 5 shekels, ceux que vous pouvez commercialiser comme ceux que vous n'avez pas ou ceux qui sentent déjà la morue rance... et vous attendez que nous, électeurs, devinions ce que vous avez encore en stock.
C'est un petit jeu pervers et je peux le comprendre.
Sauf que...
Tu as des enfants, futur(e) Président(e) de la République. Bien sûr que tu en as ! Tu permets, je te tutoies maintenant qu'on passe aux choses sérieuses ; je suis mère également, ça crée des liens. Pour l'avenir de tes enfants, de ces petits êtres qui sont notre futur, qu'as-tu prévu ? Quel est ton plan pour dans 20 ans ? Dans 30 ans ? Dans 40 ans ?
J'ai deux souhaits pour cette campagne, si tu permets, futur(e) Président(e) de la République. Deux souhaits pour mes enfants. Deux souhaits pour tes enfants.
1. Souhait numéro 1
Parle moi de l'école. Parle moi du collège. Parle moi éducation nationale.
Pas pour me dire que tu vas embaucher 60.000 professeurs de plus. On s'en fiche, ce n'est pas parce que tu embaucheras le lendemain de ton élection que l'école sera meilleure et pérenne.
Donne moi ton projet, ton plan de rénovation d'une école en déliquescence, d'une école qui n'intègre plus, qui ne forme plus. Avec des enseignants dont le métier n'est plus d'éduquer mais de "passer des savoirs". Explique-moi comment tu vas faire de nos enfants des citoyens. Explique-moi comment tu comptes mettre les meilleurs enseignants au collège, cette impasse pour beaucoup. Explique moi comment tu comptes former et motiver les enseignants de primaire pour que les plus mauvais élèves ne soient pas lâchés dès le CP et les meilleurs ne rentrent pas le soir à la maison avec le sentiment de n'avoir rien appris. Explique-moi ce que tu comptes faire de cette administration qui distingue tellement bien école, collège et lycées, locaux, cantines et enseignants, public et privé, que les synergies sont impossibles. Et je ne te parle pas que d'économies d'échelle, ce serait trop simple. C'est de travailler ensemble dont il est question ici. De se comprendre, de s'entendre, de partager, d'échanger, de collaborer, de s'épauler, de s'assister, de se former les uns les autres, de best practices (oui, il y a des pratiques meilleures que d'autres), de plan de développement des performances. Et non, tout n'est pas à jeter dans la culture d'entreprise.
Ôte moi cette envie qui me chatouille l'estomac de m'expatrier dans un pays où les enfants sont une priorité.
Dis moi à quoi ressemblera l'école de mes petits enfants.
2. Souhait numéro 2
Parle moi recherche et innovation. Dis moi comment tu vas aider les entreprises françaises à innover, les chercheurs français à trouver ce qu'ils cherchent... ou ne cherchent pas encore.
Comment vois-tu notre recherche dans dix ans, futur(e) Président(e) ? dans vingt ans ? Aurons-nous encore des prix Nobel ? Publierons-nous encore des articles dans Nature et Science ? des articles suffisamment innovants pour qu'ils soient repris dans la presse généraliste.
Que comptes-tu faire pour que nos chercheurs redeviennent ce qu'ils étaient : des découvreurs qu'on encourageait à chercher, auxquels on donnait les moyens de leur ambitions. Des passionnés qui avaient envie de transmettre leur savoir aux générations futures, qui savaient passionner leurs étudiants.
Quel est ton programme sur l'innovation en entreprise ? Que va devenir le Crédit Impôt Recherche, cet impôt si utile et si dévoyé ? Le réduiras-tu, le supprimeras-tu au motif qu'il est utilisé hors de son contexte à des fins qui n'ont que très peu à voir avec la recherche ou le développement tel qu'on pourrait l'entendre au CNRS. Par quoi le remplaceras-tu ? Comment donneras-tu envie à nos entrepreneurs d'entreprendre ici plutôt qu'ailleurs ?
Parles-moi de nos grandes écoles. Dis moi comment tu vas faire de nos jeunes chercheurs des élites mondiales alors que, de l'avis d'experts, le niveau des études scientifiques a dramatiquement baissé en dix ans, alors que les candidats au concours de nos grandes écoles peinent à tenir un raisonnement hors de ce qu'ils ont appris et bachoté.
Raconte moi l'élite de demain.
Raconte-moi la recherche de demain.
Explique-moi pourquoi mes enfants devraient rester en France pour y faire leur étude.
Explique-moi en quoi mes enfants ont intérêt à faire carrière en France.
Tu vois, futur(e) Président(e) de la République, je ne te demande pas grand-chose, juste un peu d'ambition pour nous tous, à défaut de l'avoir pour toi, et surtout une vision de précise de ce à quoi notre avenir collectif doit ressembler.
Raconte moi la France telle que tu la vois dans quinze ans, quand nos enfants seront adultes.
Et dis moi juste comment tu comptes y parvenir. Comment on passe d'aujourd'hui à demain. C'est simple. Dans mon jargon, on appelle ça un business case : je suis ici, je veux aller là et pour aller d'ici à là, voilà ce qu'il faut faire.
Alors, futur(e) Président de le République, c'est quoi ton business case ?
Merci à Menilmuche et Hipparkhos pour m'avoir inspiré ce billet, grâce à leurs connaissances et leur ouverture d'esprit.
[rayer la mention inutile]
Depuis plus de six mois, vous nous expliquez que les caisses sont vides, qu'on ne peut plus faire de promesse qu'on ne peut pas tenir, qu'il convient de s'attaquer aux questions de fond, que les français doivent comprendre que le temps est venu de faire des sacrifices pour tous, que nous devons êtres solidaires les uns des autres dans un grand élan de fraternité, afin de préserver nos libertés de penser et d'agir et de donner à nos enfants une égalité dans les chances de réussite. Vous êtes de droite, de gauche ou du centre.
Vous avez le même constat que vos pairs :
Si on ne change pas, on va dans le mur.
Or, aujourd'hui, de quoi nous entretenez-vous ?
D'une énième loi de procédure pénale qui remplacera celle dont le décret d'application n'est pas encore paru, laquelle loi s'appliquera à nos enfants, enfants dont on peut espérer que si certains peuvent changer et s'amender, ce sont eux... sauf à désespérer de l'humanité. De prolonger la vie de centrales nucléaires dont on ne peut programmer l'arrêt, faute de l'avoir provisionné dans les comptes. D'augmenter les impôts des riches parce que les riches, comme chacun sait, n'en ont rien à faire des pauvres, ne créent pas d'emploi et gardent toute leur fortune dans un bas de laine au Luxembourg. De punir les malades qui sont tous des fraudeurs, c'est bien connu, regarde le mec au bureau qu'on n'a pas vu depuis dix jours ! De renvoyer les étrangers chez eux, ces étrangers dont les enfants sont les amis de nos enfants, ces étrangers qui permettent à la France d'avoir une natalité qui permettra de payer notre retraite. J'en passe et des meilleures...
Dans le but de ratisser large afin de séduire un maximum d'électeurs potentiels, vous avez décidé de raser gratis. C'est compréhensible. Ce sont les sujets qui intéressent les français. Cela touche à leur porte-monnaie. Cela flatte leur égo et aiguise leurs peurs. C'est essentiel pour gagner l'élection.
Dans ma famille, il y a l'histoire du cousin Simon qui cherche à acheter des harengs. C'est un peu l'électeur le cousin Simon. Dans la boutique de Samuel, les harengs sont à 6 shekels. Simon est content, c'est une affaire à ce prix là... sauf que Samuel a vendu tous ses harengs. Du coup, Simon est contraint d'acheter ses harengs chez Rachel, laquelle vend ses harengs 10 shekels. Une blinde. Simon est un peu pingre, il s'énerve mais il n'a pas le choix, il achète les harengs à Rachel:
- Pourquoi tu fais la tronche ?, lui demande Rachel,
- Tes harengs, ils sont trop chers, ceux de Samuel sont à 6 shekels !
Simon est content, il a rabattu son caquet à Rachel, qui le snobe ses prix à la Le Nôtre.
- Ben, pourquoi tu les lui achètes pas à lui alors, au lieu de bouder dans ma boutique ?!
- Je l'aurais fais, tu vois, mais il n'en a plus !
Rachel sourit.
- Ahhhhhh ! Tu vois, Simon, moi, quand j'en ai plus, ils sont à trois shekels, mes harengs.
En bonne émule du cousin Simon, je vois clair dans votre jeu, futur(e) Président(e) de la République. Vous, tous vos harengs sont à 5 shekels, ceux que vous pouvez commercialiser comme ceux que vous n'avez pas ou ceux qui sentent déjà la morue rance... et vous attendez que nous, électeurs, devinions ce que vous avez encore en stock.
C'est un petit jeu pervers et je peux le comprendre.
Sauf que...
Et nos enfants dans tout cela ?
Tu as des enfants, futur(e) Président(e) de la République. Bien sûr que tu en as ! Tu permets, je te tutoies maintenant qu'on passe aux choses sérieuses ; je suis mère également, ça crée des liens. Pour l'avenir de tes enfants, de ces petits êtres qui sont notre futur, qu'as-tu prévu ? Quel est ton plan pour dans 20 ans ? Dans 30 ans ? Dans 40 ans ?
J'ai deux souhaits pour cette campagne, si tu permets, futur(e) Président(e) de la République. Deux souhaits pour mes enfants. Deux souhaits pour tes enfants.
1. Souhait numéro 1
Parle moi de l'école. Parle moi du collège. Parle moi éducation nationale.
Pas pour me dire que tu vas embaucher 60.000 professeurs de plus. On s'en fiche, ce n'est pas parce que tu embaucheras le lendemain de ton élection que l'école sera meilleure et pérenne.
Donne moi ton projet, ton plan de rénovation d'une école en déliquescence, d'une école qui n'intègre plus, qui ne forme plus. Avec des enseignants dont le métier n'est plus d'éduquer mais de "passer des savoirs". Explique-moi comment tu vas faire de nos enfants des citoyens. Explique-moi comment tu comptes mettre les meilleurs enseignants au collège, cette impasse pour beaucoup. Explique moi comment tu comptes former et motiver les enseignants de primaire pour que les plus mauvais élèves ne soient pas lâchés dès le CP et les meilleurs ne rentrent pas le soir à la maison avec le sentiment de n'avoir rien appris. Explique-moi ce que tu comptes faire de cette administration qui distingue tellement bien école, collège et lycées, locaux, cantines et enseignants, public et privé, que les synergies sont impossibles. Et je ne te parle pas que d'économies d'échelle, ce serait trop simple. C'est de travailler ensemble dont il est question ici. De se comprendre, de s'entendre, de partager, d'échanger, de collaborer, de s'épauler, de s'assister, de se former les uns les autres, de best practices (oui, il y a des pratiques meilleures que d'autres), de plan de développement des performances. Et non, tout n'est pas à jeter dans la culture d'entreprise.
Ôte moi cette envie qui me chatouille l'estomac de m'expatrier dans un pays où les enfants sont une priorité.
Dis moi à quoi ressemblera l'école de mes petits enfants.
2. Souhait numéro 2
Parle moi recherche et innovation. Dis moi comment tu vas aider les entreprises françaises à innover, les chercheurs français à trouver ce qu'ils cherchent... ou ne cherchent pas encore.
Comment vois-tu notre recherche dans dix ans, futur(e) Président(e) ? dans vingt ans ? Aurons-nous encore des prix Nobel ? Publierons-nous encore des articles dans Nature et Science ? des articles suffisamment innovants pour qu'ils soient repris dans la presse généraliste.
Que comptes-tu faire pour que nos chercheurs redeviennent ce qu'ils étaient : des découvreurs qu'on encourageait à chercher, auxquels on donnait les moyens de leur ambitions. Des passionnés qui avaient envie de transmettre leur savoir aux générations futures, qui savaient passionner leurs étudiants.
Quel est ton programme sur l'innovation en entreprise ? Que va devenir le Crédit Impôt Recherche, cet impôt si utile et si dévoyé ? Le réduiras-tu, le supprimeras-tu au motif qu'il est utilisé hors de son contexte à des fins qui n'ont que très peu à voir avec la recherche ou le développement tel qu'on pourrait l'entendre au CNRS. Par quoi le remplaceras-tu ? Comment donneras-tu envie à nos entrepreneurs d'entreprendre ici plutôt qu'ailleurs ?
Parles-moi de nos grandes écoles. Dis moi comment tu vas faire de nos jeunes chercheurs des élites mondiales alors que, de l'avis d'experts, le niveau des études scientifiques a dramatiquement baissé en dix ans, alors que les candidats au concours de nos grandes écoles peinent à tenir un raisonnement hors de ce qu'ils ont appris et bachoté.
Raconte moi l'élite de demain.
Raconte-moi la recherche de demain.
Explique-moi pourquoi mes enfants devraient rester en France pour y faire leur étude.
Explique-moi en quoi mes enfants ont intérêt à faire carrière en France.
Tu vois, futur(e) Président(e) de la République, je ne te demande pas grand-chose, juste un peu d'ambition pour nous tous, à défaut de l'avoir pour toi, et surtout une vision de précise de ce à quoi notre avenir collectif doit ressembler.
Raconte moi la France telle que tu la vois dans quinze ans, quand nos enfants seront adultes.
Et dis moi juste comment tu comptes y parvenir. Comment on passe d'aujourd'hui à demain. C'est simple. Dans mon jargon, on appelle ça un business case : je suis ici, je veux aller là et pour aller d'ici à là, voilà ce qu'il faut faire.
Alors, futur(e) Président de le République, c'est quoi ton business case ?
Merci à Menilmuche et Hipparkhos pour m'avoir inspiré ce billet, grâce à leurs connaissances et leur ouverture d'esprit.
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Enfants,
L'Actualité
mercredi 23 novembre 2011
Là où j'étais...
J'ai passé les deux derniers jours hors de France, à peine connectée aux internets mondiaux.
Ce recul m'a fait le plus grand bien.
Déconnecter aide à prendre de la distance.
1. Là où j'étais, ils ne savaient rien d'Agnès, de sa vie, de sa mort, des polémiques qui avaient suivi sa mort, des projets de loi d'une part, des propositions de loi d'autre part. Là où j'étais, qu'une jeune fille meurt en France leur importait à peu près autant que les morts de Syrie importent à mes concitoyens, c'est dire !
Le débat entre le PS et Europe-Ecologie-les-Verts, ils s'en fichaient aussi là où j'étais. Leur parler de combat s'agissant d'escarmouches verbales feutrées leur aurait d'ailleurs sans doute paru un tantinet exagéré vu leur passé récent.
Sur la télévision locale, on parlait du prix des maisons devenues invendables, du chômage qui rôde, de l'Euro dont les pronostiqueurs considéraient qu'il ne survivrait pas intact, de Bruxelles qui refusait le candidat local... et pas une fois le mot France n'a été prononcé.
Il faut parfois partir pour mieux comprendre ce que nous vivons. Les problèmes de fond, ce qui nous touche profondément sont ceux qui touchent également nos voisins. Les faits divers ne sont pas des questions de fond, ce sont des arguments électoraux.
Revenons à l'essentiel. A notre avenir de dans 10 ans, de dans 20 ans. Revenons à l'Europe.
Et donc, candidat à l'élection présidentielle, si tu pouvais cesser d'ergoter sur la réforme du droit pénal, qui est la tarte à la crème de tout élu de gauche ou de droite qui n'a rien à dire et veut faire un peu de ramdam (t'as vu j'ai pas écrit buzz ?) et passer à autre chose, ça nous rendrait service. De même, si tu pouvais oublier de commenter sur les contrats de mandat entre possibles candidats encore loin d'être élus, que ce soit les accords conclus ou à a conclu par ton parti ou celui du parti d'en face, ce serait bien aussi, parce que je sais que des accords, ton parti aussi en a conclus ou en conclura et donc c'est-cui-qui-dit-qui-y-est et lycée de Versailles.
Parle-moi du Monde, parle moi de l'Europe, parle moi de moi, à la fois partie essentielle d'un tout et sujet des mouvements sur lesquels je n'ai aucun contrôle et cesse de me prendre pour une imbécile.
2. là où j'étais, il n'y avait qu'un filet de wifi et pas de 3G, beaucoup trop chère. Et moi de me demander ce que serait ma vie de geekette si je ne devais plus avoir qu'un filet de wifi et pas de 3G partout où je suis. Et bien, sache, lecteur non geek, que pour l'accro que je suis, les conséquences du sevrage seraient catastrophiques.
Alors, je te préviens, candidat à l'élection présidentiel préoccupé - à juste titre - par Fukushima, ses conséquences, les risques que cet accident a mis en avant et le nécessaire désengagement du nucléaire, tu te débrouilles comme tu veux mais... Je fais une petite pause, là, parce que c'est phrase est déjà trop longue.... tu te débrouilles comme tu veux, je disais, mais tu t'arranges pour qu'on ait suffisamment d'électricité pour faire tourner les data centers indispensables à la bonne marche des internets mondiaux.
Tu peux couper les vivres des automobiles, augmenter les transports collectifs et nous forcer à revenir aux voitures à cheval (m'en fiche j'ai pas le permis) mais tu ne touche pas à nos vies virtuelles ! C'est clair ?!!!
Voilà. On va encore me dire que ce billet aborde deux sujets qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre. C'est vrai. Mais j'étais loin quand j'ai pensé à tout cela, mon esprit a vagabondé et là où il y a des moutons, on saute du coq à l'âne.
Ce recul m'a fait le plus grand bien.
Déconnecter aide à prendre de la distance.
1. Là où j'étais, ils ne savaient rien d'Agnès, de sa vie, de sa mort, des polémiques qui avaient suivi sa mort, des projets de loi d'une part, des propositions de loi d'autre part. Là où j'étais, qu'une jeune fille meurt en France leur importait à peu près autant que les morts de Syrie importent à mes concitoyens, c'est dire !
Le débat entre le PS et Europe-Ecologie-les-Verts, ils s'en fichaient aussi là où j'étais. Leur parler de combat s'agissant d'escarmouches verbales feutrées leur aurait d'ailleurs sans doute paru un tantinet exagéré vu leur passé récent.
Sur la télévision locale, on parlait du prix des maisons devenues invendables, du chômage qui rôde, de l'Euro dont les pronostiqueurs considéraient qu'il ne survivrait pas intact, de Bruxelles qui refusait le candidat local... et pas une fois le mot France n'a été prononcé.
Il faut parfois partir pour mieux comprendre ce que nous vivons. Les problèmes de fond, ce qui nous touche profondément sont ceux qui touchent également nos voisins. Les faits divers ne sont pas des questions de fond, ce sont des arguments électoraux.
Revenons à l'essentiel. A notre avenir de dans 10 ans, de dans 20 ans. Revenons à l'Europe.
Et donc, candidat à l'élection présidentielle, si tu pouvais cesser d'ergoter sur la réforme du droit pénal, qui est la tarte à la crème de tout élu de gauche ou de droite qui n'a rien à dire et veut faire un peu de ramdam (t'as vu j'ai pas écrit buzz ?) et passer à autre chose, ça nous rendrait service. De même, si tu pouvais oublier de commenter sur les contrats de mandat entre possibles candidats encore loin d'être élus, que ce soit les accords conclus ou à a conclu par ton parti ou celui du parti d'en face, ce serait bien aussi, parce que je sais que des accords, ton parti aussi en a conclus ou en conclura et donc c'est-cui-qui-dit-qui-y-est et lycée de Versailles.
Parle-moi du Monde, parle moi de l'Europe, parle moi de moi, à la fois partie essentielle d'un tout et sujet des mouvements sur lesquels je n'ai aucun contrôle et cesse de me prendre pour une imbécile.
2. là où j'étais, il n'y avait qu'un filet de wifi et pas de 3G, beaucoup trop chère. Et moi de me demander ce que serait ma vie de geekette si je ne devais plus avoir qu'un filet de wifi et pas de 3G partout où je suis. Et bien, sache, lecteur non geek, que pour l'accro que je suis, les conséquences du sevrage seraient catastrophiques.
Alors, je te préviens, candidat à l'élection présidentiel préoccupé - à juste titre - par Fukushima, ses conséquences, les risques que cet accident a mis en avant et le nécessaire désengagement du nucléaire, tu te débrouilles comme tu veux mais... Je fais une petite pause, là, parce que c'est phrase est déjà trop longue.... tu te débrouilles comme tu veux, je disais, mais tu t'arranges pour qu'on ait suffisamment d'électricité pour faire tourner les data centers indispensables à la bonne marche des internets mondiaux.
Tu peux couper les vivres des automobiles, augmenter les transports collectifs et nous forcer à revenir aux voitures à cheval (m'en fiche j'ai pas le permis) mais tu ne touche pas à nos vies virtuelles ! C'est clair ?!!!
Voilà. On va encore me dire que ce billet aborde deux sujets qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre. C'est vrai. Mais j'étais loin quand j'ai pensé à tout cela, mon esprit a vagabondé et là où il y a des moutons, on saute du coq à l'âne.
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samedi 19 novembre 2011
Au Chambon sur Lignon
Au Chambon sur Lignon, il y a des forêts et des rivières, un golf, des parpaillots... et un lycée, le collège Cévenol, lycée international pour la paix.
Au Chambon sur Lignon, il y a quelques jours une petite fille de 13 ans a été assassinée, peut-être par un camarade de classe avec un casier judiciaire.
Au Chambon sur Lignon, des gens de bien ont sauvé des milliers de juifs au péril de leur propre vie il n'y a pas si longtemps que cela.
Et moi de m'interroger, en tant que mère. Parce que le Chambon sur Lignon est propice à l'introspection et aux questions existentielles.
Si j'avais été une habitante du Chambon sur Lignon, en pleine guerre mondiale, aurais-je sauvé des enfants juifs, que je ne connaissais pas, au risque de mettre en danger mes propres enfants, protestants ?
Cette question, je me la pose souvent. Parce que je suis juive. Parce que je veux croire que j'aurais eu ce courage là, pour me sauver, moi. Parce qu'il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal. Parce qu'on est naturellement égoïste et qu'on cherche à protéger d'abord ses petits.
Je me la pose et je n'ai pas de réponse. Parfois, je me demande si je ne passe pas chaque jour devant une situation similaire qui mériterait que je m'engage. Parfois, je m'interroge sur ma propre faculté à remettre en question les décisions des nos gouvernants, de me poser la question de la Justice (avec une majuscule). Quand je passe devant cette femme qui dort dans la rue et me demande une piécette que je ne donne pas, quand je pense aux camarades d'école du Poussin qui vivent à six dans une petite chambre d'hôtel social à quelques dizaines de mètres de chez nous. Est-ce que je devrais faire quelque chose ? Est-ce que je pourrais faire quelque chose ?
Dans (presque) tous les cas, je préfère ne pas répondre aux questions que je me pose. Je rentre chez moi, je sers très fort mes enfants dans les bras et je continue ma vie, dans un mon cocon douillet. Je n'oublie pas... mais je n'agis pas.
Si j'avais un enfant délinquant sexuel non récidiviste, comment réagirais-je ? En parlerais-je ? A qui ?
Je suis maman d'un garçon de 7 ans. Un petit garçon sage, amoureux d'une de ses copines de classe, qui rougit et se cache lorsqu'on les rencontre, sa maman et elle, dans la rue. Difficile de l'imaginer à 17 ans, violent et déjà condamné pour agression sexuelle.
Et pourtant. Si cela devait arriver ? Si mon fils faisait une connerie ? Ce que je crois être une connerie. S'il buvait un coup de trop et se retrouvait devant les tribunaux. N'aurais-je pas envie de croire à l'acte isolé ? N'aurais-je pas envie de le protéger ? De ne rien dire... de ne pas vouloir ou pouvoir imaginer qu'il puisse récidiver. L'envoyer au loin, dans un lycée privé de bonne réputation, bien encadré, espérer qu'adolescence passe et qu'il devienne un homme responsable.
Et le juge ? Le juge devrait-il alerter l'école ? L'école alerter les parents ? Quelle est l'obligation de la Société ? Faut-il mettre une croix sur mon fils, marqué du fer rouge de l'infamie pour une acte qu'il a dit regretter et qui est isolé. Ne vaudrait-il pas mieux ne rien dire et s'assurer que l'adolescent soit suivi psychiatriquement ? Eviter que ses camarades d'école le craignent. Eviter qu'il soit totalement isolé et s'enferme dans des pratiques qui pourraient à terme conduire au pire.
Si j'étais la maman de cette enfant là, je crois que je ne voudrais pas que ça se sache, je crois que je voudrais régler le problème moi-même.
Pas glorieux sans doute. Mais honnête.
Si j'étais le parent d'une adolescente dans l'école, voudrais-je savoir qu'il y un délinquant dans cette école ?
Je suis maman d'une fillette de 5 ans, une fillette qui n'a pas sa langue dans sa poche, une fillette qui aime être jolie, qui aime plaire, qui minaude déjà aussi petiote soit-elle. Difficile de savoir quelle néo-adolescente elle sera, si elle aura envie de plaire aux garçons, si elle sera prête à partir se promener dans les bois avec un loup caché sous l'habit du prince.
J'ai été pensionnaire, livrée à moi même au milieu d'autres adolescents. J'avais 13 ans aussi. Je sais ce que c'est que d'être seule avec des parents loin. Est-ce mon éducation, est-ce inné, toujours est-il que je n'ai jamais eu envie de déconner, jamais eu envie de faire le mur pour aller faire un tour dans le dortoir des garçons. J'étais responsable. Trop peut-être. Mais il est trop tard pour revenir en arrière.
En pensant à ma fille de 5 ans bientôt 13, à moi et mes 13 ans encore si proches, je ne sais pas ce que je voudrais savoir des autres enfants de l'école. Je ne sais pas si je voudrais savoir qu'un garçon que ma fille ne connaît pas, ne fréquente pas, a un passé pénal. En revanche, si c'était un proche de ma fille, si on les avait vu bavarder dans la cour, discuter, rire ensemble, oui, je voudrais qu'on m'avertisse. Je ne sais pas ce que je ferais de cet avertissement... mais je voudrais savoir. Après, comment savoir si des jeunes sont proches ? Qui pour contrôler ? A partir de quand doit-on avertir les parents des autres enfants ?
Et si je savais, est-ce que je retirerais mon enfant de l'école ? Pas sûr. Je suis optimiste. Je pense que j'appellerais les parents du gamin, que j'essayerais de comprendre. Je mettrais sans doute ma fille en garde. Mais que vaut la mise en garde d'une mère quand on est une adolescente qui se construit par opposition à la mère ?
D'ailleurs, cet ado délinquant n'est-il pas justement celui qu'il faut sauver aujourd'hui ? Quel est le message de ces protestants sauveurs de juifs au péril de leur vie ?
Chambon sur Lignon, le village au mille questions....
L'héretique a une réponse radicale.
Peut-être est-ce la seule réponse possible finalement.
Tout dire. Laisser les parents décider.
Prévenir... pour ne pas avoir à guérir.
Au Chambon sur Lignon, il y a quelques jours une petite fille de 13 ans a été assassinée, peut-être par un camarade de classe avec un casier judiciaire.
Au Chambon sur Lignon, des gens de bien ont sauvé des milliers de juifs au péril de leur propre vie il n'y a pas si longtemps que cela.
Et moi de m'interroger, en tant que mère. Parce que le Chambon sur Lignon est propice à l'introspection et aux questions existentielles.
Si j'avais été une habitante du Chambon sur Lignon, en pleine guerre mondiale, aurais-je sauvé des enfants juifs, que je ne connaissais pas, au risque de mettre en danger mes propres enfants, protestants ?
Cette question, je me la pose souvent. Parce que je suis juive. Parce que je veux croire que j'aurais eu ce courage là, pour me sauver, moi. Parce qu'il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal. Parce qu'on est naturellement égoïste et qu'on cherche à protéger d'abord ses petits.
Je me la pose et je n'ai pas de réponse. Parfois, je me demande si je ne passe pas chaque jour devant une situation similaire qui mériterait que je m'engage. Parfois, je m'interroge sur ma propre faculté à remettre en question les décisions des nos gouvernants, de me poser la question de la Justice (avec une majuscule). Quand je passe devant cette femme qui dort dans la rue et me demande une piécette que je ne donne pas, quand je pense aux camarades d'école du Poussin qui vivent à six dans une petite chambre d'hôtel social à quelques dizaines de mètres de chez nous. Est-ce que je devrais faire quelque chose ? Est-ce que je pourrais faire quelque chose ?
Dans (presque) tous les cas, je préfère ne pas répondre aux questions que je me pose. Je rentre chez moi, je sers très fort mes enfants dans les bras et je continue ma vie, dans un mon cocon douillet. Je n'oublie pas... mais je n'agis pas.
Si j'avais un enfant délinquant sexuel non récidiviste, comment réagirais-je ? En parlerais-je ? A qui ?
Je suis maman d'un garçon de 7 ans. Un petit garçon sage, amoureux d'une de ses copines de classe, qui rougit et se cache lorsqu'on les rencontre, sa maman et elle, dans la rue. Difficile de l'imaginer à 17 ans, violent et déjà condamné pour agression sexuelle.
Et pourtant. Si cela devait arriver ? Si mon fils faisait une connerie ? Ce que je crois être une connerie. S'il buvait un coup de trop et se retrouvait devant les tribunaux. N'aurais-je pas envie de croire à l'acte isolé ? N'aurais-je pas envie de le protéger ? De ne rien dire... de ne pas vouloir ou pouvoir imaginer qu'il puisse récidiver. L'envoyer au loin, dans un lycée privé de bonne réputation, bien encadré, espérer qu'adolescence passe et qu'il devienne un homme responsable.
Et le juge ? Le juge devrait-il alerter l'école ? L'école alerter les parents ? Quelle est l'obligation de la Société ? Faut-il mettre une croix sur mon fils, marqué du fer rouge de l'infamie pour une acte qu'il a dit regretter et qui est isolé. Ne vaudrait-il pas mieux ne rien dire et s'assurer que l'adolescent soit suivi psychiatriquement ? Eviter que ses camarades d'école le craignent. Eviter qu'il soit totalement isolé et s'enferme dans des pratiques qui pourraient à terme conduire au pire.
Si j'étais la maman de cette enfant là, je crois que je ne voudrais pas que ça se sache, je crois que je voudrais régler le problème moi-même.
Pas glorieux sans doute. Mais honnête.
Si j'étais le parent d'une adolescente dans l'école, voudrais-je savoir qu'il y un délinquant dans cette école ?
Je suis maman d'une fillette de 5 ans, une fillette qui n'a pas sa langue dans sa poche, une fillette qui aime être jolie, qui aime plaire, qui minaude déjà aussi petiote soit-elle. Difficile de savoir quelle néo-adolescente elle sera, si elle aura envie de plaire aux garçons, si elle sera prête à partir se promener dans les bois avec un loup caché sous l'habit du prince.
J'ai été pensionnaire, livrée à moi même au milieu d'autres adolescents. J'avais 13 ans aussi. Je sais ce que c'est que d'être seule avec des parents loin. Est-ce mon éducation, est-ce inné, toujours est-il que je n'ai jamais eu envie de déconner, jamais eu envie de faire le mur pour aller faire un tour dans le dortoir des garçons. J'étais responsable. Trop peut-être. Mais il est trop tard pour revenir en arrière.
En pensant à ma fille de 5 ans bientôt 13, à moi et mes 13 ans encore si proches, je ne sais pas ce que je voudrais savoir des autres enfants de l'école. Je ne sais pas si je voudrais savoir qu'un garçon que ma fille ne connaît pas, ne fréquente pas, a un passé pénal. En revanche, si c'était un proche de ma fille, si on les avait vu bavarder dans la cour, discuter, rire ensemble, oui, je voudrais qu'on m'avertisse. Je ne sais pas ce que je ferais de cet avertissement... mais je voudrais savoir. Après, comment savoir si des jeunes sont proches ? Qui pour contrôler ? A partir de quand doit-on avertir les parents des autres enfants ?
Et si je savais, est-ce que je retirerais mon enfant de l'école ? Pas sûr. Je suis optimiste. Je pense que j'appellerais les parents du gamin, que j'essayerais de comprendre. Je mettrais sans doute ma fille en garde. Mais que vaut la mise en garde d'une mère quand on est une adolescente qui se construit par opposition à la mère ?
D'ailleurs, cet ado délinquant n'est-il pas justement celui qu'il faut sauver aujourd'hui ? Quel est le message de ces protestants sauveurs de juifs au péril de leur vie ?
Chambon sur Lignon, le village au mille questions....
L'héretique a une réponse radicale.
Peut-être est-ce la seule réponse possible finalement.
Tout dire. Laisser les parents décider.
Prévenir... pour ne pas avoir à guérir.
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mercredi 16 novembre 2011
DSK, le droit, la morale et moi
Depuis qu'il est évident que Dominique Strauss-Kahn ne reviendra pas à la vie politique, je ne m'intéresse plus guère au personnage... dépourvu de tout pouvoir, il peut bien faire ce qu'il veut de sa quéquette, peu me chaut. D'ailleurs, avant aussi, je m'en fichais. Sa réputation le précédait. On l'avait vu avec Anne Sinclair dans une boite échangiste, on le disait amateur de parties fines façon Eyes Wide Shut... je le savais. J'avais quand même envie de voter pour lui.

Et soudain l'Express publie un article nauséabond sur le monsieur, ses soirées coquines, ses SMS et quelques call-girls... et je m'interroge. Sur la normalité en matière sexuelle, sur la moralité, mon (a)moralité, le travail, la vie privée, l'impact entre les deux. Est-ce que la morale influence la façon dont nous voyons ceux qui nous gouverne ? Par quel prisme apprécions nous leurs prises de positions et les décisions qui en découlent ?
Prenons DSK. Imaginons qu'il soit devenu Président de la République.
Comment aurais-je évalué les décisions prises par son gouvernement ?
Sur l'économie, rien à redire. Ce qu'il fait le soir au coin du feu d'une boite échangiste influence peu l'économie. On me rétorquera que, quand même, des multinationales financent les parties fines. Ben oui. Et certains ont des amis richissimes qui financent des vacances sur des yachts. Les liens entre argent et pouvoir sont connus. On peut les critiquer mais qu'on ajoute du cul dans l'équation ne change pas grand chose au résultat.
Sur la sécurité et la justice, rien à redire non plus... encore que. Si on fait appel à des prostituées pour assouvir ses pulsions, on devra s'assurer d'abord que ces dames agissent en totale indépendance, sans proxénète. Parce que le proxénétisme, c'est pas vraiment autorisé chez nous.
Reste les questions de société. Un Président libertaire peut-il être crédible sur des questions aussi sensibles que l'union libre, le mariage des homosexuels, l'adoption, les religions ? Sans doute pas... Mais ce risque de parti pris sur les questions de morale est-il aussi grand qu'on peut le supposer ? Un président puritain et bigot serait tout autant taxé de parti pris...
Je poursuis mon raisonnement et je me demande pourquoi on est tous aussi soulagé de n'avoir pas élu DSK Président. En quoi ce que nous découvrons nous touche-t-il autant ?
Hypothèse 1 : DSK a violé la loi pénale
Si c'est le cas, oui, c'est une bonne raison pour ne pas l'élire Président. Seulement pour l'heure il n'est accusé de rien qui soit sanctionnable pénalement. Le dossier pénal américain sur l'affaire du Sofitel est clos. Le dossier pénal du Carlton de Lille n'a pas encore touché DSK, lequel selon ses avocats n'a pas encore été entendu. A ce jour donc, seul un litige civil est en cours aux Etats-Unis. Un litige entre deux individus, qui relève techniquement de la vie privée. Si je veux être totalement honnête, je ne devrais pas en tenir compte.
Hypothèse 2 : DSK nous a menti
On se rappellera ici de Clinton qui ne disait pas tout sur ses relations avec la stagiaire Levinsky (voir ici la vidéo) et du tollé que cela avait provoqué outre-atlantique. On se souviendra également des commentaires des journalistes français expliquant qu'une telle situation ne pourrait se produire en France, parce que la vie privée des gouvernants, les français s'en fichent et que le mensonge est toléré. Nous sommes nous américanisés depuis ?
Hypothèse 3 : l'attitude de DSK nous choque
Là, ce n'est plus du droit, c'est de la morale. Et doit-on faire entrer la morale dans le champ politique ? Quelqu'un dont le mode de vie nous choque fera-t-il un mauvais Président ? Préfère-t-on une personne dont le programme nous plaît mais la vie dissolue nous choque à la situation inverse ? Qu'est-ce qui compte, l'homme ou les idées ?
Je n'ai pas de réponse à ces questions. A chacun de se faire sa propre opinion, de réfléchir aux conséquences de son propre ressenti.
Hier, je participais à une formation intitulée diversity and inclusion dans l'entreprise. Il s'agissait d'évaluer comment nous réagissions à quelqu'un dont le physique, les idées ou le passé était différent du nôtre et comment nous pouvions accepter les différences, les valoriser et s'enrichir en partageant. Accepter l'autre, aussi différent soit-il. Sache lecteur que l'employeur ne forme pas les salariés dans le seul intérêt de les rendre meilleurs. Il y a un but caché : accepter l'autre, partager, améliore la productivité et la fidélité à l'employeur et c'est également meilleur pour l'image de la boite.
Au sortir de cette formation, je n'avais changé d'avis sur DSK : il peut bien faire ce qu'il veut de son cul et de sa bite. S'il avait été démontré qu'il n'avait pas contrevenu à la loi, seules ses idées m'auraient intéressée.
#teasing : un jour, je vous expliquerai comment j'en suis arrivée à n'avoir aucune morale en matière sexuelle... si vous êtes sages !
Image : Eyes Wide Shut tiré de wat.tv. Vidéo ici.

Et soudain l'Express publie un article nauséabond sur le monsieur, ses soirées coquines, ses SMS et quelques call-girls... et je m'interroge. Sur la normalité en matière sexuelle, sur la moralité, mon (a)moralité, le travail, la vie privée, l'impact entre les deux. Est-ce que la morale influence la façon dont nous voyons ceux qui nous gouverne ? Par quel prisme apprécions nous leurs prises de positions et les décisions qui en découlent ?
Prenons DSK. Imaginons qu'il soit devenu Président de la République.
Comment aurais-je évalué les décisions prises par son gouvernement ?
Sur l'économie, rien à redire. Ce qu'il fait le soir au coin du feu d'une boite échangiste influence peu l'économie. On me rétorquera que, quand même, des multinationales financent les parties fines. Ben oui. Et certains ont des amis richissimes qui financent des vacances sur des yachts. Les liens entre argent et pouvoir sont connus. On peut les critiquer mais qu'on ajoute du cul dans l'équation ne change pas grand chose au résultat.
Sur la sécurité et la justice, rien à redire non plus... encore que. Si on fait appel à des prostituées pour assouvir ses pulsions, on devra s'assurer d'abord que ces dames agissent en totale indépendance, sans proxénète. Parce que le proxénétisme, c'est pas vraiment autorisé chez nous.
Reste les questions de société. Un Président libertaire peut-il être crédible sur des questions aussi sensibles que l'union libre, le mariage des homosexuels, l'adoption, les religions ? Sans doute pas... Mais ce risque de parti pris sur les questions de morale est-il aussi grand qu'on peut le supposer ? Un président puritain et bigot serait tout autant taxé de parti pris...
Je poursuis mon raisonnement et je me demande pourquoi on est tous aussi soulagé de n'avoir pas élu DSK Président. En quoi ce que nous découvrons nous touche-t-il autant ?
Hypothèse 1 : DSK a violé la loi pénale
Si c'est le cas, oui, c'est une bonne raison pour ne pas l'élire Président. Seulement pour l'heure il n'est accusé de rien qui soit sanctionnable pénalement. Le dossier pénal américain sur l'affaire du Sofitel est clos. Le dossier pénal du Carlton de Lille n'a pas encore touché DSK, lequel selon ses avocats n'a pas encore été entendu. A ce jour donc, seul un litige civil est en cours aux Etats-Unis. Un litige entre deux individus, qui relève techniquement de la vie privée. Si je veux être totalement honnête, je ne devrais pas en tenir compte.
Hypothèse 2 : DSK nous a menti
On se rappellera ici de Clinton qui ne disait pas tout sur ses relations avec la stagiaire Levinsky (voir ici la vidéo) et du tollé que cela avait provoqué outre-atlantique. On se souviendra également des commentaires des journalistes français expliquant qu'une telle situation ne pourrait se produire en France, parce que la vie privée des gouvernants, les français s'en fichent et que le mensonge est toléré. Nous sommes nous américanisés depuis ?
Hypothèse 3 : l'attitude de DSK nous choque
Là, ce n'est plus du droit, c'est de la morale. Et doit-on faire entrer la morale dans le champ politique ? Quelqu'un dont le mode de vie nous choque fera-t-il un mauvais Président ? Préfère-t-on une personne dont le programme nous plaît mais la vie dissolue nous choque à la situation inverse ? Qu'est-ce qui compte, l'homme ou les idées ?
Je n'ai pas de réponse à ces questions. A chacun de se faire sa propre opinion, de réfléchir aux conséquences de son propre ressenti.
Hier, je participais à une formation intitulée diversity and inclusion dans l'entreprise. Il s'agissait d'évaluer comment nous réagissions à quelqu'un dont le physique, les idées ou le passé était différent du nôtre et comment nous pouvions accepter les différences, les valoriser et s'enrichir en partageant. Accepter l'autre, aussi différent soit-il. Sache lecteur que l'employeur ne forme pas les salariés dans le seul intérêt de les rendre meilleurs. Il y a un but caché : accepter l'autre, partager, améliore la productivité et la fidélité à l'employeur et c'est également meilleur pour l'image de la boite.
Au sortir de cette formation, je n'avais changé d'avis sur DSK : il peut bien faire ce qu'il veut de son cul et de sa bite. S'il avait été démontré qu'il n'avait pas contrevenu à la loi, seules ses idées m'auraient intéressée.
#teasing : un jour, je vous expliquerai comment j'en suis arrivée à n'avoir aucune morale en matière sexuelle... si vous êtes sages !
Image : Eyes Wide Shut tiré de wat.tv. Vidéo ici.
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mardi 15 novembre 2011
Promenons nous dans les bois de l'Orne
Ce weekend, nous étions chez Alain Lambert.
Mais noooooon, pas dans la 2ème circonscription de Paris dont il est candidat virtuel aux législatives, comme tu peux le constater là, lecteur connecté ! La Rive Gauche, je n'y mets les pieds que contrainte et forcée quand je n'ai aucun autre choix... comme par exemple quand on me force à mettre les pieds au Bon Marché. J'étais ailleurs ! Là où Alain Lambert a ses racines... Car Alain Lambert a le don d'ubiquité, à la fois parisien rive gauche donc mais aussi Président du Conseil Général de l'Orne.
Folie que de partir dans l'Orne pour un weekend me direz-vous... C'est loin, c'est en Normandie, il faut se coltiner l'A13 pour le retour... et sache, lecteur automobiliste, que je n'imaginais pas à quel point ce voyage de retour serait pénible quand nous avons improvisé ce voyage (la faute à un GPS récalcitrant qui nous a fait traverser la banlieue morose et désaffectée du nord de Paris).
Nous avions trois jours de libre, un besoin de verdure et un excellent souvenir du Manoir du Lys où nous avions séjourné il y a quelques années. Tant de bonnes raisons pour s'évader... Aucune envie de rester à Paris dans un appartement qui m'insupporte en ce moment, la maison de campagne fermée un peu prématurément pour l'hiver - y a pas idée aussi de faire aussi chaud mi-Novembre ! - et aucune obligation d'aucune sorte pour ce weekend du 11 novembre. Je n'ai d'ailleurs réalisé que le 11 novembre tombait un vendredi que le lundi précédent... ce qui m'a contrainte à annuler deux réunions avec des collègues allemands par un sibyllin bank holiday here qui ne trompait personne.
Et aucun regret.
A l'automne, l'Orne se pare de couleurs ocrées magnifiques...
J'ai ainsi redécouvert le plaisir des promenades en forêt.
On ne dira jamais assez combien les forêts sont loin de Paris. Le bois de Boulogne c'est bien, le bois de Vincennes, c'est encore mieux... mais ce sont des bois avec plein de routes dedans, pas de vraies forêts avec devant un panneau signalant chasse en cours ni de champignons bizarres au bord du chemin.

Personne sur les sentiers, juste nous et les enfants sur leurs vélos. Un gros pull bien chaud comme au bord de la mer. Le chien dont on peut ôter la laisse. Personne à gauche, personne devant, personne derrière.
On croise la maison de la sorcière, on s'invente des histoires qui font peur pour le plaisir de frissonner. On fait ouhouhouhouhou et on entend l'écho dans les branches. On se demande s'il y a des biches et des cerfs qui nous observent. L'enfant rappelle trèèèèèès haut perché que les loups ont disparu, qu'il n'y en a pas dans ces forêts là... On rit un peu trop fort. On respire, on inspire. On se dit que ça sent bon, trop habitués que nous sommes aux vapeurs des pots d'échappements et aux effluves s'échappant de restaurants bon marché sur le faubourg.

On fait des kilomètres, sans regarder sa montre. Les smartphones ne captent pas (d'ailleurs, si Alain Lambert pouvait faire quelque chose pour la connexion 3G dans l'Orne d'ici à ce qu'on revienne...). On est coupé du monde. Et c'est bien. C'est une nouvelle liberté. On rit. On prend des photos, on fait des films des enfants avec justement le smartphone qui peut servir à autre chose qu'à communiquer.
Quand on est tellement fatigué qu'on ne peut plus avancer, on retourne vers la civilisation.

Mais cette promenade en forêt là, on la savourera longtemps...
Mais noooooon, pas dans la 2ème circonscription de Paris dont il est candidat virtuel aux législatives, comme tu peux le constater là, lecteur connecté ! La Rive Gauche, je n'y mets les pieds que contrainte et forcée quand je n'ai aucun autre choix... comme par exemple quand on me force à mettre les pieds au Bon Marché. J'étais ailleurs ! Là où Alain Lambert a ses racines... Car Alain Lambert a le don d'ubiquité, à la fois parisien rive gauche donc mais aussi Président du Conseil Général de l'Orne.
Folie que de partir dans l'Orne pour un weekend me direz-vous... C'est loin, c'est en Normandie, il faut se coltiner l'A13 pour le retour... et sache, lecteur automobiliste, que je n'imaginais pas à quel point ce voyage de retour serait pénible quand nous avons improvisé ce voyage (la faute à un GPS récalcitrant qui nous a fait traverser la banlieue morose et désaffectée du nord de Paris).
Nous avions trois jours de libre, un besoin de verdure et un excellent souvenir du Manoir du Lys où nous avions séjourné il y a quelques années. Tant de bonnes raisons pour s'évader... Aucune envie de rester à Paris dans un appartement qui m'insupporte en ce moment, la maison de campagne fermée un peu prématurément pour l'hiver - y a pas idée aussi de faire aussi chaud mi-Novembre ! - et aucune obligation d'aucune sorte pour ce weekend du 11 novembre. Je n'ai d'ailleurs réalisé que le 11 novembre tombait un vendredi que le lundi précédent... ce qui m'a contrainte à annuler deux réunions avec des collègues allemands par un sibyllin bank holiday here qui ne trompait personne.
Donc direction l'Orne sur un coup de tête !
Et aucun regret.
A l'automne, l'Orne se pare de couleurs ocrées magnifiques...
J'ai ainsi redécouvert le plaisir des promenades en forêt.
On ne dira jamais assez combien les forêts sont loin de Paris. Le bois de Boulogne c'est bien, le bois de Vincennes, c'est encore mieux... mais ce sont des bois avec plein de routes dedans, pas de vraies forêts avec devant un panneau signalant chasse en cours ni de champignons bizarres au bord du chemin.

Personne sur les sentiers, juste nous et les enfants sur leurs vélos. Un gros pull bien chaud comme au bord de la mer. Le chien dont on peut ôter la laisse. Personne à gauche, personne devant, personne derrière.
On croise la maison de la sorcière, on s'invente des histoires qui font peur pour le plaisir de frissonner. On fait ouhouhouhouhou et on entend l'écho dans les branches. On se demande s'il y a des biches et des cerfs qui nous observent. L'enfant rappelle trèèèèèès haut perché que les loups ont disparu, qu'il n'y en a pas dans ces forêts là... On rit un peu trop fort. On respire, on inspire. On se dit que ça sent bon, trop habitués que nous sommes aux vapeurs des pots d'échappements et aux effluves s'échappant de restaurants bon marché sur le faubourg.

On fait des kilomètres, sans regarder sa montre. Les smartphones ne captent pas (d'ailleurs, si Alain Lambert pouvait faire quelque chose pour la connexion 3G dans l'Orne d'ici à ce qu'on revienne...). On est coupé du monde. Et c'est bien. C'est une nouvelle liberté. On rit. On prend des photos, on fait des films des enfants avec justement le smartphone qui peut servir à autre chose qu'à communiquer.
Quand on est tellement fatigué qu'on ne peut plus avancer, on retourne vers la civilisation.

Mais cette promenade en forêt là, on la savourera longtemps...
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dimanche 13 novembre 2011
Sur une plage de Normandie
Se retourner en arrière.
Il y a près de soixante-dix ans.
Sur une plage de Normandie
Si bleue, si calme.
Imaginer les cuirassés, les porte-avions, les sous-marins...
Une seule ligne à l'horizon.
Remonter dans le temps.
Ne pas parvenir à réaliser totalement.
Que pouvait penser le soldat du Reich qui regardait la mer à l'aube ?
Imaginer les cuirassés, les porte-avions, les sous-marins...
Une seule ligne à l'horizon.
Remonter dans le temps.
Ne pas parvenir à réaliser totalement.
Que pouvait penser le soldat du Reich qui regardait la mer à l'aube ?
Jour J.D-Day.
Fermer les yeux.
Etre heureux d'être en vie.
Penser qu'on ne serait sans doute pas là si ce jour là n'avait pas eu lieu.
Penser à ceux qui se sont battus.
Hommes jeunes, hommes courageux.
Qui ne parlaient ni la langue de Molière ni celle de Goethe.
Etrangers à nos conflits et pourtant là.
Pour nous.
Pour la liberté. Pour la démocratie. Pour la paix.
Se dire que la guerre, c'est pas beau et qu'il vaut toujours mieux la paix.Etre pleine de bons sentiments.
Déborder de mièvrerie et de saccharose.
Observer ses enfants se chamailler et en venir en mains.
Réaliser que tant que l'homme sera l'homme, il voudra ce qu'il croit que l'autre possède.
L'herbe est plus verte dans le jardin du voisin.
Se dire qu'il vaut mieux préparer la guerre... pour n'avoir pas à la faire.
Comprendre l'importance de l'Armée.
Comprendre l'importance d'avoir des alliés.
Méditer devant un parachutiste en silicone.Imaginer son enfant à sa place.
S'interroger sur sa propre capacité à faire de son enfant de la chair à canon.
S'interroger sur le temps qui passe.
Sommes-nous moins résistants à la mort que nos grands-parents?
Serions-nous capables de laisser nos enfants partir mourir pour sauver un autre continent?
Sommes-nous prêts à mourir contre la tyrannie?
Se dire qu'il y a 70 ans, on ne se posait pas la question.Américains, britanniques, canadiens...
Tous ont répondu présent.
Tous savaient qu'ils pourraient y rester.
Beaucoup y sont morts.
Leur dire merci silencieusement.
Imaginer une situation similaire.Se demander qui viendrait nous soutenir.
Constater que pas grand monde.
Et puis se dire que si, quand même, les américains seraient là.
Ces américains si manichéens...
Ces américains là n'ont pas peur de défendre la liberté telle qu'ils la conçoivent.
Parfois mal à propos.
Parfois sans réfléchir aux conséquences.
Mais toujours avec sincérité.
Et si l'Europe appelait à l'aide,
Je suis (presque) certaine que nos cousins de là-bas seraient au rendez-vous.
D'ailleurs, le poussin ne s'y est pas trompé.
C'est le drapeau étoilé qu'il a voulu acheter.
Parce que ce sont ces américains là qui nous ont sauvé.
Si vous voulez faire le même parcours que moi, vous poser les mêmes questions pour arriver à des réponses peut-être identiques, peut-être pas, rendez vous vite au Musée du Débarquement d'Arromanches et au Mémorial de Caen.
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Petits riens
samedi 5 novembre 2011
Gauche
Je suis gauche.
A ne pas confondre avec je suis de gauche, ce que je ne suis pas.
J'ai deux mains gauches. Pour être précise et exacte, il apparaît que j'ai plutôt deux mains droites au regard de ma condition de gauchère. En effet, pour un gaucher, la main gauche, c'est la main droite et vice-versa. Comprenez que je suis maladroite et non mal à droite, quoique - en bonne centriste - ma droite à moi est plus à gauche que la droite des plus droitistes des droitiers.
Gauche, je suis donc.
Gauche au point de renverser un verre d'eau sur the gros client (dans tous les sens du terme) la première fois qu'on osa me sortir de mon bureau, gauche à balancer d'un revers de main un verre de vin sur la nappe et la chemise du Doudou lors de notre premier rendez-vous galant, gauche à bousculer la serveuse qui apporte le café de sorte que le café a plu ses fines gouttelettes brûlantes sur mon voisin de droite. Tellement gauche que quand mon fils est né, je me suis dit qu'il allait bien y avoir un moment où j'allais le faire tomber, le cogner au mur ou le renverser de sa chaise haute, trois malheurs heureusement évités.
Gauche et distraite, du genre à lire un livre dans la rue et à me prendre le poteau métallique dans le front, à louper une marche et à me rétamer les quatre fers en l'air dans les escaliers du métro, à glisser sur le seul endroit glissant d'un long couloir au milieu d'un Open Space, m'envolant dans un cri et atterrissant au pied du DG qui n'en demandait pas tant.
Gauche et gourde, je suis. Mets moi une raquette de tennis dans la main et tu pourras observer comment je m'applique bien à danser autour de la balle sans jamais la toucher. Plante moi sur des skis et observe le vol plané quand soudain mes skis se croisent malgré l'effort mis à tenter de les maintenir parallèles. Demande moi d'apporter un gâteau sur une table, tu as une chance sur deux qu'il finisse par entarter l'invité d'honneur. Confie moi un plateau de coupes de champagne mais assure toi avant que ce ne soit pas des coupes en cristal à cent euros pièce. Remets moi une pochette remplie de papiers bien classés, tu les retrouveras éparpillés façon puzzle sur les lames de ton parquet. Si tu ne veux pas que tes biens les plus précieux soient perdus ou cassés, ne fais pas appel à moi, tu ne seras pas déçu.
Tu rigoles, lecteur, mais imagine la solitude de la Doudette qui se prend les pieds dans tous les tapis qu'elle croise, qui ne peut tenir un verre sans risquer de voir son contenu se répandre sur ses convives, qui vérifie vingt fois le contenu de son sac de voyage parce qu'il est possible que le passeport soit resté sur la table du Starbuck de l'aéroport d'escale et que le smartphone soit coincé entre deux sièges d'avion.
Gauche et étourdie, je suis. Je suis celle qui a oublié à la maison ma pièce d'identité le jour d'un examen important. C'est également moi qui perdait mes clés tous les six mois, clés pourtant systématiquement au fond du sac que j'avais fouillé de fond en comble deux fois avant d'appeler à l'aide. D'ailleurs, en parlant de sac, qui est cette fille qui passe son temps à coincer les sacs dans les portes, à se prendre les lanières dans les poignées des dites portes et ainsi donner à ses sacs un espérance de vie somme toutes assez limitée ? C'est moi !
Gauche, je suis. Gauche, je reste. Car hélas malgré des efforts redoublés, des travaux d'introspection creusant jusqu'aux tréfonds de mon inconscient délirant, ça ne se soigne pas. Donc, si tu me rencontres dans la vraie vie du dehors, celle où je bute et trébuche, tu fais gaffe et tu évites les chemises de luxe. Et ne viens surtout pas te plaindre si tu te retrouves avec le repas sur les genoux et de la sauce sur la manche. Tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu !
A ne pas confondre avec je suis de gauche, ce que je ne suis pas.
J'ai deux mains gauches. Pour être précise et exacte, il apparaît que j'ai plutôt deux mains droites au regard de ma condition de gauchère. En effet, pour un gaucher, la main gauche, c'est la main droite et vice-versa. Comprenez que je suis maladroite et non mal à droite, quoique - en bonne centriste - ma droite à moi est plus à gauche que la droite des plus droitistes des droitiers.
Gauche, je suis donc.
Gauche au point de renverser un verre d'eau sur the gros client (dans tous les sens du terme) la première fois qu'on osa me sortir de mon bureau, gauche à balancer d'un revers de main un verre de vin sur la nappe et la chemise du Doudou lors de notre premier rendez-vous galant, gauche à bousculer la serveuse qui apporte le café de sorte que le café a plu ses fines gouttelettes brûlantes sur mon voisin de droite. Tellement gauche que quand mon fils est né, je me suis dit qu'il allait bien y avoir un moment où j'allais le faire tomber, le cogner au mur ou le renverser de sa chaise haute, trois malheurs heureusement évités.
Gauche et distraite, du genre à lire un livre dans la rue et à me prendre le poteau métallique dans le front, à louper une marche et à me rétamer les quatre fers en l'air dans les escaliers du métro, à glisser sur le seul endroit glissant d'un long couloir au milieu d'un Open Space, m'envolant dans un cri et atterrissant au pied du DG qui n'en demandait pas tant.
Gauche et gourde, je suis. Mets moi une raquette de tennis dans la main et tu pourras observer comment je m'applique bien à danser autour de la balle sans jamais la toucher. Plante moi sur des skis et observe le vol plané quand soudain mes skis se croisent malgré l'effort mis à tenter de les maintenir parallèles. Demande moi d'apporter un gâteau sur une table, tu as une chance sur deux qu'il finisse par entarter l'invité d'honneur. Confie moi un plateau de coupes de champagne mais assure toi avant que ce ne soit pas des coupes en cristal à cent euros pièce. Remets moi une pochette remplie de papiers bien classés, tu les retrouveras éparpillés façon puzzle sur les lames de ton parquet. Si tu ne veux pas que tes biens les plus précieux soient perdus ou cassés, ne fais pas appel à moi, tu ne seras pas déçu.
Tu rigoles, lecteur, mais imagine la solitude de la Doudette qui se prend les pieds dans tous les tapis qu'elle croise, qui ne peut tenir un verre sans risquer de voir son contenu se répandre sur ses convives, qui vérifie vingt fois le contenu de son sac de voyage parce qu'il est possible que le passeport soit resté sur la table du Starbuck de l'aéroport d'escale et que le smartphone soit coincé entre deux sièges d'avion.
Gauche et étourdie, je suis. Je suis celle qui a oublié à la maison ma pièce d'identité le jour d'un examen important. C'est également moi qui perdait mes clés tous les six mois, clés pourtant systématiquement au fond du sac que j'avais fouillé de fond en comble deux fois avant d'appeler à l'aide. D'ailleurs, en parlant de sac, qui est cette fille qui passe son temps à coincer les sacs dans les portes, à se prendre les lanières dans les poignées des dites portes et ainsi donner à ses sacs un espérance de vie somme toutes assez limitée ? C'est moi !
Gauche, je suis. Gauche, je reste. Car hélas malgré des efforts redoublés, des travaux d'introspection creusant jusqu'aux tréfonds de mon inconscient délirant, ça ne se soigne pas. Donc, si tu me rencontres dans la vraie vie du dehors, celle où je bute et trébuche, tu fais gaffe et tu évites les chemises de luxe. Et ne viens surtout pas te plaindre si tu te retrouves avec le repas sur les genoux et de la sauce sur la manche. Tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu !
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Petits riens
jeudi 3 novembre 2011
L'Europe que j'ai rêvée
Je suis née au début des années 1970.
Quelque part en Europe de l'Ouest.
J'ai grandi dans un monde bipolaire où l'on espérait que les Russes aimaient aussi leurs enfants.
J'ai découvert la Révolution Française enseignée par des instituteurs communistes. J'ai appris l'Habeas Corpus et la guerre de cent ans de la bouche d'un professeur très british qui participait aux courses d'aviron entre Cambridge et Oxford. Puis on m'a tartinée de Guerre Froide telle que présentée par des enseignants nés à Amherst, Massachussets.
J'ai pleuré quand le mur de Berlin est tombé, le nez collé à mon écran. J'avais soif de liberté, soif de reconnaissance pour ces pays du bloc de l'Est qui découvraient notre monde...
J'ai déchiré mes cours d'histoire, quelque chose me disait que ça ne tomberait pas au bac en juin 1990. J'ai cru avec Hegel que la fin de l'Histoire était pour demain. Et j'ai souri quand j'ai découvert que le sujet de philo au bac était consacré à la mémoire et à l'oubli. Je ne savais pas encore ce qu'anosognosie signifiait.
J'étais la première à vouloir, toute étudiante ignare en économie que j'étais, l'intégration rapide de tous ces pays de derrière le rideau de fer à la Communauté Economique Européenne.
J'ai voté oui à Maastricht, l'un de mes premiers votes de citoyenne balbutiante. J'ai fait campagne pour le oui sur les bancs de l'université, adressant la parole à tous mes voisins du Grand Amphi pour tenter des les convaincre que l'Euro était notre avenir. J'étais alors amoureuse politiquement du parcours de de Jean-François Deniau. Centriste, déjà.
J'ai adoré tenir mon premier Euro dans les mains. Un Euro allemand offert par mon père.
J'étais fière quand la Communauté est devenue l'Union. L'Union, c'est mieux. Dans une union, on s'aime. Dans une union, on est solidaire. Pour le meilleur et pour le pire. On ne pouvait pas croire, sauf à être utopiste, qu'il n'y aurait que du meilleur et pas de pire. Il aurait fallu être naïf. L'étiez-vous ? L'étions-nous ?
J'ai voté oui à la Constitution Européenne. J'avais lu le texte, j'ai voté en connaissance de cause. J'étais fière de ce compromis. Fière de l'avancée que ce texte représentait. Un grand pas vers une gouvernance européenne. Là encore, j'ai saoulé mes collègues blasés, ma famille dépolitisée, lesquels ne voyaient pas l'intérêt de voter pour un texte qu'ils ne comprenaient pas... mais ne cherchaient pas à comprendre. J'ai tempêté, disserté, disséqué. J'ai tenté de convaincre.
J'ai pleuré de colère quand j'ai vu que non seulement vous mais d'autres idiots au delà de nos frontières (oui, à l'époque, vous étiez des idiots... et peut-être l'êtes-vous encore) avez voté non pour de mauvaises raisons. Chirac était un mauvais président, il n'aimait pas l'Europe, était-ce une bonne raison pour voter non ? L'Angleterre est une île entourée d'eau. Et alors ?!
J'ai cru à une Europe une et indivisible. J'ai cru que la fédération européenne serait notre lendemain qui chante.
Aujourd'hui la Grèce tombe... à pic ! Et certains considèrent qu'il faudrait peut-être, le cas échéant, l'exclure de l'Europe que nous connaissons.
La Grèce ?! Le berceau de l'Europe !
Sommes-nous si peu européens que nous pensions qu'il faille dénouer nos liens quand les temps sont durs. Ce n'est pas ma conception de l'union. Pour le meilleur... et pour le pire, on a dit !
Alors aujourd'hui, j'ai encore envie de pleurer.
Du coup, je relis la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950... et je vous en copie quelques extraits ici... parce qu'il ne faut jamais oublier d'où nous venons, jamais oublier que l'Europe se construit pas à pas, petit à petit.
La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.
La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d'une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre.
L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.
(...)
La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.
(...)
Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une communauté économique qui introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.
(...)
Voilà l'Europe que je veux, l'Europe utopique dans laquelle j'ai grandi : une Europe fédérale où chacun se respecte, où l'on raisonne en termes d'intérêt commun et non d'égoïsme particulier.
J'y ai cru.
J'y crois.
Je soutiendrais en 2012 celui qui aura le courage de rappeler cette vérité essentielle.
Dois-je cesser d'y croire ?
Et parce qu'il faut parfois regarder en arrière pour penser l'avenir, je te rappelle, lecteur né dans les années 1980 qu'il y a eu une époque, avant tes premiers souvenirs, où l'on pensait vraiment qu'on allait se prendre un scud des russes. Un vrai. La bombe A sur nos tronches ! On en rigole aujourd'hui.
On rigolera peut-être moins demain.
Quelque part en Europe de l'Ouest.
J'ai grandi dans un monde bipolaire où l'on espérait que les Russes aimaient aussi leurs enfants.
J'ai découvert la Révolution Française enseignée par des instituteurs communistes. J'ai appris l'Habeas Corpus et la guerre de cent ans de la bouche d'un professeur très british qui participait aux courses d'aviron entre Cambridge et Oxford. Puis on m'a tartinée de Guerre Froide telle que présentée par des enseignants nés à Amherst, Massachussets.
J'ai pleuré quand le mur de Berlin est tombé, le nez collé à mon écran. J'avais soif de liberté, soif de reconnaissance pour ces pays du bloc de l'Est qui découvraient notre monde...
J'ai déchiré mes cours d'histoire, quelque chose me disait que ça ne tomberait pas au bac en juin 1990. J'ai cru avec Hegel que la fin de l'Histoire était pour demain. Et j'ai souri quand j'ai découvert que le sujet de philo au bac était consacré à la mémoire et à l'oubli. Je ne savais pas encore ce qu'anosognosie signifiait.
J'étais la première à vouloir, toute étudiante ignare en économie que j'étais, l'intégration rapide de tous ces pays de derrière le rideau de fer à la Communauté Economique Européenne.
J'ai voté oui à Maastricht, l'un de mes premiers votes de citoyenne balbutiante. J'ai fait campagne pour le oui sur les bancs de l'université, adressant la parole à tous mes voisins du Grand Amphi pour tenter des les convaincre que l'Euro était notre avenir. J'étais alors amoureuse politiquement du parcours de de Jean-François Deniau. Centriste, déjà.
J'ai adoré tenir mon premier Euro dans les mains. Un Euro allemand offert par mon père.
J'étais fière quand la Communauté est devenue l'Union. L'Union, c'est mieux. Dans une union, on s'aime. Dans une union, on est solidaire. Pour le meilleur et pour le pire. On ne pouvait pas croire, sauf à être utopiste, qu'il n'y aurait que du meilleur et pas de pire. Il aurait fallu être naïf. L'étiez-vous ? L'étions-nous ?
J'ai voté oui à la Constitution Européenne. J'avais lu le texte, j'ai voté en connaissance de cause. J'étais fière de ce compromis. Fière de l'avancée que ce texte représentait. Un grand pas vers une gouvernance européenne. Là encore, j'ai saoulé mes collègues blasés, ma famille dépolitisée, lesquels ne voyaient pas l'intérêt de voter pour un texte qu'ils ne comprenaient pas... mais ne cherchaient pas à comprendre. J'ai tempêté, disserté, disséqué. J'ai tenté de convaincre.
J'ai pleuré de colère quand j'ai vu que non seulement vous mais d'autres idiots au delà de nos frontières (oui, à l'époque, vous étiez des idiots... et peut-être l'êtes-vous encore) avez voté non pour de mauvaises raisons. Chirac était un mauvais président, il n'aimait pas l'Europe, était-ce une bonne raison pour voter non ? L'Angleterre est une île entourée d'eau. Et alors ?!
J'ai cru à une Europe une et indivisible. J'ai cru que la fédération européenne serait notre lendemain qui chante.
Aujourd'hui la Grèce tombe... à pic ! Et certains considèrent qu'il faudrait peut-être, le cas échéant, l'exclure de l'Europe que nous connaissons.
La Grèce ?! Le berceau de l'Europe !
Sommes-nous si peu européens que nous pensions qu'il faille dénouer nos liens quand les temps sont durs. Ce n'est pas ma conception de l'union. Pour le meilleur... et pour le pire, on a dit !
Alors aujourd'hui, j'ai encore envie de pleurer.
Du coup, je relis la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950... et je vous en copie quelques extraits ici... parce qu'il ne faut jamais oublier d'où nous venons, jamais oublier que l'Europe se construit pas à pas, petit à petit.
La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.
La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d'une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre.
L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.
(...)
La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.
(...)
Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une communauté économique qui introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.
(...)
Voilà l'Europe que je veux, l'Europe utopique dans laquelle j'ai grandi : une Europe fédérale où chacun se respecte, où l'on raisonne en termes d'intérêt commun et non d'égoïsme particulier.
J'y ai cru.
J'y crois.
Je soutiendrais en 2012 celui qui aura le courage de rappeler cette vérité essentielle.
Dois-je cesser d'y croire ?
Et parce qu'il faut parfois regarder en arrière pour penser l'avenir, je te rappelle, lecteur né dans les années 1980 qu'il y a eu une époque, avant tes premiers souvenirs, où l'on pensait vraiment qu'on allait se prendre un scud des russes. Un vrai. La bombe A sur nos tronches ! On en rigole aujourd'hui.
On rigolera peut-être moins demain.
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L'Actualité
mercredi 2 novembre 2011
La fête des morts
Tout à l'heure, j'étais dans la salle de bain, pour mes ablutions matinales, la porte entrouverte et j'entendais les Poussins papoter dans le couloir. Tout cela pour dire que je n'espionnais pas... non, je n'espionnais pas !
- Tu sais, dans 43 ans tu auras.... (long silence du Poussin) 48 ans.
- Wouha, je serai vieille ! Et toi tu auras quel âge ?
(re-long silence du Poussin, dont je suppose qu'il compte dans sa tête)
- 50 ans !
Hourra ! mon fils sait faire une addition.
- Ah ben tu seras mort alors, constate sa soeur, pas plus émue que ça.
- Mais non, je serai pas mort ! Regarde pépé il est vieux et il n'est pas mort.
Voilà qui va plaire à mon vieux père.
Silence des Poussins. Je vais pour intervenir, expliquer que cinquante ans, c'est jeune, histoire que les copains ayant atteint cet âge vénérable ne s'émeuvent pas si les Poussins venaient à réitérer cette conversation. C'est sans compter avec l'esprit d'escalier du Poussin qui me coupe le sifflet.
- Dis, Poussinette, le jour des morts, tu mettras des fleurs sur mon tombeau ?
- Ton tombeau ?, interroge sa soeur, incrédule et/ou ignare.
On rappelle ici au lecteur distrait que le tombeau est nécessairement l'ambition ultime de mon futur Président de fils.
- Oui, bon, sur ma tombe.
- Ah mais tu seras mort ?, demande la Poussinette qui décidément a du mal à suivre.
- Ben oui, c'est le jour des morts. Je serais mort.
Réponse du tac au tac de ma fille, qui sait ce qu'elle veut... et ne veut pas.
- Nan. J'en mettrai pas des fleurs.
Soupir du Poussin, estomaqué et déçu.
- Ah bon ?
- Ben non, je te mettrai pas dans la terre. C'est triste la terre.
- Mais si je suis mort, je suis dans la terre. Allez, tu mets des fleurs ou pas ?
Je pourrai intervenir, expliquer crémation, don du corps à la science mais ce serait louper une discussion unique... et non, je n'espionne pas.
- Bon alors, on dit que t'es mort et que tu es dans la terre ?
Oui ma fille a bien assimilé la notion de reformulation de la question pour être certain de l'avoir bien comprise.
- Oui, souffle, le Poussin, exaspéré.
Silence encore. Ma fille réfléchit.
- Tu sais, je mettrai pas des fleurs, je mettrai des ballons de toutes les couleurs, des paillettes, des fleurs en papiers et un arc en ciel, comme ça, ta tombe, elle sera jolie et toi tu seras pas triste sous la terre.
Je suis toujours dans ma salle de bains. Y a de le buée dans mes yeux et ce n'est pas que parce que la douche était chaude. Je suis sur mon petit nuage de maman fière de ses enfants qui s'aiment...
... et soudain j'entends dans la brume de mon émotion le Poussin qui réplique :
- Nan, mais tu comprends rien, on a dit fleurs ou pas fleurs ! Le reste, c'est nul.
Adieu ballons, paillettes et arc en ciel...
- Tu sais, dans 43 ans tu auras.... (long silence du Poussin) 48 ans.
- Wouha, je serai vieille ! Et toi tu auras quel âge ?
(re-long silence du Poussin, dont je suppose qu'il compte dans sa tête)
- 50 ans !
Hourra ! mon fils sait faire une addition.
- Ah ben tu seras mort alors, constate sa soeur, pas plus émue que ça.
- Mais non, je serai pas mort ! Regarde pépé il est vieux et il n'est pas mort.
Voilà qui va plaire à mon vieux père.
Silence des Poussins. Je vais pour intervenir, expliquer que cinquante ans, c'est jeune, histoire que les copains ayant atteint cet âge vénérable ne s'émeuvent pas si les Poussins venaient à réitérer cette conversation. C'est sans compter avec l'esprit d'escalier du Poussin qui me coupe le sifflet.
- Dis, Poussinette, le jour des morts, tu mettras des fleurs sur mon tombeau ?
- Ton tombeau ?, interroge sa soeur, incrédule et/ou ignare.
On rappelle ici au lecteur distrait que le tombeau est nécessairement l'ambition ultime de mon futur Président de fils.
- Oui, bon, sur ma tombe.
- Ah mais tu seras mort ?, demande la Poussinette qui décidément a du mal à suivre.
- Ben oui, c'est le jour des morts. Je serais mort.
Réponse du tac au tac de ma fille, qui sait ce qu'elle veut... et ne veut pas.
- Nan. J'en mettrai pas des fleurs.
Soupir du Poussin, estomaqué et déçu.
- Ah bon ?
- Ben non, je te mettrai pas dans la terre. C'est triste la terre.
- Mais si je suis mort, je suis dans la terre. Allez, tu mets des fleurs ou pas ?
Je pourrai intervenir, expliquer crémation, don du corps à la science mais ce serait louper une discussion unique... et non, je n'espionne pas.
- Bon alors, on dit que t'es mort et que tu es dans la terre ?
Oui ma fille a bien assimilé la notion de reformulation de la question pour être certain de l'avoir bien comprise.
- Oui, souffle, le Poussin, exaspéré.
Silence encore. Ma fille réfléchit.
- Tu sais, je mettrai pas des fleurs, je mettrai des ballons de toutes les couleurs, des paillettes, des fleurs en papiers et un arc en ciel, comme ça, ta tombe, elle sera jolie et toi tu seras pas triste sous la terre.
Je suis toujours dans ma salle de bains. Y a de le buée dans mes yeux et ce n'est pas que parce que la douche était chaude. Je suis sur mon petit nuage de maman fière de ses enfants qui s'aiment...
... et soudain j'entends dans la brume de mon émotion le Poussin qui réplique :
- Nan, mais tu comprends rien, on a dit fleurs ou pas fleurs ! Le reste, c'est nul.
Adieu ballons, paillettes et arc en ciel...
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