Partir en vacances avec le
Doudou, c'est s'exposer à les passer dans un bureau sombre, à le regarder trifouiller l'intérieur d'un ordinateur.
Là, par exemple, nous sommes en vacances. Chez mon père, dont je t'ai raconté les exploits
ici. Nous avons en effet décidé que, mon paternel ayant désormais des difficultés pour monter à Paris, nous pouvions nous décentraliser dans le midi, le temps d'une semaine, histoire de passer un
pré-Noël en famille.
Il se trouve que mon père a un ordinateur. Un
PC. Un ordinateur que le
Doudou lui a configuré il y a quelques années. Depuis, mon père a ouvert toutes les pièces jointes que lui ont envoyé ses copains du bout du monde, est allé se promener sur la toile visiter des sites bizarres, malgré les gros
stooooop qui s'affichaient sur l'écran au moment d'ouvrir la page. Autant dire que, quelques années après son installation et malgré
l'anti-virus que mon père prend soin de mettre à jour régulièrement (
dit-il), le diagnostic du
Doudou, mis à contribution dès le premier soir, est sans appel : il faut soit réinstaller complètement la machine, soit la changer.
Parce que nous mon père vit loin de chez nous, qu'on culpabilise un peu de cette distance qu'il nous a imposée (ben oui, c'est lui qui part, c'est nous qui nous faisons des noeuds au ventre, classique), qu'on offre des objets utilitaires
sympas aux parents du
Doudou de temps en temps, et que nous ne faisons pas systématiquement un cadeau à chaque anniversaire de mon père ou de sa femme, nous décidons de leur offrir un nouvelle tour. Un truc récent. Qui fonctionne comme il faut.
Le
Doudou suggère un mac. Genre Apple quelque chose. Je lui rappelle l'axiome des grands-parents : le
grand-parent n'aime pas la nouveauté, ne comprend pas la nouveauté. Si on passe mon père à Apple, prétendument plus simple et intuitif, c'est le
Doudou qui passera l'année 2012 au téléphone à expliquer à son beau-père pourquoi l'ordinateur Apple ne fonctionne pas comme celui qu'il avait avant. La constance s'impose. En informatique comme en tout, le mieux est l'ennemi du bien.
Première expédition au centre commercial du bled du coin.
Parmi les autochtones qui font leurs courses de Noël, sont vraisemblablement très en retard et ont donc décidé de tous se retrouver à la FNAC le dimanche d'ouverture d'avant les fêtes... Tandis que nous patientons dans une queue de dix mètres de long à la caisse, je demande la bouche en coeur en
Doudou si nous n'avons besoin de rien d'autre.
Faut pas un autre écran pour aller avec la nouvelle tour ?, je fais, candide. Le
Doudou, magnanime; ne feint même pas de répondre à cette question idiote, il hausse les épaules et me fait ainsi comprendre que je ne connais rien à rien à la chose informatique, ce qui - admettons le - n'est pas loin d'être exact.
Retour la maison de mon père. Remerciement appuyés. Effusions.
Et inquiétudes. C'est que mon père ne supporte pas les changements. Au moment où le
Doudou commence à installer la nouvelle tour, mon père voit déjà l'ensemble de ses données s'évanouir dans la nature, perdues à jamais. Un autodafé virtuel de l'ensemble de sa production littéraire, jamais éditée et tellement précieuse, qu'il a pourtant sur trois clés
USB en sauvegarde. Les photos de ses petits enfants, dont j'ai moi-même trois ou quatre sauvegardes, envolées dans les nuages. Tout y passe. La peur de perdre surpasse tout. Il pose mille questions au
Doudou, qui répond, calme et précis.
Ça a l'air de le rassurer. Dans la même situation, à la place du
Doudou, j'aurais balancé la souris à la tête du paternel, histoire de lui couper le sifflet. Le
Doudou ne dit rien, ne hurle pas, il sourit même. Je ne peux que me rendre à l'évidence : le Doudou est un saint.
Le
Doudou éventre la bête. Il enlève le disque dur de la vieille machine pour le planter dans la nouvelle machine... Sauf que:
- Meeeerde, j'ai oublié le rac !Je ne sais pas ce qu'est un
rac mais je sais que j'avais posé la question de savoir si on avait bien tout. Je rigole....
Continuation de l'installation.
- Nan mais c'est quoi ce clavier ? Faut un clavier USB ! T'as pas un adaptateur ?La question s'adresse à mon père qui, en matière d'adaptateur, en est resté aux adaptateurs de voyage, quand il partait jeune ingénieur se promener dans les contrées
grande-bretonnes.
- Euh non, j'ai pas ça. Mais j'ai ça.Et mon père de sortir une boite à chaussure pleine de câbles et trucs électroniques divers. Comme quoi, y a pas besoin d'être
geek pour stocker des tas de trucs inutiles.
- Bon, ben tant pis, on ira demain.Demain ?! Non mais oh ! J'ai une tête à aller à la
FNAC deux jours de suite ?!
Sauf que là, c'est pas la
FNAC. La
FNAC n'a pas de
rac. Non pas que je sache ce qu'est un
rac mais je sais que la
FNAC n'en a pas, c'est le
Doudou qui l'a dit.
Le lendemain, le
GPS nous guide vers une échoppe informatique où sont commercialisés clavier et
rac. Nous faisons l'acquisition de ce qui nous manque... et nous laissons guider par le
GPS sur le chemin de retour vers chez mon paternel. Hélas, le
GPS ne connaît pas Noël, les routes barrées et les dizaines de voitures qui comme nous traversent la ville à cette heure. Nous mettons vingt minutes pour faire trente mètres, pire que sur les voies sur berge aux heures de pointe, Parisien ! Un cauchemar d'automobiliste. Je peste, je râle. Passer deux heures dans la voiture à la recherche du
Graal informatique n'est pas ma conception des vacances réussies. Du coup, je prends des photos des décorations de Noël. Ça m'occupe et puis des palmiers de Noël, ça change des sapins !

Enfin nous arrivons à la maison.
Je me dis que c'est cool, que je vais pouvoir
bloguer un peu... mais non ! il manque un câble pour faire marcher le
wifi. Le câble, c'est soit pour
l'ordi, soit pour le
wifi...
Du coup, halte chez autre échoppe sur le chemin de l'hôtel qui peut nous vendre le câble qui manque.
Ce matin, tout fonctionne enfin.
Tout ? non.
Car un logiciel récalcitrant, un logiciel qui fonctionnait sous l'ancien
PC, un logiciel auquel mon père tient comme à la prunelle de ses yeux, refuse d'apparaître sur le nouveau bureau, malgré la réinstallation à laquelle le
Doudou a procédé.
Là, tandis que je rédige ces quelques lignes, le
Doudou tente de comprendre la faille, tandis que mon père, debout derrière lui, ponctue de commentaires et propositions qu'il estime utile à la manifestation de la vérité, chaque clic du
Doudou. Pour l'instant, le
Doudou ne lui a pas encore demandé de quitter la pièce et quand je tente une manoeuvre pour libérer les lieux, genre
Papa, laisse-le tranquille, tu le gènes, là !, le
Doudou répond, très gendre idéal,
Mais nooon, ça ne me dérange pas du tout, au contraire. Au contraire, tu parles !
M'enfin, faudra pas se plaindre après de ce qu'il a passé la semaine à bidouiller
l'ordi avec en plus le beau-père sur le dos. Je suis témoin, c'est lui qui a proposé. A chaque fois.
Sur ce, j'ai une lessive à faire.
Oui, ce sont les vacances. Et alors ?
[
rectificatif : on me signale dans l'oreillette twitterante qu'on dit "rack" et non "rac". Je tiens ici à signaler que le Doudou a lu ce billet et m'a laissée dans l'erreur, ça se paiera !]