mardi 10 janvier 2012

L'école, les photos et Internet

Je m'interrogeais ici sur la place des images de nos enfants sur la toile et sur ce qu'il était ou pas légitime de faire. Ça me semblait (et me semble encore) un chantier gigantesque...

Les fondations ne sont pas encore solides que nous essuyons déjà les plâtres avec nos enfants comme premiers cobayes d'une vie numérique dont ne connaît pas l'issue. Resterons nous vivants sur la toile, Eden virtuel, quand nos cendres se seront évaporées depuis des siècles ? Telle est la question que je n'ose pas encore me poser.

Le problème posé était déjà épineux et pourtant je n'avais pas pris en compte la variable école dans l'équation. Dans la nébuleuse de mon cerveau embrumée, je me doutais bien qu'il pouvait y avoir un impondérable école mais, flemmarde, j'avais décidé de ne pas en tenir compte. Trop compliqué. Et la complication nuit à la démonstration.

En outre, quand j'étais enfant, ce qui remonte à un temps où la pellicule était argentique et le développement en chambre noire, laquelle chambre m'apparaissait étrangement rouge pour une chambre noire, lorsque des photographies étaient prises à l'école, elles étaient affichées sur un mur et on n'en parlait plus. On ne photocopiait pas, on ronéotypait (oui, je suis aussi vieille que ça !). Et donc, les enfants n'avaient pas de cahier de vie avec les photos des sorties scolaires collées dessus.

Mais aujourd'hui est un autre monde. Et il convient de s'adapter. Deux exemples tirés de ma vie de maman, pour faire plaisir à ceux qui croient encore que ce blog portninwak est un blog de maman.


- exemple numéro 1

Avant Noël, la prof de musique de l'école du Poussin avait organisé un petit spectacle de danses du temps passé, destiné à nous démontrer que l'enfant du XXIème Siècle peut maîtriser la picadelle et le brisquet. Bien évidemment, l'assistance, composée exclusivement de parents attendris qui n'avaient d'yeux que pour leur progéniture, a dégainé smartphones, caméras et appareils photos pour immortaliser ces bouts de chou, troooop crôquignous... Ça a flashé de toutes parts.

A la rentrée de janvier, une note de la directrice dans le cahier de correspondance nous enjoignait à ne publier ni photos ni films sur les internets mondiaux, sous peine de nous attirer le courroux d'une administration tatillonne... A défaut, elle interdirait les appareils photos et tout autre moyen de prendre des photos aux prochains évènements scolaires. Ô frustration ! Le ton du message était direct, sans fioriture et un peu adjudant chef remettant la Légion au pas.


Exemple numéro 2

La maîtresse de la Poussinette entend mettre en ligne, accessible aux parents, un album des photographies des sorties scolaires. Elle a ainsi demandé aux parents d'accepter individuellement, expressément et par écrit cette mise en ligne.

Le Doudou et moi avons hésité... puis accepté que notre fille y soit. Cependant, pour faire honneur à notre qualité de parents juristes, nous avons soumis notre acceptation à un certain nombre de conditions suspensives que nous avons - aussi lisiblement que possibles - mentionnées sur le carnet de correspondance : le compte devait avoir un mot de passe et/ou il ne devait être ni public, ni indexé.

La maîtresse n'a pas tiqué, a lu notre prose en souriant et m'a confirmé qu'elle y avait pensé et que donc tout irait bien.


Ces deux exemples posent un certain nombre de questions sur nos comportements.

1. Nous, qui sommes si prompts à protéger l'image de nos propres enfants, avons-nous le même souci pour les enfants des autres ? Je pense notamment aux parents blogueurs qui font bien attention à ne pas mettre la tête de leurs enfants sur leur blogs. Font-ils aussi attention aux camarades de classe ? Quand nous photographions un évènement scolaire et instagram-ons / twitpiquons l'évènement, outre-passons nous nos droits ?

2. Si quelques parents refusent que l'image de leur enfant soit mise en ligne sur un site protégé, quels droits pour les autres enfants ? Imaginons que ma fille se trouve sur une photo avec une des ses ex-futures-meilleures copines et que les parents de cette ex-future-meilleure copine refusent que leur fille apparaisse, comment puis-je avoir accès à l'image de ma fille ?

3. Comment l'école peut-elle contrôler que l'image des élèves est protégée de façon appropriée ? Les enseignants n'ont pas les moyens et ne sont pas formés à surfer sur internet pour protéger leurs ouailles.


Nous sommes aux balbutiements de l'usage du net par l'école et les parents d'élèves... et il me semble utile, en conclusion de ce billet, de revenir à un vieux texte, qui trouve désormais de nouveaux débouchés :

Code civil - Article 9


Chacun a droit au respect de sa vie privée.

Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.

11 commentaires:

  1. Bonjour ! Mon premier commentaire ici je crois, pour dire que je suis totalement sur la même longueur d'onde (nous avons aussi rajouté les mêmes conditions manuellement sur une autorisation de photographier, pour la crèche cette fois...). Pour ma part j'évite aussi de raconter trop d'anecdotes sur les enfants, et en particulier si elles ne sont pas très flatteuses ; même si mon blog est anonyme je crois qu'ils ont droit à leur vie à peu près privée !

    RépondreSupprimer
  2. Ah oui! Nous avons les mêmes questions. Perso je m'interdis toute photo avec le téléphone car on a trop vite fait de mettre en ligne dans la foulée.
    Mais au bout du compte, je trouve quand même certains parents / instituteurs trop extrêmes. Qu'est-ce qui peut bien se passer de si grave avec ces photos? Tant qu'elles ne sont pas détournées pour un usage commercial, je n'y vois pas de problème finalement.
    Mais je me sens parfois isolée sur ce point de vue !

    RépondreSupprimer
  3. Meme considération chez moi! ;o)

    Je m'arrange toujours pour que les visages ne soient pas visibles sur les photos que je twitpice. Que ce soient mes enfants ou ceux des autres ...

    Par contre, je n'avais jamais pensé aux photos/videos prises à l'école ...

    Par contre, j'y ai pensé au niveau de l'unité scoute ... ;o)

    RépondreSupprimer
  4. Très bonne analyse de nos incohérences

    RépondreSupprimer
  5. J'ai été très choquée récemment de me voir, en famille avec enfants, sur une publication FB, heureusement non taguée, photo prise lors du repas annuel de l'orchestre dont fait partie mon mari. S'il avait été question de publier ces photos sur un site internet privé protégé par mot de passe, ce pour quoi nous avions donné notre accord, il n'a jamais été question de FB.

    Quand nos enfants auront tous un compte FB (rêvons de les en dissuader, mais oui mais oui), si nous pouvons les sensibiliser à rester corrects dans leur publications, aurons-nous une influence sur les publications de leurs amis? Impossible... et bien inquiétant.

    RépondreSupprimer
  6. oui, j'ai lu hier un article "Peut on photographier librement les personnes dans la rue ?"
    ça revient exactement au même en fait, on a tendance a dégainer les smartphones pour balancer sur le net un truc qui nous a fait marrer mais faut faire attention quand même... Me rappelle le film Paparazzi avec Timsit, le gars est à un match de foot alors qu'il est censé être malade, et se retrouve en une des journaux. Je ne me souviens pas du film, mais juste de cette situation, que j'avais à l'époque trouvé scandaleuse. C'est pas parce qu'on est monsieur X ou Y qu'on a pas le droit au respect de sa vie privée. Avec twitter par exemple, un profil public comme le mien, une photo peut être vue par tout le monde. Donc je prends bien garde à ne jamais prendre des personnes identifiables... Et les photos du spectacle de Noël de ma fille (ou elle fait un petit canard de façon adorable ^^ )ben elles sont au chaud sur mon Pc, et vous ne verrez pas non plus la petite poule interprétée par la voisine :D
    Quant à FB, les photos où on est taggués ne devraient apparaitre qu'avec notre accord, sinon...

    RépondreSupprimer
  7. Tout ça me fait penser à l'histoire du journaliste américain qui a live-twitté la dispute d'un couple dans un fast-food, photos à l'appui, ce qui les rendait très reconnaissables.
    Récemment, j'ai cherché des vidéos de spectacles d'écoles. J'en ai trouvé plein sur Youtube. Les enfants ne sont pas toujours reconnaissables, mais enfin ils le sont parfois et n'ont rien demandé... Je trouve ça très bien que l'école des Poussins ait attiré l'attention des parents sur cette question. Pas sûr que cela suffise néanmoins. Peut-être que la balle se trouve dans le camp des hébergeurs de sites.

    RépondreSupprimer
  8. stp doudette, pourrais-tu passer mon bonjour à Ouran (dit le comme ça à Doudou, il comprendra.)
    merci.

    citoyen Clane. du bureau de contre-espionnage.

    RépondreSupprimer
  9. avé Citoyen (retour instantané à des années-lumière dans le temps!), je te souhaite l'Info :)
    Ouran.
    PS: est-ce l'alzeimer d'un vieux sénateur, je ne me souviens pas de Clane...

    RépondreSupprimer
  10. Ave Senateur,

    Ton amnésie retrograde est surement due à la consomation excessive de Bloutch que tu as faite lorsque tu etais jeune Ministre AE. Je ne savais pas pourtant que tu frequentais autant le Bloutch Paradise avec Pericles et ses semblables...

    RépondreSupprimer
  11. Coucou!

    J'ai eu affaire à ce soucis de photos sur internet cet été :
    J'ai travaillé dans une colo qui disposait d'un site internet pour mettre des nouvelles et des photos des enfants et des activités. Le site avait un accés sécurisé, mais on a quand même demandé l'autorisation de chaque parent avant de publier des photos de leurs enfants.
    On évitait un maximum de prendre des photos des enfants dont les parents refusaient, mais on n'allait pas non plus leur demander de s'écarter pour les photos de groupes, ou de s'écarter du terrain de jeu le temps de prendre une photo!!

    Les photos passe donc par une étape de floutage pour anonymiser certains enfants avant d'être mises sur internet. Je pense que la plupart des collectivités procèdent à peu près de la même façon. Votre fille apparaîtra donc sur la photo à côté d'une future-ex-meilleure copine floue.

    Par contre, quelques jours après la fin de la colo, un des animateurs a publié sur facebook une bonne vingtaine de photos avec les enfants. (il les a enlevées très vite après que je lui ai fait une remarque)

    Donc on a beau se protéger avec des papiers, des règlements, ... on ne sait jamais où on peut se retrouver en photo!

    RépondreSupprimer