- la chambre de la Poussinette, dont la Princesse est la Poussinette ;
- la chambre du Poussin, dont le Président de la République auto-proclamé est le Poussin ;
- le reste de l'appartement, dirigé d'une main de maître par le Doudou et votre servante, dans une union (presque) parfaite. L'Union Parentale exerce également une tutelle bienveillante sur les deux micro-états qu'elle tolère sur son territoire.
Le Président de la République tente parfois une visite chez la Princesse, sa voisine. Les droits de douane sont élevés et arbitraires. Il peut lui en coûter un Playmobile ou un chevalier. Ca vaut le coup, c'est le prix à payer pour avoir le droit de voir défiler une armée de Barbies dans le plus simple appareil.
La Princesse et le Président de la République voisine n'ayant pas le même usage de la Barbie, cela finit parfois en cris. Il suffit alors à la Poussinette d'expulser le visiteur hors les murs, au motif qu'il ne respecte pas la règle la plus élémentaire de respect des poupées, lesquelles doivent toujours avoir deux bras et deux jambes, telle que prévue à l'article 1 de la loi que la Poussinette a fixée. On notera, par souci de vérité historique que cette loi évolue en fonction des humeurs et des intérêts personnels de la Princesse qui l'édite. Une fois le Président de la République voisine expulsé manu militari, s'en suit une interdiction du territoire d'une durée plus ou moins longue, en fonction (encore) de l'intérêt personnel de la Princesse...
Chez le Poussin, les règles sont écrites et affichées sur la porte. Elles peuvent être amendées en fonction des alliances qui peuvent se créer avec les autres états. Par exemple, pendant longtemps, la règle affichée fut Interdit à Maman et Poussinette mais pas à Papa et Fili. La Poussinette ne sachant pas lire, il ne peut lui être opposé que nul n'est sensé ignorer la loi, encore que le Président de la République ne considère pas cela comme un obstacle législatif. Régulièrement, lorsqu'elle tente de pénétrer son antre, il la renvoie à la note écrite par un tu sais pas lire ? C'est interdit d'entrer ! dont l'incongruité ne choque nullement la Princesse.
Reste que, en temps normal, quand l'enfant peut sortir quelques heures dehors et s'épuiser à courir dans les herbes folles, on en reste aux provocations d'usage. Parfois quelques tirs de roquettes en papier ou de vol de peluche... mais rien de bien méchant. Seulement, voilà, quand l'hiver vient, il arrive qu'il fasse si froid dehors que l'enfant ne peut sortir. Il tourne en rond dans son petit territoire... Il cherche à s'occuper. En désespoir de cause, il peut même tenter une ouverture amicale.
- Dis, on joue aux chevaliers ?
- Nan, moi, je joue aux princesses. Et j'ai pas envie de jouer avec toi. Sors de ma chambre.
On ne parle pas comme ça au Président d'une République, fut-il auto-proclamé.
- T'es méchante.
- Naaaan, je suis pas méchante. C'est pas vrai. C'est toi qui est méchant de dire que je suis méchante.
Et d'enchaîner en tirant la langue.
- Mamaaaaaaaan, elle m'a tiré la langue.
Ne surtout pas répondre. Je ne suis pas là, je n'ai rien entendu.
- Même pas vrai, réplique la Princesse.
- Si, c'est vrai.
Et de tirer la langue à son tour pour accompagner cet assertion non étayée de preuve.
- Arrête de me tirer la langue. T'es nul !
Re-tirage de langue.
- Mamaaaaaaaan, il a tiré la langue ! Deux fois.
Je n'ai toujours rien entendu. Je suis sourde. Voilà, c'est ça, je suis sourde.
Le Président de la République entend attirer l'attention de sa soeur en lui balançant un coup de pied dans le tibia gauche. Réplique de la Princesse qui sort les griffes et s'attaque au visage, accompagnant le geste d'un cri strident, dit "le cri qui crève les tympans".
- Même pas mal, constate le Poussin balafré, en grimaçant.
Et d'enchaîner avec un coup de poing au bras nu de la Princesse.
- Arrêêêêêête ! Ca fait mal !
- Non, toi t'arrête.
- Mamaaaaaaaan, il m'a donné un coup de poing.
- C'est elle qui a commencé.
Je ne peux plus être sourde. Ils sont tous les deux en face de moi.
- Je veux pas le savoir. Réglez ça entre vous. Et sortez de ma chambre.
- Mais maman...
- Sortez de ma chambre !
- Mais quand même...
- Sortez de ma chambre !!!! Un.... deux....
Pftt... disparus. Je suis magicienne.
Dans le couloir, on négocie l'armistice.
- Tu dis pardon et j'arrête, tente la Princesse, magnanime.
- Non, toi tu dis pardon.
- Je dirai pas pardon.
- T'es nulle !
Coup de pied.
Griffes.
Combat corps à corps.
Voix du père dans le lointain.
- Cessez immédiatement !
- Mais papa...
- Vous êtes deux idiots. On ne règle pas les conflits en se battant. Parlez-vous. Discutez.
La parole de la sagesse.
- Je veux pas discuter si elle dit pas pardon.
- C'est lui qui a commencé, c'est lui qui doit dire pardon.
- Vous n'avez qu'à dire pardon tous les deux.
- Non !
- Nan.
Soupir du père, qui regrette déjà d'être intervenu.
- Elle est méchante.
- Il m'a tiré la langue.
- Oui, mais c'est toi qui a commencé.
- On s'en fiche de qui a commencé, souligne le père, maintenant on fait la paix.
- C'est pas juste, fait le Président de la République, c'est sa faute. Elle voulait pas jouer avec moi.
Le père prend un ton dogmatique et professoral.
- Elle a le droit de ne pas jouer avec toi, si elle veut. Elle est libre. Quand elle est dans sa chambre, c'est elle qui décide.
- Et ben c'est pas juste. Moi, je veux jouer avec elle.
- Et parce que tu veux jouer avec elle, tu la tapes ?, demande le père, sincèrement surpris.
- Mais elle veut pas jouer avec moi...
Et soudain le Président de la République est pris de gros sanglots. Frustration. Culpabilité. Larmes. L'enchaînement classique de l'enfant qui n'a pas pu se défouler.
C'est là que j'interviens.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi il pleure ?
En vrai, je sais pourquoi. Je veux juste me donner une contenance. Genre, le pacificateur qui vient tout régler à la dernière minute. Clint Eastwood, c'est moi.
C'est alors que la Princesse pestouille tente une réponse, persuadée que la solidarité féminine jouera en sa faveur.
- Papa, il a dit que le Poussin, il a pas le droit de m'embêter et que je peux jouer toute seule si je veux. Tu vois, c'est la faute du Poussin.
Redoublement de larmes du Poussin.
- Et pourquoi il est griffé au visage, ton frère ? Il s'est fait ça tout seul ?
Je suis finaude, tu vois, lecteur.
- Il m'a donné un coup de pied.
- Et ça t'autorise à le griffer ?!
- Je me défendais.
Où il apparaît que la légitime défense est un concept juridique inné et non acquis.
- Tu dis pardon à ton frère.
- Lui d'abord.
- Ouinnnn, je dirai pas pardon, ouiiiiiiiin.
Conciliabule de l'Union Parentale par échange de regards entendus.
- Ok, puisque c'est comme ça, chacun dans sa chambre et vous ne sortez pas !
- Maiiiiiiiiiiiis....
- C'est un ordre.
Et quand le père ordonne, t'as intérêt à ne pas moufter, gamin.
- Je veux pas, moi. Je veux rester ici avec vous.
- Moi aussi, je veux pas.
- Moi non plus.
Là, c'est moi qui intervient, pas forcément à propos j'en conviens mais il faut rétablir la vérité brute des faits.
- Quoi, moi non plus ?, interroge la Poussinette un peu perdue.
- On dit "moi non plus, j'veux pas".
- Ah.
Le Doudou reprend alors la main.
- Dans vos chambres. Tout de suite.
- Pfff..... elle est méchante maman.
- Oui et papa aussi.
- C'est nul.
- Oui, c'est nul. Sont nuls les parents.
Le Président de la République et sa voisine la Princesse se dirigent en traînant les chaussons vers leurs contrées respectives. On les entend maugréer tandis qu'ils cheminent :
- Maman, c'est la plus méchante.
- Et papa aussi il est méchant.
Silence.
Sourires.
Rires.
- Tu veux qu'on joue au papa et à la maman ?
- D'accord. Tu viens dans ma chambre ?
- Si tu veux. On prend les Barbies aussi ?
- Je suis d'accord.
Moralité : si tu veux faire cesser une guerre, trouve aux belligérants un ennemi commun.
Excellent!!
RépondreSupprimerJe like, que dis-je, je SURLIKE!
Bonne fin de we, j'espère plus pacifique!
Sarah
merci Sarah, nous sommes dans une phase de trêve. Profitons-en, ça ne durera pas.
Supprimerj adore.... moi ici jamais ils ne sont ok pour dire que je suis méchante.... ^^ dommage car j'aimerai que les disputes cessent parfois.
RépondreSupprimerAh mais c'est parce que tu es maman-solo, c'est plus facile de détester le tyran quand il a deux têtes.
Supprimerexcellent :-)
RépondreSupprimerMerci !
SupprimerAh, je comprends maintenant tout le sens de l'expression "ennemi héréditaire"
RépondreSupprimerMais ouiiiiii ! C'est cela, bien sur !
SupprimerAh parce qu'il n'y a pas que chez nous ?! ;)
RépondreSupprimerFaut croire que oui...
SupprimerJ'ai la même à la maison. Rajoute une Patate prise à partie avec le Renard. Chacun ayant droit à une plaidoirie. Les appartements royaux des 3 moopys ont tous leur règles et leurs zone de tolérance. Ils envahissent les autres parties selon les jours avec plus ou moins de diplomatie (ou de pot de vint comme un biscuit).
RépondreSupprimerIls se chamaillent à coups de "c'est pas moiiiiiiii. C'est toiiiiiii. Laisse moiiiiiiii" le tout assorti de "nom d'un fromage" ou ma préférée "nom d'un slip de banane" c'est connu le fruit jaune porte des sous-vêtements. Ajoutes un soupçon de je griffe, je mords, je chute. Tu secoues et bammmm guerre. Je devrais faire comme les animaux de la maison: les yeux du chat Potté ou le mort selon l'état des lieux. Mais il paraît que moi je rentre difficilement dans une poussette et que je mange pas les fantômes. (oui les chasseurs de mauvais rêves sont accompagnés de 4 pattes à Moopyland) Alors hormis me fâcher et donner des directives de séparation des tranchées, je suis une vilaine qui prend partie. Hein quand? comment? Au final, Maman étant méchante, ils partent à 3 en conseil et se plaignent en oubliant leur dispute.
Parent ou négociateur, parfois je me demande.
J'adore. Tous les mêmes !
SupprimerTrop fort, excellent!!
RépondreSupprimerMerci Valérie !
SupprimerPas mieux. Excellent billet, drôlissime et intelligent !
RépondreSupprimerUn bon moment que de te lire au creux de ces journées glaciales ... ça réchauffe !
RépondreSupprimer:) Bien vu ! Ils disent vraiment que vous êtes méchants ?
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