mercredi 15 février 2012

Le Gros Monstre Rouge

- Mamaaaaaaaaaaaan ! J'ai peuuuuuuuuuur !

Il est exactement 4:03 sur le radio-réveil qui éclaire faiblement mon côté du lit. Un cri dans la nuit vient de me tirer d'un doux rêve post-Saint-Valentin et a sans doute sorti des bras de Morphée la moitié de notre immeuble. Mes membres sont encore mous de sommeil. Je ne sais pas quel jour nous sommes ni si je suis encore en vie.

- Maaaaaamaaaaaaaaan !

Les cris redoublent.

Je tente faiblement mais distinctement un :

- C'est rien. Rendors toi.

Mais non.

- J'ai vraiment très peur maman, fait la voix dans l'autre pièce entre deux sanglots, il est là, le gros monstre rouge, il est là, il me regarde.

Je soulève la couette et sors péniblement du havre de mon lit douillet. Je me dirige en terrain inconnu. Je prends des forces et m'arme de courage : je vais combattre un gros monstre rouge.

Dans son lit de grande, la Poussinette, bientôt six ans, est secouée de spasmes.

- Là, maman, là, il est là !

Et , dans l'exacte direction du doigt de ma fille, il y a la faible lueur de l'interrupteur de la prise multiple qui éclaire (à peine) le bureau à côté. J'explique, je rationalise, je lui montre l'endroit...

- Naaaaaaan, c'est vraiment un monstre.

J'allume la lumière de la chambre, un plafonnier qui éclaire tellement bien que je mets quelques minutes à m'adapter. Je m'en prends plein la tronche. Je sens venir la migraine.

- Maman, je le vois, c'est un vrai monstre rouge, il a un gros ventre, des grands bras et plein d'yeux.
- Regarde mieux, il n'y a rien.

- Siiiii, il est là. J'ai très peur, maman, c'est vrai.

- Je sais, ma chérie, je sais.


Je tente le câlin, le gros câlin, comme quand elle était encore un bébé. Un câlin d'amour.

- M'enfin, vous en avez pas fini avec tout ce boucan ?!

Le Poussin, tout sourire, est debout à côté de nous. On ne l'a pas vu arriver. Il est tout content d'être réveillé et feint la colère du garçon qu'on perturbe dans son sommeil.

Et voilà, il n'y a plus un mais deux enfants qu'il faut rendormir.
Je soupire.
Je compte sur le Doudou pour venir à ma rescousse et gérer l'un des deux enfants.
Mais non, le Doudou dort.
Ou fait mine de dormir.
Parce que si le Poussin est debout, l'oeil parfaitement alerte, lui qu'un tracteur ne réveille pas, je ne vois pas comment le Doudou - qui, en temps normal, entend le bip du push email de l'iPhone à deux heures du matin - pourrait encore dormir.

Je mets le Poussin dans son lit, je tente un mini-câlin rapidouille histoire d'en finir.
- C'est pas juste ! Poussinette, elle a plus de câlins que moi.
- Oui, mais Poussinette, elle a un gros monstre rouge dans sa chambre, pas toi.

Ca suffit à le rassurer. Le Poussin s'y connaît en cauchemars, celui de sa soeur, c'est la gnognote, lui il rêve de traits qui l'attaquent. Et ça, lecteur, c'est effrayant !

Retour dans la chambre de la Poussinette qui peine à se calmer.
- Tu vois, il n'y a rien, je fais, aussi calme et posée que possible.
- Moui..., fait ma fille d'une voix mal assurée.
- Je peux retourner me coucher ?
- Si tu veux.

Vous noterez cette façon de me laisser prendre la décision, de me mettre seule devant un choix cornélien. C'est bien ma fille.

J'éteins la lumière de la chambre de la Poussinette, je laisse la porte entrouverte... et je retourne me coucher, comme je le lui ai dit.

- Maaaaaamaaaaaaan, il y en a un autre de gros monstre et les murs bougent !

Les murs bougent donc chez nous. C'est bon à savoir. Va falloir faire venir un maçon.

- A ton tour, je fais, à l'attention du Doudou, qui doit nécessairement faire semblant de dormir. J'accompagne le geste à la parole et j'ai le coude pointu.

Le Doudou grommelle trois mots qui n'ont pas l'air totalement aimables mais dont je ne saisis pas le sens. Il se lève. C'est son tour, il le sait, il ne peut pas éviter de prendre sa garde, quoi qu'il lui en coûte.

Le Doudou est un scientifique dans l'âme, à défaut d'en avoir fait son métier. Il prend le temps d'expliquer à sa fille les illusions d'optique, les reflets, il est pédagogue, il est rassurant. Ce qui - reconnaissons-le - est une gageure à 4:34 du matin. Le Doudou est un papa. Le papa est forcément plus fort que les gros monstres rouges. Tu le sais, ça, lecteur, surtout si toi aussi tu es papa.

Je l'entends murmurer à sa fille, de la voix de prince charmant qu'il ne prend qu'avec elle:
- Allez, ma princesse, faut dormir maintenant. Tu as envie de rêver à quoi ?
Un silence, puis :
- Alors... Je vais rêver que je suis à la campagne et que je cours avec Fili vers la balançoire. Papa, tu feras de l'iPhone et le Poussin, il sera pas content parce que tu veux pas jouer aux échecs avec lui. Et maman, elle sera en train d'éplucher des tomates, des courgettes et des aubergines. C'est le plus beau rêve, tu vois, papa.

Et c'est ainsi que le gros monstre rouge fut vaincu par un rêve de campagne.



Gros Monstre rouge dessiné le lendemain tel qu'aperçu dans la nuit,
"sauf que en vrai le ventre est carré et plus gros".

6 commentaires:

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    1. Elle commence à nous manquer notre campagne....

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  2. sinon, il y a l'exorcisme. ça marche pas mal, contre les cauchemars.
    ou la prière de délivrance.
    enfin, vous faites comme vous voulez, hein.

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    1. Faire venir un prêtre dans ma maison ?! Vade retro... ;)

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  3. :) Maman à la cuisine, papa sur l'iPhone, on en tire des conclusions sur sa vision de vous ?
    Ici j'explique les ombres sur les murs, j'éteins la veilleuse, elles disparaissent et je laisse choisir, le noir complet sans les vilaines ombres où la veilleuse et je pose la même question pour aller me recoucher ;)

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    1. Quand maman cuisine, c'est le bonheur ! (parce que je ne cuisine pas beaucoup à Paris faut bien le dire)

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